Interview : Didier Boidin, Vice-Président Opérations Europe de l’Ouest, InterContinental Hotels Group (IHG)

L'Intercontinental Marseille Hôtel Dieu a été inauguré en grande pompe le 25 avril dernier. L'occasion pour Didier Boidin, Vice-Président Opérations Europe de l'Ouest, Russie et Ukraine pour le groupe IHG, de revenir sur cette ouverture particulière, et sur la stratégie du groupe en France et en Europe.

Comment résumeriez-vous en trois mots l’hôtel Intercontinental Marseille Hôtel Dieu ?

 

Didier Boidin : C’est magique, c’est prestigieux, et surtout c’est Marseille ! Le lieu est fantastique : nous sommes en plein cœur de la ville, c’est calme, c’est beau, il y a cette minéralité… C’est prestigieux dans la mesure où il y a à la fois cette dimension historique et cette architecture. On n’est pas dans le « bling bling », le tape à l’œil : c’est du beau prestige. Je suis persuadé que c’est ce qu’il manquait à la ville de Marseille pour monter encore d’un cran en étant capable d’accueillir de grands congrès commerciaux ou politiques. Cette inauguration va faire du bien à tout le monde : à l’hôtellerie existante, à l’office de tourisme. Le pari aurait été difficile à réaliser si nous avions construit un hôtel moderne, neuf, à Marseille. Il fallait se démarquer de ce qui se faisait, et on ne pouvait pas rêver mieux. Pour nous il été hors de question de ne pas être sur le Vieux Port, au cœur de Marseille.

Quels sont vos objectifs en termes de clientèle ?

D. B. : Je pense que l’hôtel attirera une part égale de voyageurs d’affaires et de clientèle loisirs. Nous espérons nous positionner rapidement autour des 65% de taux d’occupation. Quant au prix moyen, cela prendra peut-être un petit peu plus de temps. On ne pourra remplir nos objectifs financiers que lorsque la ville sera suffisamment remplie pour nous permettre de bien vendre. Nos objectifs sont raisonnables, et reposent sur un bon équilibre de clientèle, une activité congrès, et je pense que nous aurons de bonnes surprises en restauration.

Avez-vous le sentiment de jouer un rôle de pionnier dans cette ville en pleine transformation ?

D. B. : J’avais connu la même chose quand je suis arrivé à Cannes en 1994 : il fallait de nouveaux paramètres pour franchir la marche du dessus. Notre rôle aujourd’hui consiste à amener un plus qui permettra à la ville d’être davantage orientée sur l’international. Nous regardions vers Marseille depuis longtemps. Tout comme Lyon, ou encore Nice où je suis encore à la recherche d’un hôtel. Nous ne positionnerons pas des hôtels Intercontinental dans plusieurs dizaines de villes en France. Nous sommes pratiquement là où nous voulions être, même si nous pourrions avoir plus d’établissements sur Paris.

L’image négative de Marseille relayée dans les faits divers ne vous a donc pas freiné ?

D. B. : Non. Rappelons-nous de ce qu’était Barcelone avant les Jeux Olympiques. Aujourd’hui, plus personne ne se pose de question, c’est l’une des plus grandes destinations en Europe. Il y a déjà eu un énorme travail de fourni à Marseille, et il reste effectivement des choses à finaliser. C’est aussi notre rôle, tous les partenaires du projet, d’améliorer la situation et de mettre en avant tous les atouts de Marseille, la beauté du Vieux Port, de Notre Dame de la Garde, des calanques… Tout le reste se résoudra de façon progressive.

Quels sont vos objectifs pour le marché français ?

 

D. B. : Nous avons toujours été très clair : la pénétration du marché français pour Intercontinental passe par Paris, Lyon, Marseille, Cannes et Nice. Nous réfléchirons peut-être à des villes comme Lille et Toulouse dans un second temps, mais pour l’instant nous sommes tournés vers ces cinq destinations. Nous avons déjà deux établissements à Paris, et nous pourrions envisager un hôtel à la Défense, ou sur la Rive gauche, pourquoi pas ? Il y a de la place sur Paris. Je pense que huit hôtels Intercontinental en France serait un bon chiffre. Nous avons d’autres marques pour d’autres types de destinations, nous les positionnons là où elles doivent être.

Quels sont vos marchés prioritaires en Europe ?

D. B. : L’Angleterre, toujours, mais aussi l’Europe de l’Est, avec la Russie où il y a énormément à faire, et la Turquie, qui est un très gros marché également. Ce sont nos priorités toutes marques confondues. En ce qui concerne Intercontinental, nous sommes toujours dans une stratégie de « key cities », dans lesquelles il y a encore de la place. Nous cherchons par exemple à Lisbonne, ou dans des destinations d’Afrique du Nord : nous pouvons nous développer au Maroc, en Algérie, en Tunisie, il y a encore de la place.  

Êtes-vous confiant pour les années à venir ?

 

D. B. : Oui, c’est l’avantage de l’hôtellerie de luxe : il y a toujours un marché qui se porte mieux qu’un autre… Cela dit, ce n’est pas facile. La clientèle devient de plus en plus exigeante. Il faut être capable de répondre de mieux en mieux à ces attentes de plus en plus spécifiques. Il nous faut donc être vigilants sur le rapport qualité prix, et offrir davantage qu’une chambre, pour que les voyageurs gardent en mémoire une expérience de voyage exceptionnelle.