Dossier - Hôteliers et architectes : les liaisons heureuses...

« Les hôteliers devraient davantage adapter le design intérieur à l’architecture » : Dominique Perrault, architecte

Dominique Perrault © Rui Morais de Souza

Quels sont vos liens avec l’hôtellerie ?

Dominique Perrault – Ces dernières années, j’ai construit une tour à Barcelone qui a été transformée en hôtel Melia. J’ai également dessiné la Donau City Tower à Vienne qui intègre dans ses étages – c’est un hasard – un Me by Melia. J’ai donc certains liens dans le domaine de l’hôtellerie, mais je regrette cependant qu’il n’y ait pas toujours de cohérence entre l’esprit de l’architecture et le design de l’établissement. Les marques hôtelières viennent avec leurs designers, leurs habitudes d’aménagement. Lorsqu’on est dans une construction standard, c’est efficace. Mais lorsqu’il s’agit d’une architecture d’auteur, je pense que l’on peut faire quelque chose de plus fin, de plus élégant, de plus cultivé. Il faudrait que les hôteliers s’inspirent davantage de l’enveloppe architecturale pour qu’elle pénètre par capillarité dans l’hôtel, créant par là un lieu véritablement inédit.

Architecture et hôtellerie se rencontrent souvent au sein de bâtiments multifonctionnels. Pourquoi cette tendance ?

D. P. – Longtemps, l’architecture emblématique était réservée à des bâtiments publics, à des sièges sociaux prestigieux auxquels les gens n’avaient pas toujours accès. Par ailleurs, il y a trente ans encore, les bâtiments étaient monofonctionnels. Depuis quelques temps, il y a une vraie évolution vers une multiplicité d’usages avec, dans un même lieu, un hôtel, des logements, des bureaux, un restaurant sur le toit. Aujourd’hui, les programmes immobiliers se diversifient, notamment parce que cela entraîne des business plan moins risqués.

Comment expliquez-vous l’engouement croissant du grand public pour l’architecture contemporaine ?

D. P. – C’est fascinant d’observer aujourd’hui cette curiosité, cet appétit de découverte pour les constructions contemporaines. Lorsque les gens voyagent, ils vont voir ces nouveaux bâtiments. Ce sont, au fond, les seules découvertes que l’on peut faire de son vivant. La nature, les paysages, la résidence d’un roi du temps jadis : tout ça, c’est immuable ou inscrit dans le passé. Les nouveaux bâtiments, les nouvelles villes jalonnent la vie, le temps présent.

Quelles différences y a-t-il entre votre travail de restructuration de la poste du Louvre et la création de la Donau City Tower à Vienne ?

D. P. – Évidemment, les objectifs architecturaux, les problématiques ne sont pas identiques. Mais d’un côté comme de l’autre, c’est un même travail de révélation. La poste du Louvre avance une architecture fin XIXe et la tour de Vienne révèle un quartier en devenir. L’architecture accompagne la transformation urbaine. La moitié de la population mondiale vivra en ville dans quelques années. C’est la transcription esthétique de cette évolution, le miroir de la vie en mouvement.

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