Stéphane Martin : l’immersion culturelle

Pour les besoins du musée du quai Branly dont il est le président, Stéphane Martin voyage sans cesse. D’Amérique latine à l’Asie, en passant par l’Afrique, il cherche à rapporter un peu d’humanité pour le public du musée ; sans s’oublier tout à fait.
Stéphane Martin

« Les très longs voyages en avion, beaucoup de gens détestent. Moi, j’adore ! Ils sont une parenthèse dans la vie normale. Le temps est comme suspendu, on ferait presque un retour vers soi. Avec le musée du quai Branly, j’ai la chance d’aller souvent dans des endroits comme le Pacifique Sud qui nécessitent une bonne vingtaine d’heures de vol !

Une fois sur place, je marche… Et en Asie, ça surprend tout le monde. Car marcher là-bas est vécu comme un symbole de régression sociale. Mais pour moi, c’est en mettant un pied devant l’autre que l’on peut prendre la mesure d’une ville. Tout en y restant étranger. J’aime la proximité avec l’environnement. C’est très stimulant de s’approprier ainsi un territoire culturel, sensible, autre que le sien. C’est avant tout la couleur d’un lieu qui m’attire : rapport au temps, à l’espace, aux sens, aux sentiments, à l’élégance… même dans les choses les plus simples. Au Japon, par exemple, j’ai ressenti cela lorsque, il y a une dizaine d’années, je m’occupais des orchestres de Radio France. Avec la troupe, nous étions partis en tournée, vingt jours, dans une bonne dizaine de villes différentes… le temps de tomber amoureux du pays ! Aujourd’hui, ce temps-là me manque… C’est le seul inconvénient de la très grande majorité de mes voyages : ils sont très courts.

Je ne cherche pas le luxe pour compenser. D’ailleurs, les palaces mythiques m’indiffèrent… Je privilégie les hôtels situés en centre-ville, au plus près de la vie. De taille moyenne aussi, pour éviter les kilomètres de couloirs, la queue pour payer sa note, les deux mariages qui s’intercalent entre l’ascenseur et vous… Pour les restaurants, malheureusement, le comble du raffinement pour mes hôtes est de m’emmener à l’adresse française locale. Je préfère de beaucoup les restaurants de rue, les marchés et leurs étals de produits frais. Approcher l’authenticité et se fondre pour quelques instants dans la vie de quelqu’un du cru… ce n’est qu’un fantasme, je le sais ! Je l’ai pourtant presque vécu en Équateur, en 2006… Le directeur du musée de Cuenca est passionné par le renouveau des traditions indiennes : “Vous m’avez l’air sympathique, m’a-t-il dit sans même me connaître, je vais vous offrir une séance d’exorcisme !” Je me suis retrouvé, une heure durant, torse nu dans la cour du musée devant un chamane qui m’aspergeait de produits magiques… Une vraie immersion culturelle !

S’immerger… Voilà, c’est cela voyager ! Mes goûts, ma façon d’être et mon orientation professionnelle viennent de là. De mes tout premiers voyages notamment : j’étais encore un enfant lorsque mon père m’emmenait dans ses chasses au Gabon, en Angola… Il me semble que les voyages structurent, que leur absence ne peut qu’être terrible, ne peut que vous rétrécir. »

Huit dates

1956 Naissance à Neuilly-sur-Seine.

1982 Sortie de l’ÉNA. Magistrat à la Cour des Comptes.

1986-1989 Préside la commission de vérification des comptes et de contrôle des établissements publics de la République du Sénégal.

1989 Délégué général du Centre Georges- Pompidou.

1993 Directeur de la Musique et de la Danse.

1995 Directeur du cabinet de Philippe Douste- Blazy, alors ministre de la Culture.

1998 Préside l’Ensemble intercontemporain. Nommé PDG de l’établissement public du musée du quai Branly.

2006 Préside le musée du quai Branly qui ouvre ses portes au public.