Claudie haigneré : la rondeur du monde

Pour Claudie Haigneré, seule cosmonaute à être partie deux fois dans l’espace, le voyage a pris une dimension exceptionnelle. Tout en lui faisant vivre d’autres aventures. Bien terrestres celles-là.

« Mes voyages dans l’espace, ils ont en fait débuté par des séjours en Russie, en 1985. C’était pour découvrir le monde de la Cité des étoiles ! Et pour découvrir le monde tout court. Auparavant, je n’avais pas eu l’occasion de beaucoup voyager. La première fois que je suis allée en Russie, c’était en hiver, il faisait –20 ° et c’était assez déroutant : pour que le car démarre, on allumait un feu dessous… Le pays était encore très compliqué. Nous étions accueillis par des gens des services spéciaux, d’une façon particulière, à coups d’innombrables laissez-passer. À l’époque, j’ai vraiment eu le sentiment de me lancer à la découverte de l’ailleurs…

Pour moi, les voyages sont une façon de recaler ce que l’on a imaginé dans sa chambre avec la réalité. Celle de la Chine, notamment. J’en avais une image classique, presque conservatrice… Puis, je me suis rendue à Pékin et à Shanghaï ; je suis passée par ce qui correspondait à mon imaginaire, et j’ai vu bien d’autres choses dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence ! Pudong, à Shanghaï, par exemple ; avec ses campus, ses labos extraordinaires qui poussent partout, ses chercheurs aussi, des gens hypermotivés, hyperbrillants…

La réalité, bien sûr qu’il faut la découvrir. Mais il faut aussi la partager et, bien entendu, transmettre. Cela fait partie de la mission lorsque l’on va dans l’espace. On ne vit pas cela seulement pour soi ! Ma curiosité, c’est mon père, un grand voyageur qui revenait toujours à la maison avec quelque chose dans ses valises, qui me l’a inculquée… J’essaie de faire la même chose avec ma fille. Un jour, un livre à la main, elle m’a dit après avoir vu son prix au verso : “Tu ne peux pas imaginer, maman, avec cinq euros, comment j’ai voyagé ! ”

Le voyage en train, pour moi, c’est la Flèche rouge qui relie Moscou à Saint-Pétersbourg ! J’en ai de merveilleux souvenirs : nous quittions la Cité des étoiles, mon mari et moi, le vendredi à la fin des cours, et nous nous installions dans notre petit compartiment. À Saint-Pétersbourg, on visitait les palais, les musées, et le dimanche soir nous allions au Kirov… avant de nous endormir à nouveau dans le train. Le lendemain, à 8 heures, nous étions dans le simu – le simulateur, je veux dire. J’aime aussi l’avion, surtout pour ces instants où je me colle au hublot pour regarder la Terre, et pour profiter des couchers de soleil ! Le bleu-noir, l’orange, le rouge et le jaune de ces instants me rappellent les seize couchers de soleil quotidiens que l’on peut admirer d’une station spatiale…

Là-haut aussi, il m’est arrivé de me coller le nez au hublot… Tout est calme, merveilleux. Alors, vous vous extirpez de votre sac de couchage. Vous mettez “La Norma”, l’opéra de Vincenzo Bellini, sur vos oreilles et vous contemplez… Vous êtes face à la Terre et au cosmos… et vous profitez, avec délice – j’ai eu la chance de vivre ça ! – de ce moment qui n’appartiendra jamais qu’à vous… Oui, c’est un délice. »

Cinq dates

1957 Je nais au Creusot.

1996 Je passe 16 jours à bord de la station spatiale russe MIR.

2001 Jean-Pierre Haigneré (astronaute) avec lequel j’ai une fille devient mon mari. J’assume, à l’ISS (International Space Station) une seconde mission spatiale de dix jours.

2002-2005 Je suis membre du gouvernement par deux fois au titre de ministre délégué en charge de la Recherche et des Nouvelles Technologies, puis comme ministre déléguée aux Affaires européennes et secrétaire générale de la Coopération franco-allemande.

2005 Je rejoins l’Agence spatiale européenne comme conseiller auprès du directeur général.