Les croisières investissent le tourisme d’affaires

« Certes, le marché français de la croisière ne connaît pas le développement fulgurant que l’on constate sur le marché mondial, mais il enregistre toutefois une croissance annuelle aussi régulière que soutenue de l’ordre de 3 à 4 % », note l’association France Ferries et Croisières (FF&C), dont les membres représentent près de 95 % du marché de la croisière en France. Son porte-parole, Frédéric Sauvadet, précise que “le marché français, encore immature, offre de réelles perspectives de développement : sur 15 millions de croisiéristes dans le monde, la France n’en comptabilise que 250000… En 2012, nous en prévoyons 600000 !”

Des perspectives qui s’appuient notamment sur le renouveau général de l’image de la croisière. Ainsi, à grands renforts de campagnes publicitaires accompagnées par un renouvellement des flottes et une diversification de l’offre, la croisière a subi une cure de jouvence ! Un rajeunissement qui touche toutes les clientèles. Par exemple, Pierre Hatterer, directeur du département incentive et séminaire de MSC Croisières, constate que “la moyenne d’âge des participants à une opération en tourisme d’affaires se situe désormais aux alentours de la trentaine, alors qu’auparavant, elle était essentiellement composée de quadras et de quinquas. Globalement, nous enregistrons une croissance de la demande : de 6000 passagers en 2007, nous passerons à 10000 personnes en 2008”. Frédéric Sauvadet explique que “parallèlement au phénomène général de rajeunissement des passagers, l’adaptabilité des bateaux, l’arrivée de nouvelles animations à bord telles que des simulateurs de conduite de formule 1, des murs d’escalade, des practices de golf ou des piscines à vagues pour l’initiation au surf et, bien sûr, l’aménagement de salles de réunion ultramodernes séduisent de plus en plus les entreprises, quels que soient leur taille ou leur budget”. Arguments qui s’ajoutent à tous les atouts traditionnels de la croisière : unité de lieu, absence de transfert, paysage différent chaque jour, gain de temps, liberté contrôlée, large fourchette de prix comparable à celle de l’hôtellerie, formule tout inclus, diversité des prestations et, évidemment, cette ambiance si particulière qui donne l’impression au passager d’être à la fois hors du temps et de l’espace.

Séminaires ou incentives à bord

Autant de raisons pour une entreprise d’embarquer ses troupes et ses clients à bord d’un bateau pour des croisières plus ou moins longues en fonction du type d’opération. Ainsi, chez Costa, premier croisiériste européen, les groupes représentent 40 % de l’activité et pour 10 % d’entre eux, il s’agit d’opérations de motivation. “Les minicroisières de trois à cinq jours plaisent particulièrement pour les séminaires tandis que nos croisières d’une semaine ou plus sont demandées pour les incentives, en particulier dans les pays du Golfe et les Caraïbes”, indique Marie-Sophie Le Gall, responsable du département incentive. Cette dernière souligne que “Costa organise des séjours clés en main, allant jusqu’à prendre en charge toute la partie technique et l’organisation logistique. De plus, à partir de 500 invités, il est possible d’affréter un paquebot et de le personnaliser”.

Art de vivre à la française

Même possibilité à bord du Bleu de France, le bateau du nouveau croisiériste français Croisière de France (CDF), filiale du groupe Royal Caribbean. “D’une capacité de 374 cabines, le Bleu de France a été entièrement décoré et pensé à la française afin de conquérir, dès mai 2008, la clientèle française. Ainsi notre croisière est 100 % francophone et ne propose que des tarifs tout inclus, boissons et glaces comprises”, explique Brigitte Tissier, directrice générale de CDF qui enchaîne : “Nous avons un objectif de 20 000 passagers pour la saison été 2008, dont des groupes de touristes d’affaires. Ces derniers trouveront notamment à bord un spa doté d’un parcours bio marin et un salon d ‘une capacité de 400 personnes.” Un art de vivre à la française que met en avant depuis plusieurs années la Compagnie des îles du Ponant, rappelle Éric Lustman, directeur commercial : “Que ce soit à bord du voilier Le Ponant, du yacht Le Levant ou du paquebot d’expédition Le Diamant, notre positionnement est le même : l’élégance, le confort et le raffinement français. D’autre part, tous les trois sont à taille humaine, de 32 à 113 cabines, et battent pavillon français.”

Éric Lustman note encore l’apparition d’un phénomène de fidélisation : “Une entreprise qui a testé le produit croisière souhaite généralement renouveler l’expérience. Mais encore faut-il qu’elle réserve assez tôt, ce qui n’est pas dans les habitudes des pays latins dont fait partie la France ! Déjà, pour 2008, nous avons 118 croisières planifiées dont 65 % sont affrétées.” Cependant, certaines compagnies maritimes ont appris depuis plusieurs années à jongler avec les plannings de dernière minute des entreprises. C’est le cas du groupe RCCL auquel appartiennent les compagnies maritimes Celebrity Cruises, Royal Caribbean et Azamara. Bernard Echevarria, son directeur général, se souvient que, “en 2002, nous avons monté la plus grosse opération incentive dans le monde de la croisière : 12000 plombiers invités par Brossette ! Pour cela, sept rotations ont été organisées à bord du Galaxy Celebrity pour des croisières de sept jours aux Caraïbes.” Ce dernier reçoit régulièrement des demandes pour des opérations incentive de 40 à 350 passagers, soit une vingtaine de groupes par an, et répond à des sollicitations d’affrètements pour des unités plus importantes. “Globalement, nous constatons deux tendances : au-dessous de 700 passagers, l’itinéraire doit être intéressant et original. Au-delà, le bateau devient une destination à part entière. C’est notamment le cas chez Royal Caribbean dont les navires font partie des plus grands du monde. À titre d’exemple, le dernier bâtiment lancé, le Freedom of the Seas, peut accueillir jusqu’à 4 370 passagers !”, précise Bernard Echevarria. Un gigantisme qui permet de créer des espaces, privés et publics, plus vastes que ceux d’un navire classique. Ainsi, la “promenade royale” – 112 mètres –, est jalonnée de commerces sur le modèle d’une rue parisienne : boutiques de vêtements, bars, restaurants, théâtre, casino, patinoire, centre de conférences de 900 places…

Dans un autre registre, le deuxième mastodonte des mers, le Queen Mary 2 de la compagnie Cunard “est particulièrement adapté aux séminaires, avec à bord tout le nécessaire pour travailler et se détendre pendant une traversée transatlantique de six nuits, Southampton- New York”, souligne Rémy Arca, directeur France de Cunard. Ce dernier dévoile “qu’à partir de cet été, le Queen Victoria étoffera la flotte. Avec son allure altière, sa décoration aussi luxueuse que discrète, ses cabines spacieuses et les infrastructures originales, il perpétuera la grande tradition maritime britannique”. Atmosphère particulièrement appréciée par les groupes.

Élégance et charme d’antan que recherchent également les passagers des voiliers Star Clippers, répliques des anciens clippers ayant sillonné les mers au XIXe siècle. “Dans le cadre d’une privatisation totale, nos voiliers conviennent plus particulièrement à des opérations allant de 150 à 200 passagers ; en revanche, les affrètements partiels s’adressent à des groupes de 15 à 100 personnes”, indique Béatrice Frantz-Clavier, responsable commerciale France, qui ajoute qu’elle “enregistre sur l’exercice 2007-2008 une augmentation globale des demandes, quel que soit l’itinéraire. Le côté vieux gréement, la beauté du bateau et la proximité avec la mer que procure le voilier plaisent énormément”.

C’est également l’aspect authentique de la ligne de l’Express Côtier d’Hurtigruten qui attire les entreprises. “Depuis 1893, hiver comme été, un bateau quitte Bergen, en Norvège, pour transporter marchandises et passagers au cours d’une navigation considérée comme l’une des plus belles et originales du monde !” affirme François Weill, PDG d’Hurtigruten SAS. Aujourd’hui, les navires de la flotte, tout en remplissant leur mission de lien économique et social, offrent un confort équivalent à celui d’un paquebot de croisière traditionnel, avec 34 escales le long des côtes norvégiennes jusqu’à la frontière russe, en passant par la Laponie, le cap Nord et les îles Lofoten. “Chaque année, des centaines d’entreprises organisent à leur bord des séminaires, des réunions de travail et des voyages de stimulation. Actuellement elles sont majoritairement d’origine scandinave car nous travaillons la clientèle française depuis un an seulement”, précise François Weill.

Du Danube au Yang Tsé

En dehors de la ligne de l’Express Côtier, Hurtigruten propose des croisières d’exploration en mers extrêmes, au Groenland, au Spitzberg et en Antarctique. Toutes sont jalonnées de diverses activités : safaris en motoneige ou traîneau à chiens, pêche aux crabes géants, observation d’orques, baignade en eau glacée… Mais pour Olivier Maurey, PDG du groupe Ludéric, agence de communication événementielle, “le bateau est avant tout un moyen comme un autre et non une finalité en soi. Il permet de surprendre, de mettre les participants dans des situations inattendues. Certes, la croisière a un côté magique, pour des petits groupes elle permet d’organiser des voyages exceptionnels, mais pour des grandes unités, il faut absolument l’habiller ! D’autre part, c’est également un moyen formidable pour découvrir une destination.”

Moins exotiques que les croisières en Asie ou en Égypte, mais tout aussi adaptées au tourisme d’affaires, les croisières fluviales en Europe connaissent elles aussi un certain engouement. La FF&C estime “le marché européen à environ 1 million de passagers dont 200000 pour la France qui est de surcroît le pays d’armement d’une des plus importantes compagnies de croisières fluviales au monde, CroisiEurope”. Celle-ci dispose de 24 bateaux sur tous les fleuves d’Europe et a accueilli, en 2007, quelque 184000 passagers, soit une augmentation de près de 4 % par rapport à 2006. Parmi ces passagers, 67 % étaient français ! Pour Jacqueline Dalmaz, directrice d’Athenaeum, agent de la compagnie Viking River Cruises, “depuis une quinzaine d’années, le marché ne cesse de se développer et dépasse largement les frontières européennes. Même si le Rhin et le Danube font partie des croisières classiques, nous enregistrons des demandes croissantes sur la Russie à bord du Viking Peterhof et en Chine, sur le Yang Tsé”.

Les membres de la FF&C expliquent cet “intérêt croissant du secteur du tourisme d’affaires pour les croisières fluviales par l’arrivée sur le marché d’unités de petite capacité, 100 à 250 passagers, très modernes et capables de recevoir un congrès, pour un séjour de quatre ou cinq jours, à des tarifs compétitifs”. Jérôme Schabanel, directeur associé des Yachts de Paris, a une autre explication à cet attrait des groupes d’affaires. “Ce phénomène s’inscrit dans un retour à la nature et l’écologie. Et quoi de plus naturel que l’eau ? C’est une bouffée d’évasion et d’oxygène au coeur d’une ville. Sur un bateau, les passagers déconnectent avec le quotidien et l’urbanisation. De plus, ils découvrent un lieu différent par rapport à une visite classique terrestre, le tout dans un cadre luxueux et raffiné.”

Réunions sur ferries de luxe

Même constat du côté des ferries. Que ce soit transmanche ou en Méditerranée, le marché français se porte bien ! La bonne santé du secteur est due à la modernisation générale des flottes, qu’il s’agisse des navires rapides ou des traditionnels car-ferries. D’après la FF&C, les navires à grande vitesse, de plus grande capacité, plus puissants et plus confortables, se positionnent comme de réelles alternatives à l’aérien. D’autre part, arrivent sur le marché de nouvelles unités, toujours plus luxueuses et offrant des prestations similaires à celles des bateaux de croisière. Ces paquebots-ferries ont notamment développé des formules séminaires, avec la possibilité, lors des minicroisières de deux à cinq jours, de programmer des escales et des séjours à terre sur des destinations comme la Corse, la Sicile, les Baléares, l’Irlande ou l’Espagne. Par exemple, la compagnie Brittany Ferries axe son développement sur le concept de la “traversée croisière”. À bord : des cinémas, des restaurants, des cabines, des boutiques, des cabarets… “Dès leur lancement, en 2003, nos croisières d’une demi-journée ont remporté un vif succès : 11 000 passagers ! Face à cet engouement, en 2004, nous avons étoffé notre offre avec l’arrivée du paquebot-ferry, le Pont-Aven”, explique Nicolas Boutaud, directeur commercial passagers France. “Il effectue des liaisons régulières Roscoff-Cork en Irlande, Roscoff- Plymouth, en Grande-Bretagne, et Plymouth-Santander, en Espagne. Ainsi, il part tous les mardis soirs de Roscoff, accoste le mercredi matin à Plymouth pour une escale d’une demi-journée puis rejoint le jeudi matin Santander pour revenir à Roscoff le vendredi matin. Ces croisières peuvent être de trois ou quatre nuits, ou d’une semaine.” Le Pont-Aven accueille en moyenne 4000 passagers par an. Notamment des groupes incentive dont une grande majorité opte pour des minicroisières vers l’Irlande. Toujours côté Manche, mais dans une autre catégorie, SeaFrance, l’unique compagnie française sur l’axe Calais-Douvres, joue sur la qualité de sa flotte et de ses prestations, en particulier à bord du SeaFrance Rodin et du SeaFrance Berlioz où tous les repas sont préparés sur place par des chefs français. Parallèlement, en Méditerranée, la SNCM a poursuivi en 2007 sa reconquête commerciale du marché, entreprise en 2006.

Minicroisières en Méditerranée

L’objectif de la SNCM est de dépasser le million de passagers et de s’approprier la moitié du marché maritime entre la France continentale et la Corse. Ses arguments : des navires confortables et de qualité pour les cruises ferries et aussi des performances de vitesse pour le Navire à Grande Vitesse. Tout comme Brittany Ferries, SNCM s’est positionnée sur le marché des minicroisières en Méditerranée par le biais de son fleuron, le Napoléon-Bonaparte. Quant à la compagnie maritime Grimaldi GLD, elle prévoit sur sa ligne Toulon-Rome trois départs hebdomadaires toute l’année, et durant l’été une liaison par semaine entre Porto Vecchio et Rome. Mais quel que soit le type de croisière, maritime, fluviale ou ferries, l’offre est suffisamment large et adaptable aux différents besoins pour permettre à toutes les entreprises de prendre le large.