
En matière de croissance économique, Bucarest rivalise aujourd’hui avec les grandes capitales européennes. « Dans les pays les moins développés de l’Europe, les villes majeures telles Bucarest ou Bratislava ressemblent beaucoup plus à Rome, Madrid ou Copenhague qu’à toute autre région de ces mêmes pays », affirme le rapport de la Banque Mondiale 2018. Selon le classement Doing Business, la Roumanie est classée 45e sur 190 pays pour sa capacité à faciliter la tâche des entreprises, derrière la France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, la Suède. Pourtant, avec une progression de 7 % du PIB en 2017, l’économie roumaine est devenue le champion européen de la croissance.
Avec un million de salariés, le marché de l’emploi à Bucarest a d’ailleurs battu un nouveau record. La région Bucarest-Ilfov, composée du département d’Ilfov et de la municipalité de Bucarest, représente 27% du PIB du pays. Surtout, contribue à elle seule à 55% du revenu total des sociétés roumaines. Promoteurs du rêve européen, les collaborateurs des entreprises se sont approprié l’ancien dicton à elle seule, « Le métier est un bracelet en or », en relevant le défi du libéralisme grâce à de longues études et des parcours professionnels enrichis. Ainsi, le taux de chômage de la capitale roumaine est tombé à 1,5% de la population active, soit le meilleur score depuis 23 ans.
Avec plus d’un quart des salariés travaillant au sein des multinationales, Bucarest a troqué doucement ses jardins boisés pour le verre et l’acier des nouveaux quartiers d’affaires. Revers de la médaille : circuler dans la capitale est de plus en plus compliqué. Selon l’Index 2017 de trafic de TomTom Telematics – rebaptisé Webfleet Solutions depuis son rachat par Bridgestone -, la métropole roumaine remporte la palme des bouchons parmi les pays européens avec des temps de trajets quasi doublé, ayant augmenté de 7% en un an.
La capitale des bureaux
L’immobilier de bureaux est le premier segment à être sorti de la crise, après que la Roumanie est devenue l’un des pays les plus recherchés en termes d’outsourcing et de développement IT. La demande de nouveaux espaces business, qui a explosé après l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne, provient notamment des entreprises locales et internationales des secteurs de l’industrie, de l’énergie et de l’IT. En tête des promoteurs qui ont métamorphosé la capitale roumaine, des noms tels Globalworth, leader de l’immobilier roumain et polonais, Portland Trust, investisseur tchèque et Skanska, le géant suédois. Ces trois opérateurs se partagent les transactions concernant la majorité du stock total de 2,5 millions de mètres carrés de bureaux construits dans la région urbaine et périurbaine de Bucarest.
Les gratte-ciels de bureaux et la culture « smart business » qui se sont emparés des quartiers autrefois gris hérités de l’ancien régime expliquent l’émergence d’une nouvelle classe sociale urbaine: « les cols blancs ». Ces nouveaux Bucarestois, d’adoption pour la plupart d’entre eux, ne comptent pas les heures pour toucher 700€ par mois, le salaire net moyen le plus élevé au niveau national. Se levant à 5 h 30 – trafic infernal et métros bondés obligent – pour être au bureau à 9 h avant de quitter leurs lieux de travail après 22 h, ces jeunes cadres dynamiques ne jurent que par la réussite individuelle.
Un quart de ces employés travaille dans les bureaux modernes du quartier huppé de Pipera. Situé au nord de la capitale, ce Wall Street local, très couru par les banques et les entreprises, a pris des airs de hub d’affaires international. Large d’à peine un kilomètre carré, Pipera cumule plus de 750 000 m2 de bureaux. C’est dans ce quartier que se situent les sièges sociaux de la plupart des grands groupes à l’instar d’Amazon, qui occupe l’un de ces immeubles flambant neufs signés Globalworth. Avec d’autres noms tels Microsoft et General Motors qui ont aussi pignon sur rue à Pipera, ce quartier chic table sur des investissements entre deux et trois milliards d’euros dans les années à venir. 800 000 mètres carrés de bureaux devraient ainsi sortir de terre d’ici 2020. A l’opposé, les espaces du travail partagé, qui représentent seulement 1% de la surface des bureaux, misent plutôt sur une redéfinition du coworking pour proposer des espaces réinventés, plus personnalisés, sortant du cadre traditionnel des bureaux.
Vivier de talents IT
« Embaucher des gens brillants dans tous les coins du monde, c’est un défi pour nous, mais il y a un vivier de talents uniques à Bucarest dans lequel nous allons puiser », explique Eric Friedman, directeur général Technologie de Fitbit, le leader des montres connectées. Après avoir acheté la toute jeune pousse Vector Smartwach, basée à Bucarest, l’acteur de la santé connectée poursuit son développement dans la capitale roumaine en lançant une campagne de recrutement pour attirer les nouveaux talents. La start-up, qui souhaite encourager les investissements dans la « tech », prépare également un projet d’accélérateur de start-up et, d’autre part, souhaite investir dans la formation et la recherche.
Avec d’autres grands noms ayant choisi Bucarest pour leurs activités R&D à l’image d’Adobe, SAP, Ixia, NXP et Bitdefender, la capacité d’innovation de la ville ne laisse guère de doute. L’ADN roumain des grandes firmes du numérique telles Facebook, Microsoft et Hootsuite n’est désormais plus un secret. Le roumain est d’ailleurs la seconde langue parlée dans les bureaux Microsoft du monde entier, après l’anglais.
Prédilection naturelle des Roumains pour les sciences, les mathématiques, les langues étrangères, leur goût prononcé pour la technique d’une part ; un coût de la vie et des logements peu élevés d’autre part : tout cela contribue à faire de Bucarest un vrai pôle de l’économie digitale. Avec, cerise sur le gâteau, des facilités fiscales de 16% sont accordées aux développeurs.
Bucarest a donc son mot à dire sur l’écosystème des start-up. L’ICCEfest et DefCamp, version est-européenne de l’événement Defcon, la grande messe américaine des hackers, ne sont que quelques exemples d’initiatives locales qui intéressent une communauté bien vivante. Ces rendez-vous attirent chaque année plus de 5000 de participants, et parmi eux, des grands groupes tels Google, Facebook, Netflix, CNN, New York Times, Orange Fab, Kaspersky, Verizon, etc. Ces rencontres ne font que confirmer un état de fait : la tech mondiale a les yeux rivés sur cette métropole classée parmi les plus « internet friendly » au monde.























