Le premier week-end de juin fut un moment fébrile dans les aéroports britanniques. Avec l’annonce de l’inscription du Portugal sur liste « ambre » par le gouvernement de Boris Johnson, des milliers de passagers britanniques se sont en effet dépêchés de rentrer à la maison. Histoire d’éviter une quarantaine obligatoire de 10 jours…
Hormis cette fièvre temporaire dans les halls d’arrivées des aéroports britanniques, le trafic aérien outre-Manche risque bien de rester atone cet été. Alors que les pays de l’Union Européenne s’ouvrent enfin aux passagers négatifs au Covid, le Royaume-Uni reste en effet en dehors de cette euphorie de voyage du continent.
L’an dernier a été de fait une année noire pour le transport aérien britannique. Le nombre total de passagers a atteint 73,76 millions de passagers. C’est un volume de trafic inférieur au seul aéroport de Londres Heathrow. Celui-ci accueillait en effet en 2019 près de 81 millions de passagers.
Le trafic a ainsi chuté de 75% en un an selon l’AOA, Airport Operators Association. Il reflète l’effet dévastateur de la pandémie. Les aéroports les plus touchés l’an dernier au Royaume-Uni ont été Cardiff en chute de 86.7%, suivi de Glasgow Prestwick (-85.8%), Exeter (-85.5%), Southampton (-83.4%) et Leeds Bradford (-81.2%).
Les aéroports londoniens ont un peu mieux résisté. Le trafic de l’aéroport de Heathrow a chuté de 72,7% sur un an pour atteindre 22,1 millions de passagers en 2020. Luton a été plus résilient avec une baisse de 69,5% ainsi que Stansted avec 73,2%. Les aéroports de Gatwick et de London City ont en revanche été les plus affectés. Le premier a perdu 78,2% de ses passagers soit 10,17 millions de voyageurs (au lieu de 46,6 millions en 2019). Le second a traité moins d’un million de passagers contre 5,1 millions, soit une baisse de 82,3%.
Au total, la capitale britannique aura traité 46,28 millions de passagers – une part de marché de près de 63% de l’ensemble des passagers britanniques. En 2019, Londres avait accueilli dans ses aéroports 178,9 millions de voyageurs…
« Global Britain » reste un rêve pour le transport aérien
Les grands aéroports régionaux n’ont d’ailleurs pas été mieux lotis. Manchester s’affiche en baisse de 76% avec 7,03 millions de passagers au lieu de 29,37 millions en 2019. Edimbourg a vu 3,47 millions contre 14,73 millions un an plus tôt et Birmingham 2,86 millions comparés aux 12,64 millions de l’année 2019.
Mais là où les aéroports espéraient encore un retour en grâce en 2021, la prolongation de la dernière étape intermédiaire du confinement annoncée par Boris Johnson le 14 juin ainsi que la poignée de pays considérés comme sûrs pour les voyages (liste verte) font l’effet d’une douche froide.
un été aussi mauvais, sinon pire, que 2020
Selon Karen Dee, directrice générale de l’AOA, l’approche « excessivement prudente » du gouvernement en matière de réouverture des voyages signifie que cet été serait « aussi mauvais, sinon pire, que 2020 ». Selon ses estimations, les aéroports britanniques perdront au moins 2,6 milliards de livres sterling de revenus cet été, après une perte similaire entre avril et septembre 2020.
« Les aéroports britanniques resteront ainsi à la traîne derrière leurs concurrents internationaux de l’Union Européenne, qui ont non seulement reçu un soutien financier beaucoup plus important de la part de leurs gouvernements, mais sont également en mesure de relancer les voyages pendant l’été, » décrivait-elle dans le quotidien The Guardian.
« Global Britain », le slogan du gouvernement vantant le retour du Royaume-Uni sur la scène internationale, a toujours bien du mal à se concrétiser. Et pas seulement dans le transport aérien…