Air Canada, un possible monopole vers l’Europe avec le rachat d’Air Transat

La lettre d’intention d’Air Canada pour le rachat de la compagnie de loisirs Air Transat se traduirait par un quasi-monopole du transporteur national canadien sur le segment premium et hybride. Une nouvelle qui fait froncer des sourcils dans les cercles gouvernementaux de la province du Québec, car elle pourrait faire perdre à Montréal un important acteur aérien.

Air-Transat
Air Canada est entrée en discussion avec Air Transat pour la reprise de la compagnie.

L’annonce par la direction du transporteur canadien Air Transat de discussions avec Air Canada pour sa possible reprise pourrait conduire à une concentration de l’offre encore forte dans un pays où la compagnie nationale est aujourd’hui le seul grand transporteur premium. Le modèle d’Air Transat est, quant a lui, plus proche de celui d’une compagnie hybride, comprenant une très vaste offre de vols de loisirs vers des destinations vacances. Mais pas seulement. Le second transporteur international canadien constitue aussi une véritable alternative pour les voyageurs – dont ceux d’affaires- avec notamment une offre de classe Economie Premium (Classe Club) que l’on trouve sur tout le réseau de la compagnie, du domestique aux lignes vers les Etats-Unis et l’Europe.

Les discussions ouvrent pour le moment à Air Canada la possibilité d’évaluer la situation d’Air Transat pendant 30 jours avant de prendre une décision. Même si rien n’est encore définitif, il semble cependant qu’il n’existe guère d’alternative pour la compagnie filiale du groupe Transat. Seul le gouvernement du Québec pourrait monter au créneau en soutenant financièrement un autre repreneur, sans nul doute d’obédience québécoise histoire de conforter l’identité francophone de la compagnie. Dans le cas contraire, Air Canada devrait verser 520 millions de dollars canadiens (348 millions d’euros) pour acquérir la compagnie.

Pour expliquer ce rachat, l’année 2018 a été difficile pour Air Transat en raison de l’augmentation des prix du kérosène et de la fluctuation des monnaies. La compagnie a ainsi enregistré une perte nette ajustée de 24,5 millions de dollars canadiens (16 millions d’euros). Au premier trimestre 2019, cette perte nette ajustée s’est encore creusée, passant à 38 millions de C$ au lieu de 29 millions sur la même période de 2018. La compagnie a transporté cinq millions de passagers l’an dernier, soit juste 10% du trafic enregistre par Air Canada.

Air Transat, important sur l’Europe

Si Air Transat semble apparaitre comme une compagnie aérienne d’importance relativement faible par rapport à son concurrent, elle joue toujours un rôle prépondérant sur les lignes Canada-Europe. On estime que sa part de marché en capacité sièges sur ce secteur atteint 20%.

Si la fusion devient effective, la part de marche d’Air Canada sur le transatlantique s’élèverait alors à 63% de toutes les capacités offertes. Sur l’Europe, Air Transat relie depuis Montréal et de Toronto six destinations sur toute l’année, dont Paris CDG. Si l’on ajoute les vols saisonniers en été, la compagnie dessert 25 destinations européennes.

Ainsi, en France, Air Transat relie durant la saison été Montréal à Bâle/Mulhouse, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris et Toulouse. Elle entretient aussi un partenariat avec la SNCF pour la desserte des régions françaises depuis la gare TGV de Roissy. Air Transat est en concurrence avec Air Canada et Air Canada Rouge sur Paris, Lyon, Marseille, Nice et dès le mois de juillet sur Bordeaux. Si la fusion devient effective, il est évident que les doublons entre les deux compagnies disparaitront. Comme le seront probablement le vol Paris CDG-Montréal et peut-être le vol Paris CDG-Québec, ce dernier étant assuré pourtant exclusivement par Air Transat.

Seraient également menacées toutes les nouvelles lignes que la compagnie comptait lancer avec l’arrivée cette année des premiers modèles d’une commande de 15 Airbus A321neo LR (199 sièges), un avion mieux adapté à la desserte de destinations secondaires sur le transatlantique.

Enfin, la disparition d’Air Transat fait aussi craindre une envolée des prix qui pourrait, selon certains experts, se traduire par des hausses de 30% à 40% des tarifs. Même si, sur le long terme, de nouveaux transporteurs low-cost et ultra low-cost canadiens envisagent de se lancer dans la bataille transatlantique.