Bars et lounges : Nouveaux rendez-vous

Lieux mythiques, décors tendance, cocktails fabuleux, clients célèbres… À travers leurs lounges et leurs bars, les grands hôtels parisiens rivalisent d’imagination pour devenir lieu de rendez-vous incontournable de la capitale. Non seulement attirer les clients résidant dans l’établissement, mais aussi les Parisiens.

La légende veut qu’à la libération de Paris, le 25 août 1944, Ernest Hemingway se précipita au Ritz pour le reprendre aux Allemands. Mission accomplie, il s’en fut au bar se servir un verre. Aujourd’hui, ce même bar porte son nom. Le décor est resté d’origine, cuir et lambris, et l’atmosphère y est un brin nostalgique, comme hantée par les figures historiques ou littéraires qui y avaient leurs habitudes. Tout l’inverse du Ritz Bar à l’autre bout du long couloir, où se joue depuis deux ans une véritable révolution de palace. Car en fin de semaine, les platines s’enflamment sous les doigts du DJ qui fait résonner les sons d’une musique techno-pop, en total décalage avec le classicisme de l’hôtel. Y compris dans sa décoration, toute de velours rouge, très victorienne. Le concept fonctionne à tel point que lors de la “Fashion Week”, au début de l’automne, on faisait la queue place Vendôme, où donne l’entrée extérieure du bar. “Comme nous ne pouvons pas accueillir plus de 80 personnes, il nous a fallu refuser du monde. Donc, ce sont les premiers arrivés qui sont les premiers servis”, souligne Jean-Pierre Trevisan, directeur d’exploitation du Ritz et initiateur de ces soirées. Les gens de la mode apprécient particulièrement le lieu, mais ils ne sont pas les seuls. On y voit des hommes d’affaires et leurs clients s’y retrouver après un dîner ou la signature d’un contrat” ; une façon pour eux de plonger, le temps d’une soirée, dans la “branchitude” parisienne. Certains jeudis, les “Jeudi Selector”, sont plus particulièrement prisés quand les platines sont laissées à des people amateurs. “Nous invitons des célébrités passionnées de musique à venir passer leurs disques préférés”, poursuit Jean- Pierre Trevisan. Emma de Caunes, Frédéric Beigbeder ou encore Ariel Wizman sont déjà venus faire leur boum.

Mais le Ritz n’est pas le seul palace à miser sur des DJ pour se transformer en nouveau rendez-vous nocturne branché. “On nous copie”, dit, entre amusement et agacement, Jean-Pierre Trevisan faisant référence au bar du Plaza Athénée qui a lancé ses “Red Hours”, il y a quelques mois. Les jeudis, vendredis et samedis, dès 23 heures, le bar s’embrase. Les couleurs changent, le bleu, icône du lieu, passe au rouge, et le DJ résidant fait son entrée : place aux sons électro- rocks. On n’en oublierait presque que loin des beaux quartiers, le très branché Murano est un des pionniers de la tendance “techno people”. On y retrouve d’ailleurs un peu les mêmes figures : Beigbeder, Emma de Caunes, Ariel Wizman, etc.

Avec ces “happenings”, les 4 et 5 étoiles souhaitent évidemment attirer une nouvelle clientèle, plus jeune, et surtout extérieure ; même si se donner rendez-vous dans un bar d’hôtel n’est pas encore tout à fait dans les habitudes françaises. Et les délicieux cocktails qu’on y sert ne suffisent pas toujours.

Joailliers, banquiers et avocats

Pour autant, sans platine, ni people, le Park Hyatt Vendôme a gagné en 2007 le titre de meilleur bar d’hôtel d’Europe du prix Villégiature. Il attire en semaine une clientèle de joailliers, de banquiers ou d’avocats qui viennent s’y retrouver après le travail. “La majorité des consommateurs sont des personnes extérieures à l’hôtel et travaillent dans le quartier”, souligne le chef barman Yann Daniel. Ce qui ne veut pas dire que les lieux sont déserts dans la journée. “Nous avons pas mal de personnes qui viennent travailler ici, seules ou en miniréunion, ou bien encore le temps d ’un rendez-vous d’affaires”, poursuit le chef barman. Dans un décor contemporain, rythmé par les sculptures de Roseline Granet, tout a été pensé pour créer un lieu convivial. Les couleurs sont sourdes et chaudes, les tissus moirés, discrets. On circule autour du bar conçu comme une table d’hôtes. “Nous voulions casser la distance traditionnelle entre le barman et le client”, poursuit Yann Daniel.

Pour se distinguer, les hôteliers misent également sur leurs cartes avec une sélection de produits uniques. Au bar du Park Hyatt Vendôme, on se voudrait presque exhaustif. “Bien sûr, on nous demandera toujours ce que l’on n’a pas, mais nous essayons de proposer 90 % de ce qui existe en alcools et alcools forts. Nous avons huit champagnes à la carte et plus de 70 whiskies. De très bons vins peuvent être également dégustés au verre”, souligne Yann Daniel.

De son côté, Le Radisson Blu Dokhan, boutique-hôtel situé à deux pas du Trocadéro, se targue de disposer du seul vrai bar à champagne de la capitale. Pour autant on ne s’y rend pas pour déguster des crus de maisons célèbres, mais de petites cuvées rares, des cépages oubliés que le sommelier Mickael Rodriguez recherche inlassablement. Ce passionné offre et décrypte pour ses clients un producteur différent à travers trois cuvées : blanc, rosé, millésimé ou cuvée prestige. “Dans mon bar, les vraies stars, ce sont les champagnes et leur producteur”, insiste-t-il. À chaque table, il fait découvrir à une clientèle très diverse les secrets des terroirs, le cépage, les arômes… “Nous avons beaucoup d’habitués de toutes les classes d’âge qui ont en commun le goût de la découverte” : depuis les anciennes copines d’études qui se retrouvent tous les deux mois aux représentants de maisons de cosmétiques qui amènent leur client pour un luxe très français.

Dans un tout autre registre, le Murano se pose pour sa part en bar à vodka. La ligne de bouteilles présentées est impressionnante et les cocktails à base de vodka très originaux. Mais c’est aussi pour la déco que l’on se donne rendez-vous dans cet établissement situé dans le Haut Marais. Les amateurs de design épuré, rehaussé de couleurs chaudes ou acidulées, apprécieront. Véritable carte de visite de l’hôtel, le bar lounge a été pensé par Philippe Starck. Le designer a joué le “décloisonnement”, réunissant lobby, restaurant et bar dans un vaste lounge. On peut choisir de s’installer sur les canapés blancs qui surplombent les lieux ; à moins de préférer le fauteuil-conversation néo-pop qui trône dans l’espace central, réchauffé par une longue cheminée à éthanol.

Le décloisonnement a aussi ses amateurs dans l’hôtellerie d’affaires. Ainsi, Marriott a-t-il en 2007 lancé son concept “great room” dont le Rive Gauche a accueilli le premier exemple. Le R’Yves intègre salons, salle à manger, salle de lecture, business center, bar à cocktails, table d’hôte, brasserie à l’européenne, etc. En perpétuel mouvement, le lieu se transforme en fin de journée en bar à cognac. “Aujourd’hui, les gens ne veulent plus rester dans leur chambre pour travailler ; du coup, ils se réapproprient les parties communes”, souligne Virginie Tayet, directrice programmation Pullman. “Ils veulent pouvoir brancher leur ordinateur portable, avoir un accès Wi-Fi, travailler dans une atmosphère vivante où ils pourront, s’ils le désirent, converser avec d’autres voyageurs et être productif en même temps”. Aux Pullman Bercy et La Défense, les cloisons disparues ont été remplacées par de savants jeux de lumières et de couleurs, et dessinent les multiples recoins de ces vastes lobbys nouvelle génération. L’intensité lumineuse y varie au fil de la journée – plus forte le matin, tamisée le soir – tout comme l’ambiance musicale en toile de fond. Aux beaux jours, quelques hôtels de la capitale s’affirment à travers leurs terrasses. Dernier arrivé, le Patio du Méridien Étoile, un véritable lounge à ciel ouvert, avec îlot de verdure, cascade et mobilier design noir et blanc rétro-éclairé. Tout aussi discret que le bar Anglais, où l’on croise autant les stars de cinéma et de la chanson que d’hommes politiques, le Septième Ciel de l’hôtel Raphaël offre pour sa part une vue à 360° sur la capitale. Installée au 7e étage – comme son nom le laisse deviner – la terrasse est couverte d’arbres fruitiers et de topiaires. Le mobilier est en teck, les parasols blancs et, pour l’insolite, l’échiquier géant en marbre.

Des ouvertures tant attendues

Demain, Le W Opéra, ouvrira dans un immeuble haussmannien, proche des Galeries Lafayette et de la place Vendôme. Il disposera de l’espace lounge emblématique de la marque “qui invite les clients à se retrouver, faire connaissance et se détendre dans un esprit de convivialité et d’élégance”. Mais à côté, il leur proposera également un “bar parisien” ! Le mystère plane aussi autour des bars du Shangri-La, dont l’ouverture devrait avoir lieu au tournant de l’année, et du Mandarin Oriental. Seule certitude, le Royal Monceau, qui vient de rouvrir, joue la carte branchée et électro. Monsieur Starck oblige…

Tournée en capitale

Voici quelques adresses, non exhaustives, parmi les plus intéressantes de Paris, pour leur emplacement, leur ambiance, leur décoration ou encore leurs cocktails, quand elles ne réunissent pas tous ces critères à la fois.

Ier arrondissement

Le bar de l’Hôtel de Vendôme. 1, place Vendôme.

Le bar de l’hôtel Costes. 239, rue Saint-Honoré.

Bar 228, Hôtel Meurice. 228, rue Rivoli.

IIe arrondissement

Le bar du Park Hyatt. 5, rue de la Paix.

IIIe arrondissement

Le bar du Murano. 13, boulevard du Temple.

VIe arrondissement

Le bar de l’Hôtel. 13, rue des Beaux-Arts.

VIIIe arrondissement

Le Ritz Bar (15, place Vendôme)

le Bar Hemingway (16, rue Cambon) au Ritz.

Le bar du Plaza Athénée. 25, av. Montaigne.

Le Pershing Lounge au Pershing Hall. 49, rue Pierre-Charon.

Le S’Bar à l’Hôtel de Sers. 41, avenue Pierre 1er de Serbie.

Le Bar Regency au Prince de Galles. 33, avenue George V.

Purple Bar au Hilton Champs-Elysées. 51-57, rue de Courcelles.

IXe arrondissement

Le Café de la Paix au Grand Hôtel. 12, rue des Capucines.

Le Café Lumières à l’Hôtel Scribe. 1, rue Scribe.

XIIe arrondissement

Le Point bar au Pullman Paris Bercy. 1, rue de Libourne.

XIVe arrondissement

R’Yves au Marriott. 17, boulevard Saint-Jacques.

XVIe arrondissement

Le bar à champagne du Radisson Blu Dokhan’s. 117, rue Lauriston.

Le Bar Anglais et le 7e ciel au Raphaël. 17, avenue Kléber.

XVIIe arrondissement

Le Bar Panoramique au Concorde Lafayette. 3, place du Général Koenig.

Le Patio Etoile au Méridien Étoile. 81, boulevard Gouvion Saint-Cyr.

XVIIIe arrondissement

Le bar du Kube Hotel. 1-5, passage Ruelle.