« Casser les codes » : Olivier Devys, fondateur et président des hôtels Okko

Le premier hôtel Okko a ouvert ses portes à Nantes au début du mois de février, inaugurant un concept novateur sur le marché français de l'hôtellerie urbaine. Olivier Devys, fondateur de l'enseigne avec Paul Dubrule, fixe la feuille de route de la marque et détaille la philosophie Okko. 
Jérôme Galland (DR)

Le premier hôtel Okko vient d’ouvrir à Nantes. Est-ce le premier d’une longue série ?

Olivier Devys – La gestation a duré six ans. Après ce premier hôtel à Nantes, nous aurons deux autres inaugurations cette année, à Grenoble et à Lyon, dans un bâtiment que nous avons acheté et que nous sommes en train de rénover. Nous aurons dix hôtels en portefeuille d’ici 2017, dont deux à Paris, un à Strasbourg et Cannes ainsi qu’à Bayonne et Toulon. Nous comptons développer notre offre dans toutes les grandes métropoles françaises. Bayonne et Toulon présentent d’ailleurs la taille minimale parmi les villes que nous ciblons. On se donne dix ans pour atteindre la barre des 50 hôtels.

En quoi consiste plus précisément le concept Okko ?

O. D. – Okko, c’est une hôtellerie quatre étoiles – selon la nouvelle classification –, donc du haut de gamme, mais absolument pas du luxe. Le concept est totalement urbain, avec des emplacements au cœur des villes. Ce qui explique que nos hôtels ne disposent pas de restaurant. À Nantes, vous avez une multitude d’options à 300 mètres autour de notre établissement. Nos hôtels ciblent essentiellement la clientèle individuelle, d’affaires comme de loisirs. Nous n’accueillons pas de groupes, puisque nous n’avons pas de salles de réunions ni de banquets ou encore de petit déjeuner. Nous ne concurrençons pas Novotel par exemple, pour faire référence à un groupe que Paul Dubrule ou moi-même connaissons bien (NDLR : Olivier Devys, ancien PDG de l’enseigne Suite Hotel, et Paul Dubrule, fondateur de Accor, sont les deux actionnaires de la nouvelle chaîne).

Chambre Okko

Que proposez-vous à tous ces voyageurs individuels ?

O. D. – Cette clientèle, nous la chouchoutons. Tout d’abord avec une offre tout compris, intégrant la vidéo à la demande, une machine Nespresso en chambre, le téléphone, l’Internet haut débit, mais aussi à travers notre club et son service 24/24 7/7. Baptisé ainsi en référence aux clubs anglo-saxons, c’est une grande salle à vivre, où lire la presse, imprimer ses mails, boire un café, voire tenir une réunion informelle autour d’une table. Sur le modèle des mezze, nous proposons une offre à piocher, comme une part de tarte, du fromage, du jambon, des olives, une soupe chaude. Ainsi, si un client rentre très tard d’une journée d’audit, il peut demander à se faire servir une assiette de charcuterie avec un verre de vin. Le tout, compris dans le prix.

Okko innove également en matière d’accueil en dématérialisant le processus de check in – check out. Quel est l’avantage de cette innovation ?

O. D. – Le client réserve sur Internet et reçoit la clé de chambre via SMS sur son smartphone. Cette clé virtuelle émet un signal sonore qui donne accès à la chambre, mais aussi au club, au fitness, au sauna, à la salle de repassage. Notre personnel est ainsi entièrement dédié à l’hospitalité. Nos employés s’occupent uniquement du bien-être du client, sont là pour le renseigner sur les restaurants et bars de la ville, lui servir à manger et à boire. Comme tout est compris, ils ne cherchent pas à facturer. Il n’y a pas de rapport marchand, c’est une relation différente de ce que l’on peut connaître habituellement.

Club Salon Okko

Le design est aussi un élément important de la marque, avec des lignes simples et épurées, de la fonctionnalité…

O. D. – J’avais rencontré Patrice Norguet à l’époque où je travaillais pour Suite Hotel. Et je voulais qu’il soit notre designer attitré pour nos hôtels, en tout cas toute la première génération d’Okko. Il a créé des chambres atypiques avec par exemple, non pas un mur qui sépare la salle de bain de la chambre, mais une continuité assurée par une structure de verre et de bois. Inspirée des moucharabiehs, elle préserve l’intimité du client sans faire de rupture. Les premières critiques ont été élogieuses : “on se sent comme chez soi” est la réponse la plus courante.

En quoi Okko se démarque-t-il dans le paysage hôtelier français ?

O. D. – Beaucoup d’observateurs, y compris au sein de grands groupes, considèrent que l’hôtellerie française est obsolète, conservatrice. Et toujours plus chère aussi, sans réelle remise en cause. Une étude récente montre qu’elle est 35% plus onéreuse qu’ailleurs en Europe. C’est un record dont on ne peut se réjouir. En réorganisant notre activité, avec moins de coûts administratifs notamment, mais aussi des hôtels plus compacts, une seule cible de clientèle, nous créons de la valeur. Et cette valeur, nous la restituons au client, puisque nos tarifs sont tout compris et un peu moins chers que la concurrence. On n’a rien inventé : c’est la même démarche qu’a pu avoir Simon Hayek en lançant la Swatch. On peut voir aussi cette évolution dans le secteur automobile, la bijouterie ou encore l’aérien et le ferroviaire. L’hôtellerie française a longtemps été innovante. Mais aujourd’hui, l’innovation vient plutôt de l’étranger à l’image de Citizen M aux Pays-Bas ou de Motel One en Allemagne. Nous nous en sommes inspirés en nous remettant en question, en cassant les codes et en faisant attention au prix.