Patrimoine : métamorphoses trendy

« Ces projets doivent ressembler à notre époque » : Jean-Philippe Nuel, architecte d’intérieur

Transformer des bâtiments historiques en hôtel est-il pour vous une source d’inspiration supplémentaire ?

Jean-Philippe Nuel – L’hôtellerie actuelle dépense beaucoup d’argent dans la décoration intérieure. En revanche, l’architecture est un peu le parent pauvre aujourd’hui. Surtout en matière de volumes, à la fois pour des questions de coût et de développement durable : un espace vaste est plus difficile à climatiser. À l’inverse, dans les bâtiments anciens, vous avez une richesse architecturale et volumétrique inouïe : un dôme de 32 mètres à l’hôtel-Dieu de Lyon, une salle des pas perdus avec une hauteur magnifique au tribunal de Nantes… Il est important, quand on aborde ce type de projet, de regarder les opportunités offertes par ces lieux plutôt que de les voir comme des contraintes contre lesquelles il faudrait batailler.

Dans quel esprit transformez-vous ces lieux ?

J.-P. N. – Il faut être à leur écoute. C’est ce que nous faisons en travaillant avec les architectes des monuments historiques. L’hôtel-Dieu de Lyon, le futur InterContinental, est un lieu emblématique de la ville, grandiose. Mais son essence était d’être avant tout un hôpital pour les pauvres. Aussi, la décoration intérieure ne doit pas être sophistiquée, plutôt monacale. Nous avons déjà eu cette lecture pour l’InterContinental Hôtel Dieu de Marseille et nous allons la garder à Lyon. C’est une des difficultés : il faut savoir répondre au cahier des charges d’une enseigne de luxe sans être dans l’ostentatoire. Mais j’aime faire de la sobriété et de l’élégance, avec de beaux matériaux. Je ne suis pas dans la surécriture.

Mais c’est une écriture très contemporaine, cependant…

J.-P. N. – Les projets doivent ressembler à notre époque, offrir un équilibre entre le passé et aujourd’hui. Il faut que le patrimoine soit lisible dans son évolution. D’un côté, on ne transige pas avec les parties anciennes, pour lesquelles nous avons le devoir d’être dans la restitution parfaite ; mais en dehors de ça, j’aime donner aux lieux un esprit très contemporain. Par exemple, à la piscine Molitor, un futur hôtel Accor, vous avez de très beaux plafonds 1930. Faut-il pour autant surenchérir avec du mobilier de style Art Déco ? Je ne suis pas pour le pastiche, mais pour l’oppo-sition. Je souhaite créer une tension grâce à la juxtaposition des écritures. Ce n’est pas parce que vous habitez dans un immeuble hausmannien que vous êtes meublés Napoléon III. C’est pareil pour un hôtel.

Patrimoine : métamorphoses trendy