Événements durables : l’écoresponsabilité au pouvoir

Les acteurs du tourisme d’affaires ont très certainement un rôle à jouer dans les programmes de réduction des gaz à effet de serre. En organisant des événements écoresponsables, ils diminuent leurs impacts négatifs sur l’environnement et soutiennent une économie sociale et solidaire.

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Un hébergement et des activités team building en pleine nature : les Center Parcs ajoutent à leurs cadres en grand vert un engagement fort dans le développement durable. © Eric Bergoend

La COP 21, la conférence sur le climat qui s’est déroulée à Paris en 2015, a fixé pour objectif de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C. Ce qui, à l’heure actuelle, n’est apparemment pas gagné ! Toujours est-il qu’il devient véritablement urgent de changer nos habitudes de vie et que l’on comprend que les engagements doivent se prendre partout et tout le temps, aussi bien dans les domaines personnel que professionnel. Sur ce plan, des associations professionnelles* de la filière événements ont élaboré, dès 2007, une charte écoresponsable, suivi d’un écoguide présentant sous forme de fiches pratiques les bons gestes à adopter pour organiser un événement durable. Depuis, d’autres outils ont été déclinés sur ce même thème, notamment un portail internet dédié : www.eco-evenement.org.

Dix ans plus tard, aujourd’hui donc, Dan-Antoine Blanc-Shapira, l’un des initiateurs, en 2004, d’une démarche éco-événement au sein du secteur MICE, déplore le manque d’enthousiasme de la part des entreprises françaises : “Les sociétés anglo-saxonnes sont plus sensibilisées au développement durable que leurs homologues françaises qui, en ce qui les concerne, ont du mal à changer leurs habitudes. C’est plus un manque de volonté qu’une question de moyen”, remarque Dan-Antoine Blanc-Shapira, par ailleurs, fondateur de l’agence événementielle Sensation !.

Même ressenti par Carole Gleizer, directrice de La 4D, agence labellisée Qualité ANAÉ : “Le phénomène s’est tari depuis deux ans. Ceux qui continuent à intégrer cette dimension dans leurs événements sont généralement issus du monde institutionnel comme les régions et l’État, ou sont des entreprises déjà sensibles à cette cause.” Ce qui est le cas, notamment, de deux de ses clients : la mutuelle AG2R La Mondiale et le réseau de magasins Biocoop. “Pour le premier, nous avons organisé les Parcours de la forme, un événement tournant sur plusieurs villes françaises avec des espaces réalisés avec des palettes en bois louées pour l’occasion. Pour le second, Biocoop donc, notre positionnement durable nous a permis de remporter l’appel d’offres pour leur congrès national 2018.

C’est bien la preuve “qu’il n’est pas si difficile d’organiser une opération MICE écoresponsable. Cela nécessite simplement du travail en amont avec une réflexion visant à limiter au maximum l’impact environnemental et sociétal”, souligne Adeline Labelle, responsable éditorialiste du portail Evènements 3.0 et directrice stratégie de Green Evènements, cabinet de conseil spécialisé en stratégie de développement durable dans le secteur de l’événementiel.

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Suivant les principes de l’économie circulaire, l’agence La 4D a réalisé une scénographie à base de palettes recyclées pour le World Forum de Lille, consacré à la responsabilité sociale des entreprises. © La 4D

Impact maîtrisé

Ainsi, bannir les notions de gaspillage, d’impact non maîtrisé sur l’environnement, prendre conscience des retombées non seulement sur la nature, mais aussi sur les hommes et l’économie locale, sont-elles les bases d’une opération MICE écoresponsable. Pour Thibaut Vigin, directeur clientèle Les Echos Solutions (groupe Les Echos), cette attitude est naturelle et loin d’être une contrainte. “La RSE (NDLR : la responsabilité sociale des entreprises) fait partie de notre ADN. Nous sommes organisateurs du salon Handicap, Emploi et Achats Responsables et nous respectons en interne les engagements durables : tri des déchets, recyclage, emploi d’ampoules Led basse consommation… Des petits gestes qui font partie de notre quotidien et de notre conception du MICE !”.

Côté institutions, à tout seigneur tout honneur, commençons donc par la capitale française. Engagée dans une démarche responsable, la ville de Paris incite les organisateurs de manifestations à suivre les recommandations préconisées dans sa Charte des événements écoresponsables. Parmi ses conseils : privilégier les transports en commun, emprunter une ‘Autolib’ ou un ‘Vélib’, utiliser de la vaisselle durable consignée ou biodégradable, recourir à des installations déconstructibles plutôt que démolissables.

Paris n’a pas pour autant le monopole de bonne conduite en matière environnementale, et bien d’autres institutions hexagonales s’impliquent largement, et depuis longtemps, dans le domaine de l’écologie et du développement durable. C’est le cas de Nantes qui a été proclamée Capitale Verte de l’Europe 2013 par la Commission européenne et qui fut la première ville française, en novembre 2017, à être référencée dans le Global Destination Sustainibility Index, l’indice mondial de durabilité. Son centre des congrès enchaîne d’ailleurs les certifications et distinctions depuis 2003, faisant partie des 49 entreprises françaises sélectionnées pendant un an par l’Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour expérimenter des actions de réduction des consommations d’énergie et de matières. L’expertise nantaise en matière de développement durable attire même des événements d’envergure mondiale comme Climate Chance, les Assises des déchets, Velo-City ou encore la dixième  édition d’Ecocity, le sommet mondial de la ville durable.

Cité des congrès de Nantes
L’implication de la Cité des congrès de Nantes lui permet d’attirer des sommets mondiaux comme Climate Chance. © La Cité des Congrès Nantes

Du côté du département de l’Aube, en Champagne, le concept de développement durable est un axe stratégique d’innovation. Le département est ainsi précurseur quant à la mise en place d’une démarche d’étiquetage environnemental de l’hôtellerie. Par ailleurs, son bureau des congrès est le premier en France à avoir été certifié ISO 20 121, avec un système de gestion responsable des activités événementielles. Et encore, tend-il toujours à élargir sa politique écologique et sociétale. Ainsi, en 2017, s’est-il lancé dans une démarche de Passeport Vert, délivré par l’ONU, afin d’orienter les touristes vers des prestations et des séjours durables. En parallèle, le bureau des congrès a inauguré le Slow Tourisme Lab, premier incubateur d’entreprises innovantes dans le développement durable. “Nous avons souhaité préserver la richesse de notre patrimoine culturel et naturel. Ce qui explique la force de notre engagement”, confie Cécile Lupo, responsable du pôle tourisme et congrès.

Pour sa part, Jean-François Kerroc’h, directeur de Destination Rennes, société publique regroupant l’office du tourisme, le bureau des congrès, le centre de congrès le Couvent des Jacobins et la promotion économique de Rennes Métropole, a une autre conception du développement durable. “Notre positionnement est à la fois un parti pris managérial, c’est-à-dire une démarche responsable en interne, à laquelle s’ajoutent des actions extérieures, notamment en ce qui concerne l’accueil de nos clients… Pour nous, qualité rime avec écoresponsabilité et fait partie de notre stratégie RSE.” Pour cela, Destination Rennes et l’ensemble des acteurs du territoire se sont engagés dans une démarche volontaire de normalisation ISO 26 000 concernant la responsabilité sociétale : transports doux, restauration locale et souvent bio, centre de congrès au c?ur de la ville, possibilité de réaliser un bilan carbone… Des atouts “verts” qui ont permis à Rennes de remporter la candidature pour l’accueil en 2020 du congrès mondial de l’agriculture bio.

Modèle d’écocitoyenneté

Ces nombreuses initiatives régionales, qu’elles soient publiques ou privées, stimulent la demande et font des émules. Très sensibilisé à l’écologie et au bien-être au travail, Bernard Maret, propriétaire de l’Inter-Hôtel Alteora situé au Futuroscope à Poitiers,  a orienté son établissement vers le développement durable et la RSE. Tout est fait pour que l’hôtel soit un modèle d’écocitoyenneté ! Parmi les actions menées : le tri et le recyclage des déchets, en particulier des produits alimentaires qui sont collectés par la filière Nextalim, mais aussi un élevage d’insectes,  des menus étudiés pour générer le moins de pertes possibles, des plats légers inspirés par la cuisine du pape français du light, le chef Michel Guérard, ou encore une gestion de l’eau directement tirée des recommandations de Pierre Rabhi, initiateur du mouvement Colibris. En outre, les transferts des clients se font systématiquement en véhicules électriques et, par ailleurs, un indice de mesure du bonheur au travail ainsi qu’un plan de formation ont été mis en place pour les salariés.

Ces efforts ont permis à l’hôtel d’être normé AFAQ 26 000 – niveau Exemplaire – ainsi que ISO 14 001, puis d’obtenir le label international Clef Verte. “En tant qu’écoresponsables convaincus, nous souhaitons sensibiliser l’ensemble de nos clients, y compris les entreprises nous rendant visite en séminaire. Ainsi, rien n’est disposé sur les tables de nos salles de réunions. C’est à chacun en entrant de ne prendre que ce dont il pense avoir besoin, papier, stylo… et bien sûr pas de bouteilles d’eau en plastique !

D’autres établissements hôteliers ont fait de l’écoresponsabilité leur cheval de bataille. C’est le cas de l’hôtel Les Salines & Spa Resort de Carnac, du groupe Lucien Barrière, qui a la certification internationale Green Globe ou encore  du Hilton Paris Opéra qui a été, en 2015, le premier hôtel du continent européen partenaire du programme Clean the World pour fournir des produits d’hygiène aux plus démunis. “Nos savons entamés sont reconditionnés afin d’être redistribués via divers organismes comme le Samu social. Cela fait partie de notre politique d’écoresponsabilité et de notre programme mondial de solutions de traitement des déchets allant du savon aux matelas en passant par l’alimentation”, décrit Andréa Hermann directrice développement. Pour sa clientèle entreprise, l’hôtel propose le package Meet with purpose – lancé par Hilton au plan mondial en 2015 – incluant réunion, menu bio et une heure de coaching bien-être ou 15 minutes d’acupuncture digitale.

Ce côté “bulle détente”, les groupes le retrouvent aussi dans les cinq Center Parcs du groupe Pierre & Vacances, tous labellisés ISO 14 001 et tous situés en pleine nature, dans des sites préservés où les déplacements ne sont font qu’à pied ou en vélo. Les team-buildings sont donc résolument verts. “Le domaine Le Bois aux Daims, dans la Vienne, a été élu meilleure destination écotourisme 2017 par l’association internationale du divertissement thématique”, annonce Coralline Bordas, directrice ventes MICE. Sur ce centre, les nuitées se passent dans des lodges en bois ou des cabanes perchées, avec en toile de fond un espace boisé de 240 hectares peuplé d’une soixantaine d’espèces d’animaux.

On le voit, l’offre en matière de prestations écoresponsables est suffisamment large pour répondre aux contraintes budgétaires des entreprises. Malgré tout, les coûts restent encore un frein psychologique. Pourtant, penser qu’une manifestation respectueuse à la fois de l’environnement et des hommes est a priori plus onéreuse qu’une opération classique n’est pas nécessairement vrai. Si de prime abord les devis sont plus élevés, le matériel proposé – stands ou mobiliers – est recyclable ou  réutilisable pour d’autres événements. Par conséquent, les organisateurs doivent avoir une vision à long terme des dépenses engagées.

Domaine du Bois aux daims
Cerfs, sangliers, renards : au domaine du Bois aux daims (Center Parc), la nature s’entoure d’une brume apaisante au petit matin. © Ton Hurks Fotografie

Décors recyclés

Serge Coiffard, scénographe, s’inspire du concept d’économie circulaire qui stipule que le déchet d’une industrie soit recyclé en matière première. “Si l’on conçoit ou fabrique pour si peu de temps, pourquoi ne pas utiliser des objets ou matériaux recyclés et recyclables ?Dans son atelier situé en Seine-et-Marne, le plasticien détourne des palettes de leur utilisation première pour créer des stands, des estrades, des éléments de décor… “Je les loue et les sors de leur cycle normal d’utilisation le temps d’un événement éphémère, puis elles retournent à leur destination d’origine.” Également acteur de l’économie circulaire, l’association Artstock est la première plate-forme européenne dédiée au recyclage de décors du spectacle vivant. Ils récupèrent des costumes et des éléments de scène usagés qu’ils remettent ensuite dans le circuit tels quels ou transformés, leur donnant ainsi une seconde vie à petits prix.

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Réutilisation de décors de théâtre, recyclage : les organisateurs sont de plus en plus sensibles à l’écoresponsabilité de leurs événements.

Emmanuelle Coratti, directrice RSE du groupe GL Events et membre de la commission développement durable de l’Unimev (Union française des métiers de l’événement), se veut rassurante : “Il ne faut pas s’imaginer qu’une démarche 100 % environnementale est coûteuse, mais plutôt que c’est un engagement d’amélioration continue et d’intégration progressive de nouvelles habitudes : c’est une réflexion sur l’ensemble des étapes du cycle de vie d’un événement.

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Chaque année, les salons utilisent des millions de m2 de moquette amenée à être jetée à la fin de l’événement. Pour freiner ce gaspillage, une filière de recyclage se met progressivement en place. © Green Evénements

Cette politique du changement induit un accompagnement en interne et l’implication de tous. Dans le cahier des charges, les divers stades de la manifestation doivent être pensés “écoresponsables”. Dans leur choix, les entreprises peuvent s’appuyer sur divers fournisseurs comme l’AMAT, qui propose une sélection de matériaux et de produits destinés à l’écoconception d’un stand ou d’un événement. Favoriser les filières courtes et les prestataires locaux est un acte responsable. Les 36 Traiteurs de France répartis sur le territoire national proposent toujours à leurs clients une option locavore.  “Nous travaillons depuis une dizaine d’années sur le développement durable et l’économie circulaire : tri des déchets, lutte contre le gaspillage avec des dons à des associations recyclant des déchets végétaux. Cela passe par un échange avec l’ensemble de la filière agroalimentaire et les prescripteurs, dont les palais des congrès”, explique Claire Pennarun, vice-présidente en charge qualité et RSE.

Car manger local ne revient pas forcément plus cher qu’une alimentation classique et ne signifie pas toujours consommer bio, dont le coût reste élevé. D’autre part, comme le remarque Emmanuelle Coratti, “les clients sont demandeurs d’achats de proximité, de contact avec les artisans ou les producteurs.Cette relation directe avec le terrain, Alternacom, l’agence événementielle écoresponsable du groupe SOS, l’offre aux entreprises. “Nous donnons un sens à une manifestation, en prenant en compte l’impact social et environnemental tout au long du processus de conception et de réalisation des projets”, explique Noémie Dullin, directrice de ce groupe qui est le premier en Europe pour l’économie sociale et solidaire.

Actions solidaires

Parmi les propositions d’Alternacom, des journées d’actions solidaires où tous les participants mettent la main à la pâte. Le principe est de réunir ses collaborateurs autour d’un projet fédérateur en partenariat avec une association ou une fondation. Par exemple, pour BNP Paribas Real Estate, Alternacom a organisé à Paris, en juin 2017, une après-midi sur le thème de l’économie circulaire avec les associations Phénix et Déchets d’Art. Dans un atelier cuisine, les collaborateurs ont préparé des plats à partir de denrées alimentaires collectées, plats qui ont ensuite été distribués à des personnes en difficulté, tandis qu’un autre groupe confectionnait de son côté des fleurs durables et des tables en bois à partir de matériaux de récupération. Autre cas pratique, l’accompagnement par Alternacom de l’opérateur immobilier Icade dans ses Journées d’actions Solidaires en France, soit 80 collaborateurs bénévoles mobilisés pour apporter leur soutien  à six associations (Samu Social, ferme pédagogique l’Abbé Rozier, EHPAD, UNICEF, Banque Alimentaire, Cravate Solidaire).

Alternacom
Sur les conseils d’Alternacom, des salariés d’Orange ont cuisiné pour la Croix-Rouge des pâtisseries, ensuite distribuées à des SDF à l’approche de Noël. © Alternacom

Ces actions sont souvent demandées par des entreprises du CAC40. “Elles veulent du concret, être impliquées directement dans un projet et retrouver un contact humain. L’opération terminée, beaucoup continuent de participer à une œuvre caritative, que ce soit à titre individuel ou à travers son entreprise”, constate Noémie Dullin. Toujours au sein du groupe SOS, l’association Planète Urgence propose une autre façon de fédérer les équipes autour de valeurs fortes. Cela peut prendre la forme de congés solidaires, de mécénat ou encore d’une  participation à l’opération 1 € = 1 arbre planté. Ainsi, en 2016, la société Connexing, fournisseur d’équipements de téléphone, a permis la plantation de 20 000 arbres grâce à la vente de 20 000 téléphones écorecyclés. Utilisée à bon escient, l’écoresponsabilité peut être un excellent levier de communication et un bon outil pour fédérer les équipes. Encore faut-il ne pas se borner à faire du “green washing”, c’est-à-dire se donner juste une image sans actions concrètes derrière. Car dans ce cas, le retour est immédiatement négatif. Ce qui n’est pas le but du jeu.

*Lévénement, Association des agences de communication événementielle, (anciennement Anaé), la CSPE (Chambre Syndicale des Prestataires de l’Événement), la FFMEE (Fédération Française des Métiers de l’Exposition et de l’Événement), France Congrès (Association des Maires des Villes de Congrès), FSCF (Foires, Salons & Congrès de France), le Synpase (Syndicat national des prestataires de l’audiovisuel scénique et événementiel) et Traiteurs de France.
Planète Urgence
Avec ses opérations 1€ = 1 arbre planté, l’association Planète Urgence accompagne les entreprises dans leur engagement sociétal, fédérant leurs équipes autour de projets environnementaux et d’actions de mécénat. © Planète Urgence

A lire aussi dans ce dossier : Interview Sandra Carrette, responsable événementielle & coordinatrice du Forum des Pionniers chez ESCAET