Hôtellerie – Dormir sous le Golden Gate Bridge

San Francisco n’est pas la ville hôtelière la plus active du globe, mais elle possède quelques palaces de grand renom. Quant à la Silicon Valley, elle réserve de bien plaisantes surprises…

Avec ses greens au bord des falaises abruptes plongeant dans l’océan Pacifique, le Ritz-Carlton Half Moon Bay offre un cadre naturel sublime, à mille lieues de la frénesie high-tech de la Silicon Valley.

San Francisco si créative, si bouillonnante… Pourtant, ce n’est pas l’une de ces villes américaines où les nouveaux hôtels fleurissent non-stop comme à New York. Peut-être parce que l’énergie passe ailleurs, peut-être aussi parce que l’espace est plus volontiers destiné aux start-up qu’aux chambres d’hôtel ? En tout cas, les palaces ont ici une longue histoire et une sérieuse réputation. Voyons justement. Cette année, The Palace, établi en 1875, a retrouvé tout le panache qui lui sied en même temps qu’une belle contemporanéité. Sous la grandiose verrière où fut tournée la dernière scène de The Game, avec Michael Douglas, une longue table de coworking a été installée, avec prises intégrées pour recharger portables et ordinateurs. Tout un esprit, presque un symbole pour cet hôtel membre de la Luxury Collection du groupe Starwood ; le plus ancien ou, comme on dit ici, le plus historique de tout San Francisco.

San Francisco

Construit par un richissime banquier qui voulait en faire le plus grand hôtel du monde, il fut détruit par un incendie au début du XXe siècle. Sur le même emplacement fut reconstruit en 1909 un tout nouvel établissement avec un majestueux atrium qui, plus de cent ans plus tard, éblouit encore par ses dorures, ses marbres d’Italie, ses chandeliers en cristal d’Autriche. Par-dessus tout, The Palace reste l’un des trois grands hôtels de San Francisco à posséder une piscine. Et il bien faut le dire : la plus belle ! “Nous voulions garder les traditions, mais aussi en faire un lieu plus accueillant pour la jeune génération avide d’endroits informels où se rencontrer et travailler”, explique Christophe Thomas, directeur général. Dans cette région de start-up où il est impératif de tout “déformaliser”, y compris les lieux les plus prestigieux, c’est une nécessité absolue.

Pour cela, Beatrice Girelli, une Italienne de Los Angeles à la tête du cabinet Indidesign, a choisi un mobilier aux lignes pures et des matériaux nobles comme le marbre, le cuir et le bois. L’ensemble des chambres, 556 au total, a été rajeuni par des couleurs parfois audacieuses, souvent suaves, mettant en valeur les détails anciens, les moulures, escaliers, cheminées et caissons de bois d’origine. Bien sûr, signe des temps, nouvelles technologies et respect de l’environnement se répondent dans l’établissement : lampes LED, corbeilles à recyclage, usage non agressif de l’air conditionné, toilettes usant peu d’eau font partie du quotidien…

Parmi les autres établissements historiques, The Fairmont, où a été signée la charte des Nations-Unies en 1945, a lui aussi été construit au début du siècle dernier, en 1907. Aujourd’hui, une tour moderne complète l’auguste bâtiment qui triomphe tout en haut de Nob Hill, la très huppée colline du centre de San Francisco. Et pas moins de 21 millions de dollars ont été investis en 2014 pour rénover les 591 chambres. Joyau au sein de ce joyau, le magnifique penthouse de 600 m2. Spectaculaire, sa porte sculptée ouvre sur un vestibule bleu Klein que prolonge une immense terrasse. Inénarrable, sa bibliothèque en forme de dôme avec les signes du zodiaque peints au plafond. Sublimes, la salle de billard à l’esprit mauresque début de siècle et la chambre aux murs décorés d’une vaste carte du monde, obsolète certes, mais tellement poétique.

Malgré cette débauche de luxe, l’hôtel suit strictement son programme environnemental : recyclage, bouteilles d’eau distribuées à la demande – la sécheresse régnant en Californie oblige –, jardins parsemés de ruches. On peut donc boire ici une fameuse honey beer fabriquée par les abeilles de la maison.

En plein Financial District, le Marriott Marquis domine la scène hôtelière de San Francisco, autant par sa taille – 1 500 chambres et 59 salles de réunions – que par sa hauteur, avec son bar panoramique perché au 39e étage.

A son ouverture, en 1875, The Palace incarnait la richesse d’une ville née de la ruée vers l’or. Un bâtiment presque trop beau, trop grand, pour résister au tremblement de terre en 1906. Reconstruit et rouvert dans la foulée, le lieu a accueilli tous les grands noms de passage à San Francisco. Avant de retrouver cette année toute son élégance grâce à un programme de rénovation de plusieurs millions de dollars.

Les lumières de la ville

Même s’ils sont beaucoup plus récents, d’autres hôtels comme le Marriott Marquis, ouvert en 1989, se sont forgé au fl des ans une belle réputation. Avec ses 1 500 chambres, cet établissement est taillé pour faire face à l’afflux de visiteurs lors des nombreux congrès qui se tiennent au Moscone Center tout proche. Cette foule de voyageurs d’affaires pourra trouver début 2016 un lobby entièrement rénové et un salon business revu et corrigé d’après un nouveau concept, M Lounge, très contemporain. Quant à l’impressionnant bar du 39e étage, The View, surplombant tout San Francisco, il vient d’être entièrement repensé et redécoré. Depuis les 155 suites haut perchées et bordées de baies vitrées, on peut aussi contempler la ville en toute intimité. La nuit surtout, lorsqu’elle brille de tous ses feux. Il est certain que, d’ici quelques mois, cet hôtel déjà en partie transformé, axé sur la technologie avec des tablettes et des docks pour IPhone dans toutes les chambres, sera l’un des plus remarquables du quartier d’affaires de Market Street.

Lorsque l’on quitte la cité en traversant le fameux Bay Bridge en direction de la Silicon Valley, le paysage urbain se modifie quelque peu. L’univers hôtelier aussi. Palo Alto est à la fois une bourgade et le centre du monde. C’est là que se concluent des deals de plusieurs millions, parfois de plusieurs milliards de dollars. Cet esprit où le très-très sérieux rencontre la décontraction propre aux villes méridionales – il faut avouer que le climat et la végétation ont ici quelque chose de méditerranéen –, on le retrouve dans le magnifique hôtel The Epiphany. Hype, high-tech et… bien sûr très décontracté.

Autre grande gloire de l’hôtellerie san franciscaine, le Fairmont a retrouvé son allant d’antan, ses 591 chambres ayant toutes été rénovées en 2014.

Ouvert l’an dernier, The Epiphany se présente comme la nouvelle adresse hip de Palo Alto, alliant un design très seventies à un sens du service tout en décontraction.

Ici le personnel, irréprochable dans son sens du service, est jeune et en jean. Ouvert en 2014, cet hôtel aux allures de grand motel des années 70 affiche une mosaïque en forme d’arbre sur toute sa hauteur. “Nous avons rencontré des start-up avant de nous lancer dans les travaux, car nous voulions savoir ce qu’elles attendaient d’un hôtel de Palo Alto, d’un lieu qui reflète l’esprit de la Silicon Valley”, explique Jeanine Conforti, directrice des ventes. Résultat : la technologie est certes omniprésente, mais jamais intimidante. “Nous voulions que tout le monde se sente à l’aise, sans avoir l’impression de ne pas maîtriser certains outils”, poursuit-elle. Au premier étage, un espace de travail collaboratif est installé sur une mezzanine, avec sièges de couleurs vives, meubles en bois brut et équipements ad hoc.

C’est-à-dire des prises électriques, des smartboards pour éviter l’usage du papier… Dans le lobby, on est frappé par les jeux de lumière, les ampoules LED mouvantes que, bientôt, le client pourra manipuler depuis son smartphone pour créer lui-même les effets voulus. D’ailleurs, pas une seule des 86 chambres qui n’ait sa singularité, son petit détail créatif et… eco-friendly. Les designers IDEO ont ainsi imaginé des carafes aux belles formes que l ’on remplit soi-même d’eau minérale dans le lobby. Quant aux meubles en bois, ils ont été fabriqués par des amish de Pennsylvanie. Côté produits d’accueil, de la marque (Malin + Goetz), on les rencontre en maxi taille pour éviter les flacons à jeter, une catastrophe pour l’environnement. “Comme les clients adorent ces produits, nous leur proposons de les acheter, et c’est d’ailleurs un business model profitable que d’autres hôtels ont choisi de suivre”, conclut Jeanine Conforti.

Business Casual

Autre établissement de la Silicon Valley où le sens du détail est poussé à l’extrême, le Ritz-Carlton de Half Moon Bay impose cependant un style différent. Sans doute par sa situation géographique, sur le California Coaster Trail, dans un paysage vierge face à la mer, mais à quelques kilomètres seulement de toutes les industries du digital. Ce manoir un rien british affiche une décontraction d’un genre plus maritime avec, partout sur les pelouses, des chaises Adirondack, mais aussi dans les 261 chambres avec du mobilier façonné à partir de matériaux recyclés, parfois même avec du bois ramassé au bord de l’eau. “Nous sommes le terrain de jeu de la Silicon Valley”, s’amuse le représentant de l’hôtel, Joel Costa. Rien de mieux que ce panorama idyllique pour déstresser avant de signer un contrat avec Skype ou Oracle, puis venir le fêter le soir, dans le joli bar qui surplombe les falaises, par un cocktail à base d’herbes récoltées sur… le mur végétal poussant près des bouteilles, ou lors d’un dîner au Navio, dont le concept est le “farm to table”. Le chef se fournit chez Ouroboros, une ferme des alentours qui cultive tomates, basilic et salades en aquaponie, une aquaculture nécessitant beaucoup de poissons et très peu d’eau. Une façon comme une autre de boucler la boucle Silicon Valley et nouvelles technologies.