
Jusqu’au début des années 2000, l’hôtellerie de luxe se faisait discrète à Sao Paulo. Il y avait bien – et il y a toujours – le prestigieux Renaissance, inauguré en 1997 et situé dans l’une des tours les plus emblématiques de la ville, oeuvre du célèbre architecte brésilien d’origine japonaise Ruy Ohtake. Un Renaissance qui, avec ses 444 chambres splendidement rénovées, domine le paysage urbain et hôtelier de la ville ; mais surtout un Renaissance où l’art brésilien contemporain est partout au rendez-vous. Au 23e étage, son lounge d’altitude, superbe, est un véritable privilège puisqu’il n’est accessible qu’aux clients des chambres club qui n’auront pas l’occasion d’apprécier une caipirinha, très forte en cachaça, véritablement à se damner.
C’est à l’Emiliano, inauguré en 2001, que l’on doit le coup d’envoi d’un nouveau concept à Sao Paulo : celui du boutique-hôtel de très grand luxe. Dans l’élégant quartier de Jardins, cette bâtisse blanche décorée par les frères Campana propose 19 suites et 38 chambres, aussitôt entrées dans le club très fermé des Leading Hotels of the World. En 2005, c’était au tour du Fasano d’ouvrir à quelques rues de là et d’être couronné, lui aussi, par la prestigieuse affiliation Leading. Ici, pas de lobby intimidant, mais un bar où le temps se suspend aux rainures des boiseries, aux aspérités des cuirs, à la douceur des marbres de Travertino et un style Fasano incarné par un symbole : un fauteuil club années 40, en cuir couleur miel.

Très vite, ses 68 chambres ont su s’imposer à Sao Paulo. Et pour cause, la famille d’origine italienne, propriétaire de restaurants depuis le début du XXe siècle, y est déjà fort célèbre. C’est donc tout naturellement que l’héritier de cette dynastie, Rogério Fasano, a mis un point d’honneur à marquer de son sceau l’offre hôtelière de sa ville natale. “Je crois qu’on possède encore au Brésil la connaissance des métiers de l’hospitalité”, explique Rogério Fasano, “un maître d’hôtel est un maître d’hôtel, un barman un barman, et pas un aspirant acteur ou un étudiant en art”.
Rogério Fasano s’est fixé un grand défi : créer parmi les plus beaux hôtels d’Amérique Latine. Peu à peu, d’autres Fasano ont ouvert, à commencer par Rio, puis à Boa Vista et à Punta del Este, en Uruguay, avant Belo Horizonte et Salvador. Ces hôtels ont tous pour leitmotiv un service qui sait être prévenant sans être guindé, savant mélange de discrétion et d’attention que l’on ressent parfaitement à Rio, malgré un cadre radicalement différent de celui de Sao Paulo.

Face à la plage d’Ipanema, le Fasano Rio, ouvert en 2007, a été entièrement pensé par Philippe Starck. Ce qui donne à l’ensemble un flegme chic avec des portes toujours ouvertes, des rideaux clairs voletant au gré des vents marins et des meubles modernistes brésiliens. Mais c’est son rooftop qui rend l’hôtel vraiment exceptionnel, avec sa piscine que l’on jurerait à débordement sur la mer, pourtant de l’autre côté de la rue.
PLAGE DE LÉGENDE
Quelques kilomètres plus loin, trône le Copacabana Palace, du groupe Belmond, anciennement Orient-Express. Avec son imposante façade immaculée et son majestueux escalier, c’est évidemment “the” palace de Rio, un symbole tel pour les Cariocas qu’ils sont les premiers à y séjourner, dîner ou simplement prendre un verre autour de la gigantesque piscine Art Déco. Ouvert en 1923 devant la plage de Copacabana, alors occupée par des maisons de pêcheurs, il fut un temps le seul immeuble à regarder les flots de l’Atlantique. Entièrement rénové et rouvert en 2012, il offre aujourd’hui 241 chambres d’un luxe à l’ancienne, chicissime, même pour celles situées dans l’annexe datant des années 40. Pour parfaire son offre, l’hôtel héberge une des nouvelles stars de la ville, le restaurant asiatique Mee, qui a reçu récemment la toute première étoile Michelin d’Amérique du Sud.
Merveilleusement situé, l’hôtel Pestana Atlantica campe tout aussi fièrement devant cette plage mythique, offrant des vues spectaculaires depuis sa piscine panoramique sur le toit. Bien sûr, le lobby et les chambres, récemment rafraîchis, n’affichent pas un style aussi travaillé que son glorieux voisin, mais il suffirait de peu pour que cet hôtel de 103 chambres et 113 suites devienne un vrai palace.




MOUVEMENTS LIMITÉS
Ces valeurs sûres ne sont pas prêtes de trembler sur leurs bases. Car, si de nombreux hôtels ont ouvert en prévision de la coupe du monde de football 2014, le Brésil reste un marché difficile à conquérir. Jusqu’au début des années 2010, la surcapacité a limité les nouveaux développements, les hôteliers se concentrant sur l’acquisition et la conversion d’établissements existants pour accroître leur présence dans le pays. Cependant, rares sont les groupes internationaux à ne pas avoir de grandes ambitions dans les métropoles phares de l’économie brésilienne. Ceci pour, d’un côté, satisfaire des voyageurs d’affaires toujours plus nombreux et, de l’autre, exposer leurs enseignes auprès de la clientèle locale fortunée.

À Sao Paulo, l’hôtellerie de luxe verra d’ailleurs l’ouverture de trois nouveaux palaces. En 2017, tandis que Four Seasons s’installera près du Parque da Cidade, la Oetker Collection, qui détient le palace parisien Bristol, ouvrira le Palacio Tangara à proximité des jardins luxuriants dessinés par l’architecte Burle Marx. De son côté, Rosewood, le propriétaire du Crillon, s’apprête à donner en 2018 une deuxième naissance à un bâtiment historique du centre-ville – une ancienne maternité datant de 1904 – grâce aux talents réunis de Philippe Starck et de Jean Nouvel.
À Rio, même si un hôtel Emiliano va ouvrir ses portes cette année face à la plage de Copacabana, c’est surtout la zone de Barra da Tijuca qui se prépare pour les JO. Déjà dans les starting-blocks, un Grand Hyatt a ouvert ses portes en mars. Un AC by Marriott, un Pestana et un luxueux hôtel de la Trump Collection sont, eux, attendus pour l’été. C’est également dans ce quartier, à cinq minutes à pied du principal site olympique, qu’un nouvel Hilton a été inauguré en avril 2015. Sa conception et son design ont été pensés de manière à préserver l’environnement. Dans le grand lobby comme dans les chambres, des matériaux nobles comme l’onyx et le bois s’imposent avec beaucoup de douceur. Bien sûr, les activités touristiques de Rio sont un peu lointaines. Mais une navette assure la liaison régulière vers une belle plage toute proche. Alors, à l’occasion des JO, ou pour des rendez-vous d’affaires auprès des entreprises pétrolières du quartier, on peut être certain, tout à fait certain qu’on a parfaitement choisi son point de chute…
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