Interview : Alix Tafflé, Président fondateur de MorningCroissant

MorningCroissant se fait une place sur le marché de l'hébergement alternatif, en misant sur ses accords avec de grands groupes immobiliers pour proposer un vaste catalogue de logements à la fois disponibles et compatibles avec le cadre légal. Alix Tafflé, Président fondateur de la plateforme, explique la pertinence de cette offre sur le marché du voyage d'affaires, et fait un point sur les innovations en cours de développement pour séduire à la fois les voyageurs et leurs Travel Managers, notamment des services à la carte et un nouveau compte business. Entretien.

Alix Tafflé, Président fondateur de MorningCroissant

Comment se positionne MorningCroissant vis-à-vis de l’offre hôtelière traditionnelle ?

Alix Tafflé – Nous ne sommes pas concurrents de l’hôtellerie classique, nous créons une nouvelle forme d’hébergement qui n’existait pas auparavant, et qui consiste à utiliser les parcs de logements vacants de grands groupes immobiliers et à les transformer en habitat pour des séjours de quelques nuitées ou de plusieurs mois. C’est un segment de marché jusqu’ici inoccupé, et sur lequel nous avons toute légitimité.

Comment cette offre est-elle perçue sur le marché du voyage d’affaires ?

A. T. – Il y a une demande croissante, et la durée moyenne des locations augmente elle aussi. Elle atteint dix nuitées environ. Nous comptons de plus en plus de professionnels en quête de flexibilité et d’économies sur la location moyenne durée. En 2015, nous tablons sur 300 000 nuitées, soit quatre fois plus que l’an dernier. Nous totalisons un peu plus de 10 000 logements, qui correspondent à une capacité de 13 000 places.

Qui sont les utilisateurs de MorningCroissant ?

A. T. – C’est très varié : il s’agit à la fois du chef de chantier en mission pour un ou deux mois, de la personne en mutation professionnelle qui a besoin de se loger pendant deux ou trois semaines avant de s’installer… Nous comptons également beaucoup de personnes en alternance ou en formation. Tous les gens qui, généralement, recherchent un bon rapport qualité prix. Nos offres exclusives, entre 20 et 40 euros la nuit, les intéressent forcément…

Quelle est la proportion de voyageurs d’affaires chez vos clients ?

A. T. – Une grosse moitié de nos clients sont des professionnels. Nous cherchons vraiment à nous différencier et nous développer sur ce segment affaires, mais nous suivons l’usage du client.

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Comment répondre au besoin de flexibilité de cette clientèle, par exemple pour un professionnel arrivant dans la nuit à destination ?

A. T. – Une partie des résidences sont dotées d’un coffre à clé. Nous étudions la possibilité de développer des serrures électroniques. Je pense que c’est l’avenir, d’autant que cela permet, en cas de problème, de mieux localiser le voyageur en sachant s’il a bien pris possession de son logement. Les groupes immobiliers avec lesquels nous travaillons ne sont pas insensibles au sujet, mais cela suppose un investissement. Chaque chose en son temps, même si ça peut être un énorme avantage compétitif.

Un logement en location à Nantes sur le site de Morning Croissant

En quoi vous différenciez-vous des autres acteurs du marché ?

A. T. – La plus grosse partie de notre volume de nuitées se fait avec de grands groupes immobiliers, qui ne sont réservables que chez nous, et qui ont l’énorme avantage d’être disponibles 365 jours par an. Ces logements équivalent donc à dix ou quinze logements de particuliers, en termes de disponibilités. C’est ce qui nous permet de proposer de la réservation instantanée, qui représente un gros plus pour la clientèle Pro. Notre statut d’agent immobilier garantit la légalité de notre offre, nous permet de conclure ces contrats avec des groupes immobiliers, et de fournir un contrat de location et une facture en bonne et due forme à chaque client. C’est un gros plus pour la clientèle Pro.

Y a-t-il de la place pour tous sur ce secteur de l’hébergement extra-hôtelier?

A. T. – Airbnb a conquis le marché de la location de particulier à particulier, c’est un fait. Il n’est pas question de les concurrencer frontalement. C’est pour ça que nous nous positionnons sur le segment de l’hébergement de professionnel à professionnel. Nous ne rejetons pas les logements de particuliers, mais ce n’est pas le principal axe de développement. Les autres acteurs ne disposent pas de logement professionnel : nous sommes sur un positionnement particulier, entre Airbnb et les groupes hôteliers.

Rassurer l’entreprise : voilà l’un des plus gros défis que doit relever une offre alternative comme la vôtre…

A. T. – Bien sûr. Mais cela s’avère bien plus simple quand vous êtes entièrement en conformité avec la législation française, ce qui est plus complexe pour les groupes américains par exemple. C’est donc un gros plus pour nous, et nous ne manquons pas d’insister là-dessus.

Toutes les entreprises sont-elles réceptives à ce discours ?

A. T. – Certaines d’entre elles resteront fidèles à l’hôtellerie traditionnelle. Mais de grands groupes, dont on ne soupçonnait pas forcément qu’ils puissent être intéressés par une offre comme la nôtre, commencent à nous contacter. Deux tendances nous sont favorables : la recherche d’économies et l’utilisation à titre professionnel de solutions expérimentées dans la sphère privée. La sous-capacité hôtelière structurelle dans certaines villes pousse aussi les entreprise à chercher d’autres alternatives, que ce soit pour du court ou du moyen séjour. Nous apportons un surplus d’hébergement qui n’existait pas auparavant.

Le site Morning Croissant

Développez-vous de nouveaux produits, de nouveaux services ?

A. T. – Nous avons complété notre offre il y a quelques semaines avec la pré-réservation, qui reçoit un accueil très favorable chez la clientèle affaires. A la fin du mois d’octobre, nous lancerons un compte « business » qui permettra à une société de rattacher des salariés et des départements à un compte en son nom, pour centraliser le reporting, et d’enregistrer un moyen de paiement. Nous allons aussi développer des services additionnels, à la carte, comme le parking, le ménage de sortie, et nous réfléchissons à une offre de petit-déjeuner, même si c’est plus complexe d’un point de vue logistique. Nous n’avons fait qu’intégrer des fonctionnalités que nous demandaient nos clients pro. Le phénomène d’open booking peut faire peur à certaines entreprises qui sont donc rassurées par des démarches comme celles-ci : nous ne sommes pas des sauvages, nous voulons leur donner un maximum de traçabilité.

Quid de l’international ?

A. T. – Nos logements ne sont pour l’instant situés que sur le marché français, mais certains locataires viennent de l’étranger, à hauteur de 20%. L’un de nos objectifs pour 2016 repose sur l’expansion à l’international, notamment en Espagne et au Royaume-Uni, en appliquant ce même modèle, qui s’appuie sur des partenariats avec de grands groupes immobiliers.

Réfléchissez-vous à des accords avec d’autres acteurs du marché business travel ?

A. T. – Nous discutons avec des entreprises comme Concur ou KDS, mais rien n’est fait. Ce ne serait pas illogique de travailler avec de tels acteurs. Il y a un cercle vertueux en train de se mettre en place : les clients finaux de ces entreprises leur demandent à intégrer notre offre. Il nous faut identifier les bons acteurs, sans pour autant que les commissions s’empilent !