Interview : Arnaud Katz, Pdg de Bird Office

Arnaud Katz, Pdg de Bird Office, livre son analyse sur la reprise de l'activité dans le secteur du meeting & events. Les nouvelles tendances s'accompagnent de nouvelles contraintes, mais le cofondateur de Bird Office se veut confiant quant à l'avenir du marché.

Bird Office
Arnaud Katz, co-fondateur et Pdg de Bird Office

Vous avez participé jeudi au webinar de GBTA France : quel était l’état d’esprit des autres acteurs du marché ?

Arnaud Katz – La réalité, c’est que tout le monde a envie, et besoin que ça reparte. Il y avait donc une belle énergie. Tout le monde avait envie de passer un peu à autre chose et notre perception de la situation évolue chaque semaine. On m’aurait demandé il y a trois semaine « comment vont l’événementiel et le meeting ?« , la réponse aurait été « c’est la mort du petit cheval« . Aujourd’hui, on évoquerait une reprise légère, et je suis certain que dans deux semaines je serai encore bien plus positif.

S’agissait-il d’une « thérapie de groupe », ou est-ce que des idées ont émergé ?

Arnaud Katz – Il y a eu des idées nouvelles, il faut rassurer tout le monde quant au fait que l’hygiène est prise en compte avec des mesures ad hoc, que ce soit dans le train, dans l’avion et dans les lieux événementiels. Mais dès septembre, la SNCF a de nouveau des commandes de groupes pour des séminaires. L’autre élément ressenti, c’est que le télétravail ne résout pas tout et que tout le monde a besoin de recréer du lien social. La grosse tendance sur la partie événementielle, c’est le local, et les réunions de format petit ou moyen. Ce que les acheteurs réclament, c’est de pouvoir réunir à nouveau les équipes, pour les ressouder, non pas via de gros événements festifs, mais avec du small et du medium meetings.

Vous vous préparez donc à la reprise ?

Arnaud Katz – Oui, une reprise avec beaucoup d’enthousiasme des équipes chez Bird Office. Le coup d’arrêt a été brutal, pour tous, et même si nous sommes restés mobilisés pour nos clients les équipes n’ont qu’une envie : se retrouver, retrouver les clients et partenaires, penser ce “new normal” et le monde d’après justement. Du côté des clients et des partenaires, on sent aussi une réelle volonté d’amorcer une reprise pour la rentrée, en septembre-octobre, quand l’été et les congés seront passés. Nous avons des clients qui nous appellent pour qu’on les aide à organiser, non pas des grands événements d’entreprise, mais plutôt des meetings et des events en plus petit comité, à l’échelle d’une équipe par exemple. On réfléchit ensemble à plusieurs scénarios en fonction d’une part des mesures sanitaires et de la capacité max et d’autre part en fonction de la “nouvelle” organisation des entreprises.

Les fournisseurs ont-ils dû faire des efforts en termes de politique d’annulation ?

Arnaud Katz – En ce concerne Bird Office, nous avions déjà pour nous l’argument de la souplesse puisque nous proposions la modification sans aucun frais. On a donc beaucoup travaillé vis-à-vis des acheteurs pour leur montrer l’économie qu’ils avaient généré en passant par nous plutôt qu’en direct, car nous avons des contrats qui leur sont favorables.

Pensez-vous que les formats d’échanges virtuels vont rester prépondérants ?

Arnaud Katz – Les formats hybrides entre le physique et le virtuel existent depuis longtemps, sans vraiment s’être imposés. On se rend vite compte que l’on peut faire du virtuel à peu de frais, mais dans les faits, cela peut souvent coûter aussi cher que du physique quand on veut se donner les moyens en utilisant vraiment les bonnes technologies. Par contre, la tendance c’est d’avoir plusieurs réunions locales qui se font à différents points, et connectées entre elles. Si la visioconférence permet d’éviter la réunionite aiguë, inutile, et de faire les choses plus efficacement : très bien ! De là à dire que le virtuel va remplacer le physique, personne n’y croit. Une entreprise repose sur des équipes alignées, motivées, une stratégie partagée, des valeurs : comment partager les valeurs et la culture d’une entreprise autrement que par le physique ? C’est impossible. Les valeurs et la culture c’est quand même le fondement de l’entreprise.

Les compagnies aériennes et les hôtels communiquent beaucoup sur leurs mesures sanitaires pour rassurer leur clientèle. Prenez-vous aussi des mesures en ce sens ?

Arnaud Katz – Tous nos lieux sont ceux des professionnels de l’événementiel. Nous avons mis en place des normes de bonnes pratiques auprès de ces espaces, et nous sommes en train de créer une normalisation de nos lieux : tous les espaces Bird Office auront un standard d’hygiène. Cette certification est en cours. Mais j’insiste : tous les lieux avec lesquels nous travaillons sont gérés par des professionnels, qui dès lors garantissent tous les bonnes mesures d’hygiène.

Quelle a été votre activité pendant la période du confinement ?

Arnaud Katz – Nous avons eu un gros travail de report auprès de nos clients, et de négociations avec les lieux pour réduire au maximum les frais d’annulation quand c’était nécessaire. Bien sûr, il y a eu un gros coup d’arrêt sur l’activité dès lors qu’il était interdit de se réunir. Maintenant il y a quand même des signaux encourageants de reprise d’événements.

En avez-vous profité pour identifier de nouvelles pistes de développement ?

Arnaud Katz – Nous avons avancé sur le dossier technologique, car notre équipe « tech » ne s’est pas arrêtée de travailler. Cela nous a permis de gagner du temps. Nous avons aussi pu travailler avec les acheteurs sur leurs besoins en termes de sécurité, de localisation des collaborateurs. Donc oui, nous en avons profité pour prendre du recul et affiner notre stratégie.

Vos axes de développements ciblaient l’événementiel et l’international. Ces plans ont dû être perturbés…

Arnaud Katz – Sur l’international, nous avons déjà des clients grands comptes à Londres et en Belgique. Nous nous inscrivons donc déjà dans une logique multi-pays. Concernant l’événementiel pur, il est sûr que nous mettons moins l’accent dessus aujourd’hui, mais ça reviendra. Ce sont souvent les mêmes personnes qui gèrent les grands et les petits formats. Nous mettons l’accent sur le small meetings parce que ça correspond à la demande, mais on se réadaptera avec l’évolution de cette demande.

Pensez-vous faire votre métier de la même façon après la crise ?

Arnaud Katz – Evidemment que l’on s’adapte en fonction du projet des clients, mais le fond du projet Bird Office anticipait déjà les transformations en cours. Le Covid a accéléré des tendances qui allaient dans notre sens.

Quelles seront les nouvelles tendances dans le meeting & events ?

Arnaud Katz – Plus que de tendances, je souhaite souligner le fait que les entreprises font face à un enjeu majeur, dont je parlais tout à l’heure : comment recréer du lien et poursuivre le dialogue avec ses collaborateurs, ses partenaires, quand une nouvelle organisation de travail se met en place petit à petit ? Pour nous, la réponse est claire : c’est le small et medium meeting & event. Je pense que l’on est en train de repenser les meetings/events au regard des besoins sociétaux et environnementaux. Il va y en avoir davantage, car si on ne va plus au bureau 5 jours sur 7, il faudra maintenir ce lien social et se retrouver. En parallèle, on va assister à une meilleure optimisation des ressources temps/hommes et à une réduction du nombre de participants : fini le temps des réunions inutiles avec des personnes mobilisées pour rien… On se dirige aussi vers une réduction des durées : moins de temps pour l’event en lui-même et moins de temps de transport aussi, et donc des événements de plus en plus “locaux”.

Avez-vous un peu de visibilité sur l’avenir, et si oui cela vous rend-il optimiste ?

Arnaud Katz – Cela me rend optimiste de recevoir deux fois plus de demandes chaque semaine. C’est très encourageant. Nous n’avons pas de visibilité complète sur la reprise, mais nous pensons que la reprise économique doit passer par le fait de souder les êtres humains, et cela passe par l’événementiel. Je pense qu’après la crise la demande sera plus forte que jamais, même s’il est très difficile de s’engager sur une échelle de temps.