Interview : Birkir Hólm Guðnasson, CEO, Icelandair

Icelandair organisait du 26 au 29 janvier derniers son événement annuel Mid-Atlantic. Cette 25ème édition, organisée à Reykjavik, a rassemblé quelque 800 participants, invités à célébrer par la même occasion les 80 ans de la compagnie. Birkir Hólm Guðnasson, CEO de la compagnie islandaise, et le vice-président senior Helgi Mar Björgvinsson, expliquent le positionnement du transporteur spécialisé sur les liaisons transatlantiques. Propos recueillis à Reykjavik par Florian Guillemin.
Icelandair
Icelandair a organisé son événement annuel du Mid-Atlantic du 26 au 29 janvier

Quel est le point commun entre Icelandair aujourd’hui et ce qu’était la compagnie à ses débuts ?

Birkir Hólm Guðnasson, CEO – La mentalité d’Icelandair, son esprit islandais. Nous ne pensons pas que tel projet est impossible ou que nous sommes petits. Nous ne réfléchissons pas comme cela. Nos salariés se disent toujours : « nous aussi, nous sommes capable de le faire ». Nous sommes aussi assez humbles : quand nous parvenons à réaliser quelque chose, nous préférons laisser les voyageurs constater cet accomplissement par eux-mêmes plutôt que d’aller expliquer un peu partout que nous sommes les meilleurs. Pourtant, nous sommes aussi des pionniers. Nous l’étions déjà il y a 80 ans et nous le sommes encore aujourd’hui, comme ce fut le cas avec le lancement du wi-fi. Nous sommes très prompts à nous adapter, la flexibilité a toujours été notre force. Nous recherchons toujours l’opportunité, dans toute situation. Nous disons parfois : « Ne gaspillons jamais une bonne crise », car chaque situation offre des opportunités. Notre indépendance fait aussi notre force. Nous avons toujours été une compagnie privée. Nous ne faisons pas partie d’une alliance, nous ne sommes pas la propriété d’une autre grosse compagnie qui nous dirait ce que nous devons faire. Nous allons là où nous voulons aller, cela nous permet d’être flexibles, dynamiques.

nous renouveler en permanence, identifier de nouvelles opportunités

Comment une compagnie aérienne réussit-elle à afficher un tel enthousiasme à l’heure de fêter son 80e anniversaire ?

Birkir Hólm Guðnasson – Cela repose principalement sur nos salariés. Beaucoup d’entre eux travaillent avec nous depuis longtemps, une vingtaine d’années en moyenne me semble-t-il. Notre turnover est très faible. Nous cherchons aussi à nous renouveler en permanence, à identifier de nouvelles opportunités.

Helgi Mar Björgvinsson, vice-président senior – Dans ce secteur de l’aérien, il faut de toute façon être très rapide à s’adapter à l’environnement, être dynamique, réactif. C’est peut-être aussi lié à la mentalité islandaise. Certes, nous sommes une petite compagnie, sur une petite île. Mais nous sommes idéalement situés sur la route entre l’Amérique et l’Europe, et nous exploitons cette position stratégique.

Les turbulences comme la crise financière ou l’épisode volcanique ont peut être contribué à accentuer cette réactivité, à affirmer cette mentalité…

Birkir Hólm Guðnasson – Absolument. Il faut être particulièrement réactif lorsque l’on est confrontés à de telles situations, cela montre la mentalité des hommes et des femmes qui travaillent avec nous. Face à chaque événement que nous avons rencontré, nous avons su réagir et nous adapter très rapidement. Mais nous avons également su y voir des opportunités. Par exemple, la crise financière a fait chuté le cours de la monnaie islandaise, et nous avons donc pu attirer davantage de touristes en Islande. Nous avons investi davantage dans des campagne de publicité sur les marchés étrangers pour attirer plus de voyageurs.

Birkir Holm Gudnason
Birkir Hólm Guðnasson, CEO de Icelandair (DR)

Les compagnies indépendantes, qui ne font pas partie d’un grand groupe ou d’une alliance aérienne, sont de plus en rares. Étudiez-vous un rapprochement de la sorte ?

Helgi Mar Björgvinsson – Nous analysons la situation régulièrement. Nous pensons qu’il est mieux pour nous d’être indépendant, même si nous avons des accords bilatéraux, comme c’est le cas avec Alaska Airlines et JetBlue aux Etats-Unis ou encore Finnair en Europe. Même si nous ne faisons pas partie d’une alliance, nous pouvons nous appuyer sur de nombreux accords. Nous sommes donc très actifs sur le terrain des partenariats.

Quel regard portez-vous sur ce marché français que vous connaissez bien ?

Helgi Mar Björgvinsson – J’ai effectivement été basé à Paris pendant trois ans. C’est un marché très important pour nous, et qui a progressé d’une façon impressionnante sur un laps de temps relativement court. Il n’y a qu’à regarder le nombre de liaisons : il y a sept ans à peine, nous n’assurions que deux dessertes par semaine pendant l’hiver et aujourd’hui nous proposons plus d’un vol par jour durant cette même période. L’ajout de destinations américaines contribue à renforcer notre liaison depuis et vers Paris. En augmentant les possibilités entre Paris et l’Amérique du Nord, nous attirons aussi plus de voyageurs en Islande, y compris pendant l’hiver. Cela a été l’un de nos dossiers prioritaires : réduire la saisonnalité, répartir l’afflux de voyageurs sur toute l’année, et sur tout le pays.

Le lancement d’un nouveau vol vers Orly, et surtout son maintien, confirment que le marché français répond présent. Pourriez-vous donc aller plus loin et vous lancer vers un autre aéroport français ?

Helgi Mar Björgvinsson – Effectivement, nous avons trouvé un bon équilibre entre marchés émetteur et réceptif. Nous analysons régulièrement les possibilités offertes par de nouvelles destinations, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. Pour l’heure, nous n’avons pris aucune décision, et nous allons continuer à surveiller l’évolution du marché en France, comme dans d’autres pays en Europe.

Birkir Hólm Guðnasson – Il y a toujours une possibilité, mais nous n’aimons pas vraiment nous étendre dans la presse quant aux aéroports que nous surveillons…

Icelandair DR
Icelandair est maintenant présente à Paris CDG et à Orly (DR)

Que représente le marché du voyage d’affaires pour Icelandair ?

Birkir Hólm Guðnasson – L’augmentation de notre réseau en Amérique du Nord et la densification des fréquences nous ont permis de progresser sur le segment corporate.

Les offres MyStopOver ou Stopover Buddy visent-elles également ce marché, en surfant sur la vague du bleisure ?

Birkir Hólm Guðnasson – Notre produit MyStopOver correspond bien à la tendance du bleisure, dans la mesure où un voyageur d’affaires se rendant aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe peut prolonger un peu son escale en Islande, et ce sans supplément tarifaire. Nous sommes convaincus que c’est un bon moyen de faire découvrir l’Islande à un large public, y compris à cette clientèle affaires. Après avoir découvert l’Islande le temps d’une escale, les voyageurs d’affaires voudront revenir y passer une dizaine de jours en vacances. Cela contribue donc à fidéliser les voyageurs.

Prévoyez-vous de lancer de nouveaux services à destination des voyageurs d’affaires ?

Birkir Hólm Guðnasson – Pas dans l’immédiat. Si l’on regarde la tendance du moment, elle semble plutôt tournée vers les compagnies low-cost. Par exemple, nous ne pensons pas que l’introduction de sièges-lits au sein de notre flotte corresponde aux attentes de nos voyageurs. Nous proposons déjà le wi-fi en vol, et nous inaugurerons au mois d’avril prochain un nouveau lounge sur l’aéroport de Keflavik. Nous avons un bon produit, compétitif, à un bon rapport qualité-prix.

L’équilibre entre l’offre low-cost de Wow et les concurrents qui proposent des vols directs doit être complexe…

Birkir Hólm Guðnasson – Oui, mais 45% des voyageurs transatlantiques optent pour un vol avec escale. Il nous faut donc nous concentrer sur la qualité du service proposé sur notre hub de Keflavik, pour proposer la meilleure expérience possible à nos passagers. Je pense que la clé de la réussite réside dans la transparence, en s’assurant que le produit répond aux attentes du voyageur. Si c’est le cas, nous en ferons des voyageurs heureux, et donc fidèles.

La croissance repose sur la connectivité, c’est la clé

Il y a donc la place pour deux transporteurs islandais, en l’occurrence Icelandair et Wow ?

Birkir Hólm Guðnasson – On dirait bien ! Dans les deux cas, le focus est mis sur le transit, comme à Dubaï par exemple. 50% de notre trafic est en correspondance via notre hub, notre service de « stop over » offre donc d’intéressantes perspectives de développement. Plus de 25 compagnies aériennes volent vers l’Islande. La croissance repose sur la connectivité, c’est la clé.

N’y a-t-il donc aucun frein à votre croissance, y compris en termes d’infrastructures ?

Birkir Hólm Guðnasson – Toutes les infrastructures en Islande suivent la croissance du pays. De nouveaux hôtels sont en train de se construire, de nouvelles routes aussi. L’aéroport a mis en place un plan de développement pour les 25 prochaines années qui sera lancé prochainement. Tout va se mettre en place, continuer à évoluer. Mais il nous faut toujours trouver comment progresser avec ce que l’on a dans les mains, trouver les bonnes opportunités.

Icelandair en chiffres :

  • 46 destinations dont 28 en Europe et 18 en Amérique du Nord
  • 3 millions de passagers transportés en 2016 depuis l’Islande vers l’Amérique du Nord et l’Europe
  • Une flotte de 27 Boeing 757 et 2 Boeing 767
  • Entre 2018 et 2021, 16 appareils 737 MAX rejoindront la flotte Icelandair