Interview: Mathieu Bechonnet, Directeur Général Délégué d’Air Tahiti Nui

Air Tahiti Nui
Air Tahiti Nui a pu compter sur les performances de son nouveau Tahitian Dreamliner pour défendre ses positions face à la concurrence

Air Tahiti a repris à la mi-juillet ses vols réguliers entre la Métropole et la Polynésie française. Des vols qui prennent une route aérienne différente puisqu’ils transitent désormais via Vancouver. Mathieu Bechonnet, Directeur Général Délégué d’Air Tahiti Nui, détaille les challenges particuliers auxquels la compagnie est confrontée. 

Air Tahiti Nui vient de reprendre ses lignes régulières entre Paris et Papeete. Quels sont les principaux challenges -opérationnels, psychologiques ou externes- auxquels est confrontée la compagnie dans l’après-Covid?

Mathieu Bechonnet– Nous avons repris nos vols à la mi-juillet avec des challenges  effectivement multiformes. On fait déjà face à un challenge psychologique dans la population locale. Dans l’histoire de la Polynésie française, l’arrivée des Français s’était en effet accompagnée de l’introduction de virus qui avaient décimé les populations polynésiennes. De cette époque est restée une sensibilité exacerbée, un sentiment anxiogène qu’il nous a fallu intégrer dans notre stratégie de reprise. Le covid-19 en Polynésie a été très bien maîtrisé. Aucun décès du à la pandémie n’a été recensé jusqu’à présent. Les protocoles sanitaires sont donc très stricts avec deux tests effectués sur 100% des passagers, au départ de Paris et à l’arrivée à Papeete.

Un challenge opérationnel est la fermeture de l’espace aérien américain, y compris pour les vols en transit, qui nous oblige à trouver des alternatives. Enfin, notre éloignement géographique fait que notre activité repose sur quelques marchés, beaucoup d’entre eux comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Japon gardant leurs frontières fermées.

Quelles sont les perspectives sur la reprise du trafic ? Combien de temps faudra-t-il pour retrouver un niveau de trafic similaire à 2019 ?

Mathieu Bechonnet– Notre éloignement géographique est certes un challenge mais aussi une force pour notre activité. Le marché affinitaire ainsi qu’un marché affaires constitué des institutions gouvernementales et officielles nous assure une certaine visibilité pour notre activité. Les marchés affinitaires sur la ligne Paris-Tahiti représente de fait 20% a 30% du chiffre et l’on prévoit qu’ils resteront très importants pour Air Tahiti Nui. Il est très dur de donner des prévisions car l’incertitude subsiste sur une seconde vague de la pandémie, notamment en hiver. Nous pensons que la crise risque de se prolonger sur un an et que nous ne pourrons assurer que 30% de notre activité. Seule la découverte d’un vaccin permettra une amélioration substantielle.

Air Tahiti prévoit-elle de reprendre ses vols Paris-Tahiti via Los Angeles, une fois la réouverture des cieux américains ?

Mathieu Bechonnet- Le marche américain représentait notre second marché le plus important non seulement entre Paris et la Côte Ouest mais aussi entre la Californie et Tahiti. La pandémie est virulente pour l’instant sur la Côte Ouest et les transits via Los Angeles sont interdits. Nous transitons en alternative par Vancouver, où nous possédons les droits de trafic. Ce qui n’est d’ailleurs pas pour déplaire aux passagers qui trouvent les conditions de transit plus agréables qu’aux Etats-Unis. Dès que les conditions de réouverture seront réunies, nous reviendrons à Los Angeles car c’est là que nous y avons le plus fort potentiel de trafic. Mais nous ne fermons par la porte à une future ligne régulière Paris-Vancouver-Tahiti sur le long-terme.

Que se passe-t-il sur les autres marchés?

Mathieu Bechonnet– On espère que l’on pourra faire partie d’une bulle de voyage sur le Pacifique entre Australie, Nouvelle-Zélande et Polynésie française. Mais la reprise de l’épidémie à Melbourne a déjà repoussé l’idée d’un corridor de voyage entre Australie et Nouvelle-Zélande. Nous préférerions obtenir l’autorisation de redesservir le Japon, le potentiel étant plus important. Nous en discutons avec les autorités japonaises.

Air Tahiti Nui bénéficie-t-elle de l’aide du gouvernement français ou sinon du gouvernement polynésien ?

Mathieu Bechonnet– Nous travaillons à obtenir un soutien plus actif de nos gouvernants. On discute avec nos deux sénateurs représentant la Polynésie pour que le territoire soit aussi pris en considération dans les financements des régions. En étant compagnie aérienne de la Polynésie française, nous n’avons cependant pas été éligible aux mesures de chômage partiel, compensées par le gouvernement. Du coup, notre trésorerie, qui était bonne, meme très bonne; a été mise à mal par le covid. Nous avons un énorme trou financier qu’on aura du mal à combler.

Quelles mesures de sécurité sanitaire ont été adoptées par la compagnie?

Mathieu Bechonnet– On adapte en permanence notre produit pour continuer de combiner gestes barrières, hygiène stricte et qualité de confort à bord. Le port du masque est obligatoire tout le long du voyage, les toilettes sont désinfectées plusieurs fois en vol. Des gels hydroalcooliques sont aussi disponibles. Pour le service à bord, les présentations repas ont été simplifiées afin de rendre le service plus rapide. On travaille maintenant sur de nouveaux tissus pour édredons et couvertures avec des matériaux plus nobles et imperméabilisés. Nos salons sont de nouveau rouverts. Nous avons en revanche suspendu les ventes hors taxes a bord tout comme la distribution de journaux et magazines.