
Depuis la fin du mois d’août, à Singapour, les voyageurs d’affaires de passage peuvent croiser des taxis d’un genre nouveau. En apparence, rien d’extraordinaire : une voiture, quatre roues, rien que du classique. Sauf que le siège conducteur est laissé vacant… Singapour est en effet devenu le premier pays à expérimenter un service de taxis autonomes suite à un partenariat signé entre le Singapore Land Transport Authority et deux entreprises privées, Delphi Automotive Systems et nuTonomy. Six véhicules sont à l’essai, pilotés par une puce électronique. Selon Emilio Frazzoli, le PDG de la start-up américaine nuTonomy, le service devrait débuter dès 2018 avec une flotte de 78 véhicules. La Cité-Etat, sélectionnée pour la modernité de son tissu urbain et pour l’attention particulière accordée aux nouvelles technologies, pourrait rapidement être imitée par d’autres destinations en Europe et en Amérique du Nord.
D’ailleurs, nul besoin de traverser la planète pour embarquer dans cette mobilité autonome. À Lyon, deux navettes autonomes baptisées Navly circulent depuis début septembre dans l’écoquartier de Confluence. Pour effectuer leur parcours de cinq arrêts répartis sur 1,3 km, ces navettes opérées par Keolis s’appuient sur un système de guidage et de détection mobilisant différentes technologies, comme la télédétection par laser (LIDAR), l’odométrie et des caméras stéréovision. Navly revendique même le statut de “première mondiale”. Inédit, le projet l’est surtout par la durée de l’expérimentation – un an –, et par la gratuité du service.
De là à imaginer un avenir sans chauffeur humain, il n’y a qu’un pas qu’Elon Musk, le fondateur de Tesla, ne s’est pas privé de franchir. Fidèle à sa réputation de “fort caractère”, il en appelait l’an dernier à la disparition pure et simple des permis de conduire : “C’est trop dangereux, vous ne pouvez pas laisser les gens conduire des machines de mort de deux tonnes !”. Sans se ranger derrière de tels arguments, les analystes misent eux aussi sur l’avènement de cette mobilité autonome. Selon le cabinet IHS Automotive-Polk, 54 millions de véhicules autonomes seront en circulation à l’horizon 2035. Ce marché porteur n’a pas échappé aux constructeurs, qui s’activent depuis plusieurs mois et expérimentent leurs véhicules pilotes… sans pilote ! Audi, Volvo, Ford, Mercedes : chacun affûte ses
prototypes, à Pékin, Göteborg ou dans la Silicon Valley. Car cette révolution a ceci d’inédit qu’elle dépasse le cadre habituel de la construction automobile. Les géants du numériques que sont les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) et autres Natu (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) lorgnent sur le marché du transport autonome. La Google Car fait même figure de pionnier, avec six ans d’expérience et près de deux millions de kilomètres au compteur. Derrière cette course aux véhicules intelligents se joue bien sûr l’enjeu de la sécurité routière. L’erreur est humaine, la conduite autonome serait donc plus fiable, voire infaillible pour les plus optimistes. Ce n’est pas le seul objectif des entreprises concernées : en libérant le conducteur de sa tâche, de nombreux acteurs entendent mettre à profit ce nouveau “temps de cerveau disponible”.

SIÈGES PIVOTANTS
D’un point de vue professionnel, les perspectives sont tout aussi alléchantes. Le véhicule autonome pourrait permettre au voyageur d’affaires de travailler pendant son trajet, voire d’organiser des réunions mobiles permettant d’optimiser les temps de déplacement. C’est d’ailleurs dans cette logique que s’inscrivait dès 2014 le projet XchangE développé par Regus et Rinspeed, à savoir une voiture autonome dotée de sièges pivotants pour des réunions mobiles. “Les systèmes d’infodivertissement du véhicule permettent aux passagers de se connecter à leur bureau pour travailler efficacement ou s’adonner à des activités ludiques pendant que la voiture se charge de les mener à bon port”, précisaient alors les responsables du projet.

D’autres idées bien plus ambitieuses – farfelues diront certains – sont déjà en route. Dans son magazine interne, Airbus a récemment imaginé ce que sera “le futur de la mobilité urbaine”. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe aéronautique voit loin, très loin même, avec ce projet baptisé “A3”. La sobriété de l’intitulé contraste avec son ambition, laquelle consiste à mettre en place des taxis volants autonomes baptisés Vahana pour les déplacements de personnes et d’objets. Face aux contraintes réglementaires qui rendraient un tel projet impossible, l’un des responsables de ce concept développé dans la Silicon Valley rappelle que “l’industrie automobile traditionnelle disait exactement la même chose à propos des voitures autonomes. Et que voyons-nous aujourd’hui sur la route ? Des Google cars. Les règles ne constituent qu’une barrière temporaire.” Deux événements sont venus corroborer ce témoignage. Alors que la Convention de Vienne imposait la présence d’un conducteur responsable de son véhicule, une révision adoptée au printemps stipule que “les systèmes de conduite automatisée seront explicitement autorisés sur les routes, à condition qu’ils soient conformes aux règlements des Nations Unies sur les véhicules ou qu’ils puissent être contrôlés, voire désactivés par le conducteur”. Au mois de juin, une autre étape a été franchie. Le véhicule aérien autonome EHang 184 a été autorisé par les autorités du Nevada à entamer une phase de test. Il serait capable de transporter un passager pendant une vingtaine de minutes et pourrait devenir le taxi de demain, ou d’après-demain. L’imagination au pouvoir, en somme…
HIGH-TECH EN BREF
Décollage imminent, et vertical

L’avenir du transport aérien se dessine à la verticale. C’est en tous cas la ligne directrice qui oriente actuellement les projets les plus prometteurs. En Allemagne, le projet Lilium pourrait bientôt prendre son envol, avec des phases de décollage et d’atterrissage automatisées, et surtout verticales. Fini les pistes d’atterrissage : un carré de 15 mètres de côté serait suffisant au nouvel appareil électrique développé par l’Université technique de Munich et soutenu par l’incubateur de Bavière mis en place par l’Agence spatiale européenne (ESA). Deux passagers pourraient prendre place à bord du Lilium, dont la vitesse de pointe atteindrait 400 km/h, pour une vitesse de croisière de 300 km/h et une autonomie de 500 km. Les premiers vols sont attendus en début d’année 2018. Le Lilium devrait donc, sauf surprise, griller la politesse au “Musk electric jet” le projet régulièrement évoqué par le fondateur de Tesla, qui s’appuie également sur le décollage et l’atterrissage verticaux mais qui peine à se concrétiser.

















