
Les voyageurs d’affaires devront attendre encore un petit peu pour se mettre au paiement sans contact ou via leur smartphone, lesquels font leurs premiers pas dans la vie de tous les jours. Pour l’instant, Citi est le seul réseau bancaire à distribuer en France une carte corporate disposant de la RFID, la technologie qui permet de régler des petits montants par simple apposition de la carte au-dessus du terminal de paiement, sans code ni manipulation. « Il y a un décalage avec le marché B2C, où le public est plus large, avec une part de clientèle plus jeune, explique Laurent Sautré, responsable commercial et implémentation cartes entreprises chez BNP Paribas. Dans le monde du B2B, les banques ont plutôt tendance à réagir en fonction des besoins de leurs clients qu’à les devancer. Or, pour le paiement sans contact, la demande des entreprises est actuellement inexistante. Parmi les derniers appels d’offres que nous avons conduits, aucun n’incluait cet aspect. » Aussi la banque française a-t-elle décidé de se concentrer cette année sur le développement de son offre de cartes corporate dans d’autres pays, à commencer par l’Allemagne, avant de se lancer en 2014. « En attendant un an de plus, nous ne serons pas en décalage avec le marché », assure Laurent Sautré.
Du sans-contact au mobile
Testant la carte sans contact sur le marché B2C aux États-Unis, American Express prend également son temps et ne devrait pas annoncer de développement majeur prochainement dans le domaine. Est-ce pour mieux saisir la prochaine opportunité à se présenter, à savoir le paiement mobile ? « Le paiement via un smartphone serait plus à même de répondre à la problématique du voyage d’affaires que le sans contact , estime Stéphanie Laroque, directrice commerciale American Express cartes et solutions. Car ce nouveau moyen de paiement s’inscrit dans une dimension de mobilité. Il permet d’offrir, en prime, des services additionnels pour l’assister à tout moment. »
Avec l’élargissement progressif de la gamme de smartphones disposant de la technologie NFC, le paiement mobile a devant lui un avenir prometteur. Un futur très attendu par les cadres issus de la génération Y et qui prendra réellement forme une fois achevé le renouvellement du parc de téléphones. À l’image d’AirPlus, les acteurs s’y préparent. « Nous avons actuellement une phase pilote en Allemagne, explique Nicole Flory, directrice marketing et communication d’Air Plus France. Sur ce marché et au Royaume-Uni, nous proposons une carte corporate plastique. À brève échéance, celle-ci sera remplacée par la solution mobile. » En pratique, via un accès sécurisé, le voyageur d’affaires utilise son téléphone comme une carte de crédit ; il pianote son code sur l’écran et choisit de débiter, soit le compte cartes corporate de l’entreprise, soit son compte carte logée. « Les sociétés qui n’ont pas de programmes cartes affaires trouveront là une solution pratique pour centraliser les paiements et récupérer les données », conclut-elle.
Pour autant, si la diffusion à large échelle de ces moyens de paiement futuristes n’en est encore qu’à ses prémices,
le passage au virtuel reste plus que jamais d’actualité. La dématérialisation des paiements s’est, depuis longtemps, imposée dans le monde du voyage d’affaires à travers la carte logée, adoptée par les grandes entreprises comme le moyen le plus pratique pour régler les dépenses aériennes. American Express, AirPlus – en partenariat avec BNP Paribas –, CIC, Citi, Diners Club : tous ces acteurs en ont fait un des piliers de leurs offres corporate. Car ce moyen de paiement, enregistré auprès de l’agence de voyages, s’intègre directement dans le processus de réservation et permet de suivre de près l’évolution des politiques voyages.
Car, il ne faut pas l’oublier, la raison d’être des solutions de paiement corporate est avant tout de bâtir un processus efficace de gestion du budget voyages. Qu’elles soient totalement dématérialisées ou plus « old school », à l’image de la carte plastique, ces solutions doivent faire converger les dépenses de manière fluide vers les logiciels de gestion de l’entreprise (ERP). Aussi, plus ces dépenses seront intégrées, plus elles fourniront des données fines, sans déperdition d’informations. Et, par voie de conséquences, moins elles obligeront à traiter de notes de frais a posteriori. Ce qui n’est pas neutre quand on sait que Veolia estime à 40, voire 60 euros, le coût de chaque opération par son département comptabilité.
Essor de la carte virtuelle
Suivant la volonté des entreprises de consolider leurs frais des déplacements professionnels, la carte logée s’étend aujourd’hui à d’autres secteurs que l’aérien, l’hôtellerie ou la location de voitures, mais aussi la restauration, les taxis… – et gagne du terrain au sein des PME. Cependant, cette solution ne peut couvrir l’ensemble des dépenses professionnelles. Dès lors, les réseaux bancaires et les leaders du paiement corporate ont développé ces dernières années une nouvelle offre : la carte virtuelle. Cette alternative est notamment proposée par BNP Paribas, Citi, le CIC ou la Société Générale ainsi que par American Express sous le nom de vPayment et par AirPlus avec sa solution AIDA, attendue en France en 2014 et qui s’appuie depuis peu sur le réseau Mastercard, élargissant d’autant son acceptation. La carte virtuelle se concentre sur un nouveau pan des dépenses voyages, avec pour grand avantage de permettre de régler des achats en ligne. Comment ? Tout simplement en émettant pour chaque transaction un numéro virtuel de carte bancaire avec une date de fin de validité et un cryptogramme visuel.
Les professionnels du secteur se montrent satisfaits de son développement. « Notre solution Vpayment fait son chemin et rencontre un succès important dans le domaine des dépenses hôtelières. Ce qui n’est pas anodin, puisque celles-ci se situent juste derrière le poste aérien », remarque Stéphanie Laroque. « Il y a une forte tendance, en France comme en Allemagne ou au Royaume-Uni, au sein des entreprises à développer le paiement centralisé. Dans ce cadre, la carte virtuelle évolue très bien, notamment grâce aux plates-formes de réservation hôtelière », souligne de son côté Laurent Sautré. La carte virtuelle de BNP est acceptée par CDS et de nombreux autres acteurs. De son côté, American Express a multiplié les partenariats. La carte VPayment d’American Express est interfacée avec les solutions de CDS, Hotel.info, Ialbatros, BSI, Hcorpo. Amex développe également des relations avec Btravel et est en discussion avec HRS, qui vient de son côté d’intégrer la carte AIDA d’AirPlus dans ses moyens de paiement.
Solution adaptée à l’hôtellerie
Ces centrales de réservation, également connues sous le nom d’hotel booking agencies (HBA), se sont rapidement fait une place dans l’univers toujours très morcelé de l’hôtellerie. En effet, une multitude d’établissements indépendants côtoyant ceux des grands groupes au sein d’une même destination, les HBA donnent du choix au voyageur pour trouver celui qui convient le mieux à son déplacement. Dès lors, si la carte virtuelle répond aussi à d’autres problématiques sectorielles comme la maîtrise du poste MICE ou qu’elle est utilisée dans le secteur public pour les achats de billet de train, c’est dans l’hôtellerie qu’elle connaît le plus grand développement. « Le numéro de carte généré permet de réserver l’établissement auprès des HBA, voire de le régler directement si on veut faire du prépaiement, explique Laurent Sautré. Le paiement au check out est aussi possible, l’hôtelier débitant le compte correspondant au numéro de carte virtuelle préalablement reçu ». Cette solution se pose ainsi en alternative au paiement par carte corporate et facilite d’autant la réconciliation des dépenses.
Alors que la carte virtuelle prend seulement son essor, déjà se profilent des solutions couplées carte logée/carte virtuelle. Ainsi Mastercard a annoncé fin octobre le lancement de la solution Travel Controller. Dans les faits, à chaque fois qu’un paiement est effectué, même par carte logée, un numéro de carte virtuelle est émis. Ainsi chaque facture pourra être facilement intégrée aux outils de gestion, rendant de moins en moins illusoire la perspective d’un paiement centralisé à 100 %. En parallèle, Visa va étendre son offre de paiement dématérialisé grâce à un accord signé récemment avec Conferma, leader de la technologie permettant d’émettre les fameux numéros de cartes virtuelles. « Désormais toutes les banques qui participent au réseau Visa Europe pourront délivrer nos numéros de cartes virtuelles », explique Simon Barker, président de Conferma. Dans ce cadre en évolution permanente, les travel managers ont tout intérêt à devenir des experts ès paiements… ou à se faire aider. « Nous proposons aujourd’hui un panel très large de solutions interfacées. Aussi nous faisons évoluer notre démarche, en mettant l’accent sur une approche consultative afin de répondre aux problématiques des clients et leur préconiser telle ou telle solution en fonction de leurs types de dépenses », explique Stéphanie Laroque. Car la finalité du paiement corporate justifie souvent le recours à plusieurs moyens…



















