Zones sensibles : la vigilance fait force de loi

Rencontre : Alain Juillet, président du club des directeurs de la sécurité des entreprises (CDSE)

"Les grandes entreprises ont mis en place des procédures de sécurité très complètes"

La jurisprudence Karachi a-t-elle eu un impact important sur les déplacements dans les zones sensibles ?

Alain Juillet – Indiscutablement. Le risque s’est considérablement réduit depuis trois à cinq ans. Les entreprises ont pris conscience que la loi les rendait responsables de la sécurité des professionnels qui quittent le territoire national, que ce soit les expatriés et leurs familles ou leurs collaborateurs en mission. Les grandes entreprises ont aujourd’hui mis en place des procédures de sécurité très complètes. Leur personnel est sensibilisé aux risques, mais aussi au besoin de tenir la société informée de leurs déplacements, en particulier dans les zones à risques.

Les PME sont-elles sensibles de la même manière à ce sujet ?

A. J. – C’est plus difficile, mais il y a du progrès. Les attentats ont fait comprendre que le risque est partout. Je vois encore des entreprises envoyer, de manière assez folle, des femmes seules en Centrafrique pour traiter des affaires. Heureusement, cette exposition aux risques diminue. L’État effectue tout un travail de sensibilisation à travers le Quai d’Orsay. Sur place, les agences d’expansion économique les guident également. Nous réfléchissons aussi à créer une structure destinée aux PME à côté de notre club qui regroupe une centaine de grandes entreprises françaises et de grosses PME dans des secteurs stratégiques comme la défense. Les dirigeants de PME sont des gens exceptionnels, mais n’ont pas toujours l’expertise, ni les connaissances des directeurs de la sécurité chevronnés.

Quel est le rôle du CDSE ?

A. J. – Nous avons un rôle pilote. Qui veut travailler à Kaboul peut compter sur notre appui, par exemple à travers l’échange d’expériences entre responsables sécurité qui connaissent bien le terrain. En cas de crise, nous travaillons de façon étroite avec le Quai d’Orsay, avec les ministères de la Défense et de l’Intérieur pour bien comprendre les enjeux et informer nos membres.

Boko Haram, AQMI, Daech : le terrorisme est le risque le plus médiatique. Mais est-il le plus important ?

A. J. – S’il existe, il est quand même restreint. Le risque le plus important est de voir des voyageurs d’affaires qui tombent dans les mains de brigands ou de belligérants ou être l’objet de troubles sociétaux où on s’en prend aux étrangers. Les voyageurs sont bloqués sur place et les entreprises doivent alors trouver les moyens de les récupérer.

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