
Moins loin, moins long, moins cher… En cette année olympique, mais aussi de crise économique, la devise pastichée du baron de Coubertin pourrait parfaitement convenir à définir l’ambiance qui domine au sein de l’hôtellerie de séminaires. Et cela dure quasiment depuis la fin de la dernière olympiade, celle de Pékin, en 2008 ; soit quelques jours à peine avant la faillite de Lehman Brothers. La tempête financière qui s’en est suivi a entraîné des coupes nettes dans les budgets. Si, en 2011, les hôteliers ont pu constater une amorce de reprise, celle-ci reste toujours fragile. “L’année 2012 ne sera pas exempte de challenges, mais elle devrait globalement rester stable au niveau mondial”, remarque Cédric Gobilliard, directeur des ventes globales de Accor.
Dans le sillage d’années peu propices aux dépenses somptuaires, les entreprises ont pris des habitudes. Ainsi, multinationales et PME organisent leurs réunions professionnelles en gestion naires avisés, gagnant ici une nuitée, rognant là sur un moment de loisir, limitant toujours les prestations superflues. “Les soirées en dehors de l’hôtel se font de plus en plus rares. Et, même en restant sur place, les sociétés préfèrent le verre de vin blanc à la coupe de champagne à l’apéritif ; elles s’arrêtent aussi souvent sur le menu de base”, constate Michel Stalport, vice-président Europe de l’Ouest, Afrique du Nord et de l’Ouest de Rezidor.
Signe des temps, les acheteurs sont à l’œuvre pour comprimer les coûts, remontant à la surface ce vieux serpent de mer qu’est l’intégration des dépenses MICE (Meetings, Incentives, Congress, Events) dans les politiques d’achats voyages. Mais cette fois-ci avec l’intention de lui maintenir durablement la tête hors de l’eau… “C’est une vraie évolution. Les entreprises ont la volonté de consolider leurs achats Corporate, à la fois individuels et groupes”, confirme Cédric Gobilliard.
D’autres tendances de fond continuent de marquer l’activité événementielle depuis plusieurs années, à commencer par une volonté d’éviter toute ostentation, bien malvenue dans une période d’austérité, mais également par la pratique de réservations de dernière minute pour gagner en flexibilité face aux aléas économiques. Une habitude de toujours repousser à demain dont les sociétés ne sortent pas forcément gagnantes. “En cas d’empêchement au dernier moment, les frais d’annulation peuvent s’élever jusqu’à 90 % de la prestation. Les entreprises américaines l’ont compris et réservent plus longtemps à l’avance. En revanche, elles négocient les conditions d’annulation”, remarque Emmanuel Schott, directeur général de l’hôtel Tiara Mont Royal à Chantilly.
Réunions de courte durée
outefois, et entre tous, un constat caractérise plus particulièrement les séminaires d’entreprise du moment : les événements les plus courts sont les meilleurs. Comme le met en évidence le baromètre annuel du tourisme d’affaires réalisé par Bedouk et Coach Omnium, les manifestations d’une journée, voire d’une demi-journée, prennent le pas sur les événements s’étirant sur deux ou trois jours. “Grâce au réseau ferrovaire qui relie Marseille à Paris en trois heures, les séminaires sur une seule journée sans hébergement se multiplient”, confirme Laura Matteï, responsable marketing France du groupe IHG.
Pour réduire les coûts de transport, l’hôtellerie de centre-ville, proche des sièges sociaux, a la faveur des entreprises. Et, quand elles décident de mettre leurs équipes au vert pour renforcer la cohésion sans risquer l’éparpillement le soir venu, c’est la proximité directe des grands nœuds aériens et ferroviaires qui guide leur choix. Les nombreux hôtels de la région parisienne ne pourront que se satisfaire de cet état de fait, que ce soit ceux situés dans la capitale comme le Marriott Rive Gauche Conference ou encore ceux de la zone aéroportuaire de Roissy, avec Sheraton, Pullman, Hilton et Best Western en tête. L’attrait est le même pour les établissements proches des grandes métropoles de province comme le Crowne Plaza Montauban ou le Dolce Frégate, non loin de Toulouse et Marseille.Forts en thèmes
Casino et comédie musicale
Les organisateurs attendent que leurs réunions s’accompagnent de moments particulièrement mémorables. Si les hôtels urbains n’ont évidemment pas la chance d’offrir un cadre bucolique, ils savent jouer sur leurs points forts. Jeune centenaire, le groupe Lucien Barrière appuie son attractivité sur des hôtels haut de gamme, mais aussi sur son autre savoir-faire, les casinos. “On peut y organiser des soirées avec de vrais croupiers. Autre avantage, ces casinos offrent la possibilité de prendre un verre tard le soir. C’est important, notamment dans une petite ville comme Ribeauvillé, où nous ouvrons un hôtel cette année, explique Pascal Visintainer. À Lille, nous avons également un théâtre adjacent à notre hôtel qui se prête à l’organisation de spectacles de type “comédie musicale”, d’autant que nous avons une direction artistique au sein du groupe qui peut se charger de la conception de l’événement”.
Entre autres incentives originaux, comme des petits déjeuners pris en montagne sous des tipis ou des jeux de pistes en buggy dans la ville, le Hilton Evian propose, au sein même de l’hôtel, une vraie tyrolienne. “Les participants s’élancent du sixième étage, avec une vue magnifique surplombant le lac Léman, et arrivent directement au pied de la salle de réunions où un cocktail les attend. Comme le temps manque souvent, c’est une activité relativement courte et qui surprend toujours”, dit Dominique Dmytryszyn, directeur général de l’établissement.
Mais que reste-t-il de ces événements une fois les participants revenus à leurs tâches quotidiennes ? Plus encore qu’une soirée casino ou qu’un team building sportif, il semble bien que ce soit la qualité de la restauration qui prime. C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude réalisée pour le groupe Accor auprès d’organisateurs de réunions. Bien sûr, à l’instar de certains Relais & Châteaux, tous les établissements ne peuvent se targuer d’offrir des pauses concoctées par des chefs étoilés. Mais ceci explique probablement pourquoi les hôteliers se penchent activement sur le sujet. Novotel travaille ainsi sur une nouvelle offre capable de créer “un effet waouh”, selon Christine Ravanat, directrice marketing monde de l’enseigne. De son côté, Pullman développe des activités – par exemple de détente, tai-chi ou yoga – qui s’articulent autour des pauses.
Cependant, la restauration n’est pas le seul chantier lancé par les groupes hôteliers pour améliorer leur offre Meetings. Avec, à la base, une réflexion engagée autant sur le fond que sur la forme de leurs salles de réunions. Novotel propose le concept Euréka, récemment déployé à Lyon et Avignon, et l’enseigne planche sur une nouvelle génération de salles de réunions. Parmi les axes de travail : la modularité de l’éclairage, une acoustique optimale, mais aussi un mobilier offrant une meilleure assise ou des tables plus larges pour accueillir un ordinateur. “Nous cherchons à soigner les petits détails qui, s’ils ne sont pas préalablement pensés, peuvent augmenter le niveau de fatigue des participants. Nous songeons aussi au confort de l’animateur avec un tabouret multi-fonctions d’où il peut piloter l’événement et, grâce à une commande déportée, envoyer les présentations sans avoir à courir à droite et à gauche”, explique Christine Ravanat.































