Jérôme Drevon-Barreaux Président Europe de l’ACTE (Association of Corporate Travel Executives)

"la crise actuelle a et va affecter les déplacements professionnels, mais qu’elle a également eu des effets d’opportunité."

Quelle analyse font les travel managers de la conjoncture ?

Jérôme Drevon-Barreaux : Comme tout le monde, nous considérons que la crise actuelle a et va affecter les déplacements professionnels, mais qu’elle a également eu des effets d’opportunité. Les directions générales se saisissent de la situation pour accélérer la réduction des coûts autour des questions “Qui part où” ?” “Comment ?” “À quel prix ?” Certaines entreprises vont jusqu’au travel freeze, surtout dans les sociétés américaines, mais la plupart se contentent de revoir les classes de voyage. Là où la classe affaires commençait pour les vols de plus de 6 heures, on est passé à 8 ou 10, etc.

Dans ce contexte, quel est le rôle de l’ACTE ?

J. D.-B. : Notre rôle est d’aider les travel managers à trouver des solutions innovantes, de benchmarker (notamment avec ce que font les compétiteurs) et ainsi de leur donner des armes pour réduire les coûts.

Quel est l’intérêt, pour un travel manager, de partager une expérience réussie avec un concurrent ?

J. D.-B. : Il y a peu d’entreprises où le voyage est un secteur stratégique. Dès lors, l’échange se fait assez facilement sur les best practices, chacun sait que l’on ne peut tirer que des avantages dans ce type de discussion.

Comment organisez-vous ces échanges ?

J. D.-B. : L’Association est étendue : 82 pays sont représentés, soit, selon nous, un cumul de 12 millions de voyageurs d’affaires. Pour nos membres, les contacts s’opèrent au niveau global – avec deux conférences mondiales chaque année – et local, où les réunions sont en général annuelles.

Que viennent chercher ceux qui y participent ?

J. D.-B. : En dehors des bases de données sur les best practices, des whitepapers abordent toutes les questions liées au voyage d’affaires. Nous lançons aussi des tool kits dans lesquels les travel managers pourront puiser pour construire leurs appels d’offres.

Dans quel type d’entreprise se recrutent vos membres ?

J. D.-B. : Bien sûr, au niveau global, nous intéressons surtout les travel managers de grands comptes. Une PME aurait du mal à retrouver ses préoccupations dans une conférence globale. En revanche, nous nous adressons à tout type de travel manager au niveau local. Notre réunion de l’an passé, par exemple, était consacrée au ferroviaire, un sujet qui intéresse particulièrement les PME.

L’ACTE mène-t-elle des opérations de lobbying ?

J. D.-B. : Oui, notamment aux États-Unis, où l’ACTE a lancé une campagne contre le projet de renforcement des mesures de sécurité qui prévoyait la possibilité de saisir les PC des voyageurs. Nous sommes également très présents sur le thème de la Corporate Social Responsability, évoqué à chacune de nos conférences. Nous avons été les premiers, en 2004, à sensibiliser les travel managers aux thèmes environnementaux. En essayant de faire un vrai travail d’information, dans un débat qui se résume trop souvent à des accusations lancées contre les compagnies aériennes.

Bio Express

Jérôme Drevon à 35 ans

1999 MBA en hospitality management (Essec) puis travel manager chez Accenture.

2002 Acheteur HSBC.

2004 Group travel manager chez BNP-Paribas.

2005 Group travel manager chez Cap Gemini. Président Europe de l’ACTE.