
Qu’il s’agisse d’emprunter des moyens de transport terrestres ou aériens, que ce soit dans le cadre d’un voyage d’affaires individuel ou à l’occasion d’un colloque international, d’une conférence ou d’une opération incentive… dans tous ces cas, la lutte contre le réchauffement climatique s’impose dans les grandes entreprises. Même si bon nombre de travel managers reconnaissent que “les projets sur lesquels ils travaillent actuellement ne sont pas encore parvenus à un niveau de maturité suffisant”. Pourtant des outils de mesure existent. À commencer par le bilan carbone qui permet aux sociétés d’évaluer leurs émissions de gaz à effet de serre, de manière graduelle ou ciblée. Une fois ces émissions calculées, il est possible de les réduire en identifiant les marges de manoeuvre possibles en fonction des contraintes liées à l’activité. Et de définir des pistes d’action : efficacité énergétique, réduction des consommations, plan de déplacements des salariés… Voyages d’Affaires fait le point avec des directeurs du développement durable de quatre grandes structures : Arval, Aéroport de Lyon, Club Méditerranée et SFR.
Pour quelles raisons et depuis quand votre entreprise mène-t-elle une politique de développement durable en matière de déplacements professionnels ?
Agnès Weil
En 2006, le Club Méditerranée a effectué la première analyse des cycles de vie (ACV) d’un village de vacances. Cette étude a été réalisée par Bio Intelligence Service, avec le soutien de l’Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Compte tenu de notre métier, nos priorités portent sur la construction des villages et leur exploitation au regard du développement durable. Dès 2007, nous avons intégré cette notion en tenant compte des déplacements professionnels que nos collaborateurs effectuent à partir de nos sièges parisien et lyonnais à destination de nos villages situés en Europe et en Afrique.
Lionel Lassagne
C’est assez récent. Début 2008, l’aéroport Lyon-Saint Exupéry, qui est le troisième aéroport de France en recevant près de 8 millions de passagers par an, s’est engagé aux côtés de l’État en signant la convention du Grenelle de l’environnement. À partir de là, nous avons mis en place un plan d’action pour lutter contre le réchauffement climatique. L’un des volets porte sur la compensation de nos déplacements professionnels par avion. Un autre porte sur la mise à disposition, via notre site Internet, d’un calculateur permettant à nos clients passagers de connaître les émissions liées à leurs voyages. Depuis l’été dernier, ils peuvent donc effectuer un don en ligne destiné à financer un projet de compensation de CO2 dans un pays en voie de développement.
François Piot
Dès 2004, Arval a signé le pacte mondial des Nations unies. Celui-ci comporte des mesures sur trois niveaux : environnemental, humain et économique. Depuis, en tant que spécialistes de la location longue durée de voitures, nous avons à plusieurs reprises modifié notre flotte automobile destinée à nos collaborateurs. Cela, afin d’abaisser le niveau de CO2 par catégorie de véhicules.
Catherine Moulin
Pour SFR, la protection de l’environnement dépasse le simple cadre réglementaire. Elle est pleinement intégrée à sa stratégie et s’adresse autant à ses collaborateurs qu’à ses clients. SFR a ainsi particulièrement renforcé son engagement en faveur de la mobilité durable de ses collaborateurs ainsi que celle de ses clients depuis plusieurs années.
Quand avez-vous établi votre premier bilan carbone pour vos déplacements professionnels ?
Agnès Weil
Notre premier calcul a été établi en 2007. Depuis cette date, notre partenaire, le réseau d’agences de voyages CWT, dresse a posteriori un bilan mensuel des émissions de carbone liées à nos déplacements professionnels. À côté de cela, notre département recalcule ces émissions de CO2 à partir des coefficients de l’Ademe en se basant sur les distances parcourues ; soit par train, soit par avion. Dans les deux cas, nous parvenons à un bilan d’émissions de CO2 supérieur à celui communiqué par CWT.
Lionel Lassagne
Pour l’instant, nous n’avons pas encore établi de bilan carbone. Nous pensons en effectuer un dès l’an prochain. En attendant, nos calculs s’effectuent avec le calculateur mis au point par le Geres, le Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités. En 2009, nous avons compensé la totalité de nos émissions carbone pour les déplacements aériens effectués en 2008 par nos collaborateurs. Cela représente un chèque d’environ 5000 euros.
François Piot
À ce jour, nous n’avons pas encore mis en place de bilan carbone. Mais depuis trois ans, nous compensons les émissions de CO2 liées à notre propre flotte automobile. Ainsi, au titre de l’année 2008, nous avons versé 15020 euros au programme Action Carbone de l’association GoodPlanet. Plus précisément, cela représente 653 tonnes de CO2, soit 13060 euros en compensation des émissions nominales des 210 véhicules de notre flotte, sur la base du prix de 20 euros la tonne. À ce montant s’ajoutent 98 tonnes, soit 15 % de plus, ou 1960 euros pour compenser les émissions supplémentaires à celles annoncées par les constructeurs et relevées sur piste ; donc dans des conditions optimales.
Catherine Moulin
En 2006, notre premier bilan carbone tenait compte des émissions de CO2 liées aux déplacements professionnels des collaborateurs : avion, train, flotte automobile, location de véhicules en courte durée. Pour les déplacements aériens, par exemple, les émissions de CO2 sont passées de 3500 tonnes en 2006 à 2847 tonnes en 2007 et à 2279 tonnes en 2008. Hors SRR, Société réunionnaise du radiotéléphone.
Entre ce premier bilan carbone et la première compensation, quelles mesures avez-vous prises pour réduire les émissions de CO2 lors des déplacements de vos collaborateurs ?
Agnès Weil
C’est à partir de ce bilan que nous effectuons une compensation annuelle auprès d’Action Carbone. Ainsi, en 2007, nous avons compensé 50 % de nos déplacements professionnels pour un montant de 30000 euros, sur la base de la tonne de CO2 à 15 euros.
Lionel Lassagne
Nous avons mis en place un schéma de déplacements en avion. Quand il existe une alternative à ce mode de transport, nous optons pour le train ; même pour des rendez-vous sur d’autres aéroports. Ainsi, pour nous rendre à Orly, nous arrivons à la gare de Lyon, puis prenons le RER. S’il s’agit d’aller à Londres pour une conférence l’après-midi, nous prenons l’Eurostar, tandis que pour un rendez-vous matinal, nous privilégions l’avion. En revanche, pour se déplacer à Dubaï, il n’existe pas d’alternative. À titre d’exemple, un aller Lyon-New York, soit 6135 km, se traduit par l’émission de 2,71 tonnes de CO2.
François Piot
Nous cherchons à valoriser le potentiel d’amélioration du comportement des conducteurs et à mettre en avant la nécessité d’une conduite écoresponsable. D’ailleurs, en 2003, nous avons signé une charte commune avec la Caisse nationale d’assurance maladie et la direction de la Sécurité et de la Circulation routière. Nous étions alors le premier loueur à prendre cette initiative. Entre 2002 et 2006, la fréquence des sinistres de nos collaborateurs a chuté de 38 %. Les efforts sont à mener sur le long terme et nous prenons les mesures nécessaires en ce sens.
Catherine Moulin
En 2008, nous avons lancé quatre nouveaux plans de déplacements entreprise (PDE) sur les principaux sites SFR d’Ile-de-France. Ce qui nous amène, au total, à sept PDE créés depuis 2006, dans le but d’optimiser les déplacements domicile-travail de nos collaborateurs et en même temps encourager le recours à des moyens de transport alternatifs à la voiture individuelle. Dans le cadre du PDE de Rennes, réalisé en partenariat avec Rennes Métropole, une navette a été créée entre la gare et la zone d’activités où nous sommes implantés. Toujours sur le site de Rennes, des places de parking sont désormais réservées aux prestataires pratiquant le covoiturage.
Quels changements pour la politique de voyages de votre groupe ?
Agnès Weil
Les changements portent plus sur les pratiques de voyages, qui sont modifiées, reconnaissons- le, par la conjoncture économique. Entre 2007 et 2008, en termes de distances parcourues, la part du train a fortement augmenté par rapport à celle de l’avion. Les déplacements aériens reculent dans tous les secteurs : vols domestiques, continentaux et intercontinentaux. Cette évolution s’explique aussi par un usage plus important des vidéoconférences ; voire par le report ou l’annulation de certains déplacements lointains pour des raisons économiques.
François Piot
Les changements portent surtout sur le choix des matériels. Afin de tendre vers un parc plus respectueux de l’environnement, 80 véhicules ont été renouvelés en 2008, soit pratiquement 40 % de la flotte. À la fin de l’année 2008, 61 % des véhicules de la flotte présentaient des émissions de CO2 inférieures ou égales à 140 g de CO2/km, contre 47 % en 2007. Par ailleurs, en raison de notre appartenance au groupe BNP-Paribas, la société Arval est présente dans 22 pays situés essentiellement en Europe. Bien sûr, notre politique de voyages est calée sur celle de notre maison-mère. Afin de réduire les frais généraux, nous avons recours à la visioconférence, si un déplacement physique en France ou à l’étranger n’est pas indispensable.
Catherine Moulin
Dès 2007, SFR a établi, en interne, une politique de voyages encourageant la mobilité durable. Ainsi, nous privilégions le train pour tout voyage d’une durée inférieure ou égale à trois heures. Cette mesure est prise en compte dans notre outil de réservation en ligne. Au-delà de cette durée de transport, les collaborateurs peuvent prendre l’avion ; ce qu’ils font lorsqu’ils se rendent, par exemple, de notre siège parisien à Nice ou, bien sûr, dans notre filiale située sur l’île de la Réunion. Pour les sensibiliser, nous avons introduit un écocalculateur sur notre intranet et sur notre outil de réservation en ligne KDS. Lequel permet aux collaborateurs de visualiser les quantités de CO2 générées par leur déplacement. Par ailleurs, pour des raisons à la fois économiques et écologiques, nous encourageons l’utilisation de la visioconférence, de l’audio/web conférence. Cette politique porte ses fruits. Nous enregistrons une baisse des émissions globales de CO2 liées aux déplacements professionnels de près de 20 % en 2007 par rapport à 2006, et de près de 10 % en 2008 par rapport à 2007.
L’impact écologique des transports du personnel demeure-t-il une préoccupation secondaire, voire marginale ?
Agnès Weil
Actuellement, l’impact des transports du personnel reste une préoccupation secondaire, car les enjeux portant sur les séjours de nos clients sont beaucoup plus importants. Les émissions de CO2 s’inscrivent dans un rapport se situant environ entre un et dix. Cependant, nous prenons des initiatives, comme tout récemment lorsque nous avons renouvelé notre parc automobile et avons demandé à notre partenaire de nous fournir des véhicules ne dépassant pas 140 g d’émission de CO2 au kilomètre.
Lionel Lassagne
En raison de notre métier, l’impact écologique est pour nous une préoccupation majeure. De tous les aéroports français, nous sommes sans doute le plus avancé à ce niveau. En tant que gestionnaire d’une plate-forme aéroportuaire, nous sommes en train de réfléchir avec l’Ademe à la mise en place d’un bilan carbone pour un aéroport, ce qui constituerait une opération pilote. S’agit-il de calculer les émissions de CO2 seulement pour les bâtiments ou également celles liées aux trajets aériens effectués par les compagnies que nous accueillons ? Si oui, faut-il considérer le trajet au départ de Lyon jusqu’à sa destination ou seulement, par exemple, jusqu’à une altitude de 2000 mètres ? La profession ne s’est pas encore forgé une opinion.
François Piot
Ce n’est ni secondaire, ni marginal, mais essentiel. D’où notre forte implication dans le domaine, à notre échelle et à celle du groupe BNP-Paribas. Ainsi, pour Cortal Consors, une autre filiale du groupe, nous avons mis en place un parc de véhicules respectueux de l’environnement pour les salariés ; le comité de direction est doté de Toyota Prius et les commerciaux disposent d’une Polo Blue Motion.
Quelles autres initiatives en matière de développement durable ?
Agnès Weil
Avant tout déplacement en train ou en avion, CWT fournit à nos collaborateurs deux solutions de voyages en termes de tarification. Afin qu’ils puissent mieux prendre en compte les enjeux environnementaux de leurs déplacements, nous souhaitons que CWT leur indique également et au préalable l’émission de CO2 liée à ces voyages. Par ailleurs, le Club Med mène nombre d’autres actions en matière de développement durable qui sont détaillées sur le site Club Med institutionnel. Pour nous, la gestion environnementale consiste notamment à écolabelliser des sites. Par exemple, le Club Med d’Opio, dans les Alpes-Maritimes, a obtenu, en mars 2008, l’écolabel européen pour les hébergements touristiques. Il est le seul village de vacances en France à avoir reçu cette certification qui repose sur plus de 80 critères stricts de performance et de gestion de l’environnement. En outre, quatre villages de la zone Amérique du Nord se sont engagés, en 2008, dans un processus de certification Green Globe 21.
Lionel Lassagne
À l’occasion de l’entrée en service, en 2010, de la navette express Lesly qui reliera le centre-ville de Lyon à l’aéroport en 25 minutes, contre 50 actuellement, nous allons lancer un plan de déplacements entreprise. Destiné à jouer sur le comportement des quelque 5000 personnes travaillant sur le site de l’aéroport, ce plan devrait encourager le recours aux transports en commun et au covoiturage.
François Piot
Nous mettons en place un plan de déplacements entreprise tourné vers notre trentaine d’implantations commerciales en France, car il est important que nos collaborateurs organisent judicieusement leurs tournées. Nous souhaitons également encourager le recours aux transports en commun auprès de nos visiteurs qui se déplacent dans nos agences. Enfin, nous sommes très attentifs au lancement du véhicule électrique en France, sur lequel nous fondons beaucoup d’espoir.
Catherine Moulin
C’est un axe important de notre démarche d’entreprise responsable et engagée, qui est partagée avec tous nos collaborateurs à travers des campagnes de sensibilisation, baptisées Eco-attitudes. C’est pourquoi SFR a décidé courant 2008 de compenser les émissions de CO2 liées aux déplacements aériens de ses collaborateurs. Pour 2007, cela représente 2847 tonnes d’équivalent CO2.
Dossier - Développement durable et déplacements professionnels
- Développement durable et déplacements professionnels
Catherine Moulin, directrice de la santé et de l’environnement, SFR
Lionel Lassagne, directeur du développement durable, Aéroport de Lyon



















