
De sa situation géographique particulière, Malte tire aujourd’hui sa richesse, avec l’héritage des chevaliers de l’ordre de Malte, l’influence encore palpable des Britanniques et son tempérament purement méditerranéen. Une originalité très convoitée.
Hôtel – Corinthia Marina
Agréablement situé au bord de la Saint George’s Bay, le Marina offre tout le confort des hôtels de la chaîne Corinthia : chambres spacieuses, lits kingsize, balcons plongeant sur la Méditerranée… Une sensation d’espace frappe d’entrée, grâce à son lobby très lumineux. Pas de doute, l’influence anglo-saxonne est nette. Accoudé au cinq-étoiles Corinthia Saint George’s Bay, le Marina bénéficie, outre de la synergie d’un parc hôtelier de plus de 600 chambres, de nombreux services destinés aux voyages d’affaires. Un auditorium permet notamment d’accueillir jusqu’à 550 personnes en conférence. Les hôtes peuvent aussi partir en croisière sans avoir à beaucoup se déplacer : une magnifique goélette turque, dans le plus pur style rétro-chic maltais, mouille régulièrement devant l’embarcadère de l’hôtel.
Trois cités – L’ordre de Malte
Le 24 mars 1530, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean se voient attribuer l’île de Malte par Charles Quint. Ils érigent trois bastions qu’ils défendent dans un bain de sang contre l’invasion turque. La première des trois cités meurtries prendra le nom de leur victoire, Vittoriosa. Les autres seront reconstruites et embellies de nobles maisons.
Cinq cents ans plus tard, rien n’a changé, ou presque. Les classes moyennes ont remplacé les chevaliers, les églises drainent à peine moins de croyants et les chats efflanqués cherchent toujours le salut des venelles ombragées. Ce dédale aux façades patinées couleur miel laisse libre cours à tous les fantasmes liés aux vieilles villes portuaires où courent mille anecdotes singulières. La grande histoire, quant à elle, se raconte derrière ses demeures, son menaçant palais de l’Inquisiteur et ses auberges, de Provence, d’Auvergne, de Castille ou d’Angleterre. Et dans ce site autrefois naturel, l’ouvrage de l’homme se termine immanquablement dans le bleu de la mer.
Gozo – La campagne en bord de mer
Gozo est aux Maltais ce que la Normandie est aux Parisiens, ou le Kent aux Londoniens. Une bouffée d’oxygène. Une campagne idéale à un saut de puce. Plus vallonnée que sa grande soeur, “l’île aux trois collines” bichonne ses parcelles de cultures en terrasse, ses quelques plans de vigne et ses orangers généreux. Moins peuplée, elle soigne ses plages de sable doré et ses côtes accidentées aux eaux limpides. On lui trouverait presque quelque chose de cycladique.
Pas étonnant qu’Homère y ait jeté Ulysse dans les bras de Calypso qui tenta pendant sept ans de lui faire oublier son Ithaque natale. Séparée de l’île de Malte par un bras de mer et la petite île de Comino, Gozo est un voyage dans le voyage. Une introspection dans la Malte d’autrefois, celle des mystères et des légendes. Des curieuses salines séculaires creusées dans la roche aux temples préhistoriques en passant par les splendides falaises de la baie de Dwejra…
Comino – La vraie surprise
Malte n’est pas la Corse. Pas plus les Baléares. Ni plages de sable fin, ni criques aux eaux fraîches à chaque plissure de sa côte. La rocailleuse Malte n’a jamais accordé beaucoup de répit aux marins… Mais elle peut se montrer magnanime lorsque l’on ne s’y attend pas. C’est le cas pour ce morceau de terre aride baptisé Comino (Cumin), piégé entre la grande île et Gozo. Un bout de Malte qui abrite un lagon à l’eau bleu turquoise. Une piscine naturelle, miraculeusement abritée dans une petite baie, qui doit son salut à une roche blanchie par le sel. Une pépite sagement préservée. Hors saison, seuls quatre irréductibles autochtones persistent à vivre sur ce caillou.
La Valette – L’urbanisme absolu
Difficile de ne pas ressentir la puissance de siècles d’abnégation, de courage et de piété à l’approche de ce bastion infranchissable de la chrétienté. Immense navire figé dans la pierre, la capitale maltaise n’a rien perdu de sa superbe. Et d’autant moins aujourd’hui, serait-on tenté de dire, quand au-delà du brouhaha de ses faubourgs désorganisés s’ouvre derrière la muraille une ville ordonnée, aux rues rectilignes bordées de palais somptueux.
Bâtie par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean, La Valette brille par son agencement aussi parfait que le plan d’une église. En guise de choeur, le palais des Grands Maîtres et ses somptueuses salles d’apparat. Ou la cocathédrale aux ors baroques d’une richesse inouïe, comme toute la cité d’ailleurs, qui fut bâtie par un ordre composé de Français, d’Espagnols, d’Anglais, d’Allemands, de Portugais et d’Italiens. La Valette serait-elle un agrégat, au XVIe siècle, de l’unité européenne ? Sûrement, tant elle semble familière aux milliers de visiteurs qui la traversent chaque jour.
les Luzzus L’oeil d’Osiris au pied des remparts
Difficile de ne pas s’arrêter devant l’application d’un vieux loup de mer traçant les lignes colorées de la coque de son embarcation. Une palette de jaune, bleu, rouge et vert que l’on croirait sortie d’un bain d’enfant. Pour conjurer le mauvais sort, chaque pêcheur a coutume de dessiner à sa proue les yeux du dieu Osiris. On n’est plus à une influence divine près… Ces luzzus, comme on dit à Malte, tireraient leur origine de l’époque phénicienne. Bon nombre flottent encore entre deux yachts du grand port de La Valette. Mais la plus forte concentration se trouve dans la baie de Marsaxlokk, adorable petit port du sud de l’île, loin de l’agitation des stations balnéaires de la côte est.
Caravage Un chef-d’oeuvre rayonnant
Quelle curiosité de l’histoire de l’art ! Quel trésor ce petit morceau de terre perdu entre l’Italie et la Lybie recèle-t-il ! Là, dans l’obscurité imposante de l’oratoire de la cocathédrale Saint-Jean de La Valette, le Caravage a peint. Comme surgie des limbes, la Décollation de saint Jean-Baptiste, son immense toile de quatre mètres sur cinq, irradie de beauté. Et déclenche la même émotion chez les pèlerins et les touristes agnostiques. Un effet qui dure depuis 400 ans, quand les pieux chevaliers passaient là leur dernière nuit laïque, avant d’intégrer ad vitam æternam l’ordre de Malte.
Riches et puissants, les chevaliers de l’ordre se sont offert par la suite et jusqu’à leur départ de Malte, en 1798, les services de nombreux peintres. De Mattia Preti, dit le Calabrese, auteur de l’incroyable décoration baroque de la cocathédrale, à Antoine Favray dont les portraits sont disséminés partout dans l’île. Un patrimoine artistique qui justifie à lui seul le voyage.
Dégustation Le délicieux accent du vin maltais
Voilà sans doute l’un des secrets les mieux gardés de Malte. Et pourtant, difficile de ne pas tomber au détour d’un chemin cabossé ou du moindre arpent de terre cultivé sur ces heureux pieds de vigne. Heureux, oui, car le nectar sorti du sol calcaire maltais mérite plus qu’une dégustation entre deux bains de soleil. Cabernet sauvignon, chardonnay et merlot importés de France ont pris avec le temps un délicieux accent insulaire. Comme ces blancs secs et corpulents qui répondent au doux nom d’Isis ou de Céleste.
Cultivée dès l’époque romaine, la vigne maltaise a connu une seconde naissance à l’aube du XXe siècle. Et c’est à un chevalier que l’on doit cette redécouverte, lorsque, en 1919, il lance son appellation, le marsovin. Suivront, pour les plus connus, le delicata, puis le meridiana dans les années 1990. Ce dernier a dû s’approprier l’ex-terrain d’aviation de la Royal Air Force pour exister. Plus de 100000 bouteilles sortent désormais chaque année de cet ancien champ de bataille. Mais la consommation reste locale.




















