
Dusit International s’est imposé depuis plus d’un demi-siècle comme la quintessence d’un art de vivre à la thaïlandaise transposé à l’hôtellerie. L’ouverture du Dusit Thani en 1970 au coeur de Bangkok a incarné pendant 50 ans le meilleur du service à la Thai. L’iconique bâtiment surmonté d’une pointe rappelant celles des temples thaïs, a accueilli tout ce que le monde de la politique, des arts comptait de célébrités- outre naturellement la famille royale de Thaïlande. Le Dusit Thani version années 70 a disparu en 2020. Il cède la place au Dusit Thani Bangkok 2.0 qui renouera avec la tradition de luxe et de services de son prédécesseur. L’ouverture est prévue en 2024 et devrait être un évènement majeur pour l’hôtellerie thaïlandaise.
Le groupe hôtelier est souvent perçu comme une chaîne très attachée aux traditions, certains pouvant même la juger quelque peu surannée. Erreur ! Depuis une décennie, Dusit n’a de cesse de se renouveller. Le groupe a créé de nouvelles marques et multiplie les projets au-delà des frontières. Et il est l’une des rares entreprises thaïes à compter de nombreux étrangers parmi ses employés. A l’instar de Gilles Cretallaz, transfuge d’Accor et désormais COO de Dusit Hotels & Resorts, qui explique pourquoi ce changement de carrière et ces ambitions pour la chaîne.
Après avoir mené une carrière chez Accor dans toute l’Asie, pourquoi avoir choisi Dusit ?
Gilles Cretallaz – Dusit est une chaîne qui a de vraies valeurs. Elle jouit d’abord d’une excellente réputation pour son service, son art de mettre le client au cœur de sa démarche, pour son esprit de communauté et aussi pour cet art de vivre tellement thaï. En rencontrant les propriétaires de Dusit, j’ai aussi été impressionné par leurs qualités d’écoute, leur grande sensibilité et empathie vis à vis des problèmes auxquels sont confrontés le tourisme et généralement la société aujourd’hui. Le défi pour moi, c’est de changer la perception qu’ont les voyageurs de cette chaîne. Certes l’image est excellente mais un peu conservatrice. Notre clientèle a un âge moyen de 45 ans. Mon challenge est de garder cette dernière mais aussi d’en attirer une nouvelle. Et sans pour autant renier notre identité. Celle de ce côté gracieux (« graciousness ») qui se manifeste aussi bien dans l’approche du service, la cuisine, la culture locale ou encore le bien-être.
Comment se développe le groupe Dusit aujourd’hui?
Gilles Cretallaz – On est en pleine croissance avec un doublement attendu de notre portefeuille sur les prochaines années. Dusit aura 62 établissements en fin d’année dans 18 pays. Soit 13 700 chambres. On ouvre 14 hôtels en 2023 avec de nombreuses « premières ». On vient notamment de célébrer notre premier hôtel en Europe à Athènes. Mais aussi à Nairobi au Kenya, à Kyoto au Japon ou encore à Katmandou au Népal. Et nous avons une cinquantaine d’autres établissements dans les tuyaux. L’Europe est un marché important que nous regardons de près mais qui demande des investissements ciblés en raison du très haut coût du m² de surface dans la plupart des grandes métropoles.
Quelle est la stratégie de diversification de la chaîne?
Gilles Cretallaz – Nos comptions au départ trois marques. Dusit Thani pour le luxe, DusitD2 pour le segment 4 étoiles / 3 étoiles+. Enfin DusitPrincess pour un segment 2/3 étoiles. Nous développons depuis Asai, une chaîne « lifestyle ». Et nous souhaitons étendre notre concept wellness avec la marque Devarana. A l’origine elle est notre marque de spa. Mais nous voulons commercialiser des hôtels sous enseigne Dusit Retreat Devarana. Avec cette marque, on veut créer un lieu propice au bien-être spirituel, culturel ou encore familial. Un lieu certes autour du « wellness » mais sans le côté parfois ennuyeux ! Enfin, on travaille sur une nouvelle marque, Dusit Collection, des hôtels atypiques, iconiques, très ancrés dans le patrimoine.
Asai semble concentrer une large attention de Dusit actuellement?
Gilles Cretallaz – Cette chaîne est un vrai nouveau segment pour nous et elle s’adresse effectivement à l’élargissement de la clientèle que nous visons. C’est à dire des hôtes plus jeunes, très « urbains » qui recherchent un excellent service avec plus de convivialité et un bon rapport qualité/prix. C’est d’ailleurs une chaîne qui s’avère aussi parfaite pour les hommes d’affaires citadins avec ses chambres confortables et intimes. Deux Asai ont ouvert leurs portes à Bangkok – dont le nouveau Asai Sathorn. On vient tout juste d’en ouvrir un autre à Kyoto. Je dois dire que l’hôtel avec son très beau design est totalement en phase avec la sophistication d’une ville comme Kyoto. Nous avons des projets en Malaisie et à Cebu aux Philippines. Et on étudie la possibilité d’ouvrir d’autres Asai à Phuket, en ville comme en bordure de plage.
Que va représenter le futur Dusit Thani Bangkok ?
Gilles Cretallaz – Ce sera le nouveau porte-drapeau de la chaîne comme le fut pendant très longtemps le premier hôtel Dusit Thani. Le futur Dusit Thani Central Park reprendra en partie les élements d’architecture de l’ancien hôtel, histoire de le lier au patrimoine de la marque. Mais ce sera un tout nouvel hôtel de grand luxe avec un jardin suspendu, offrant des chambres de 50m² donnant toutes sur Lumpini Park. C’est le plus grand espace vert au coeur de Bangkok. Le concept est d’offrir un luxe aux détails très thaïlandais mais sans nostalgie. On aura un concept de restaurant plus contemporain ainsi qu’un rooftop bar. Il doit être un hôtel très vivant pour « the beautiful people » en attirant donc une clientèle aussi urbaine, sophistiquée et plus jeune. L’hôtel aura 39 étages et 259 chambres. Contre 500 dans l’ancien Dusit Thani. Il fera partie d’un large projet urbain prévoyant une Dusit Residence, une galerie commerciale et un immeuble de bureaux. L’hôtel ouvrira ses portes en 2024 et les autres projets au cours de l’année 2025.






















