C. Bossanne (Huttopia) : « Les freins tombent dès qu’ils arrivent chez nous »

Les séminaires pourraient-ils se mettre à la tendance glamping incarnée par Huttopia ? Des éléments de réponse avec la cofondatrice du groupe, Céline Bossanne.
Séminaire organisé au Village Huttopia de Dieulefit, dans la Drôme.
Séminaire organisé au Village Huttopia de Dieulefit, dans la Drôme.

Emmener ses collaborateurs au camping, est-ce une chose facile pour les entreprises ?

Céline Bossanne – Soyons honnête, il y a toujours une appréhension. Pour les organisateurs, même si de plus en plus de gens ont entendu parler d’Huttopia, sans toujours franchir le pas d’ailleurs, venir chez nous est une petite prise de risque. Prenez une assistante chargée d’organiser un séminaire et qui doit dire à son patron qu’elle emmène son comité de direction au camping. Ou à ces collaborateurs qui ont l’habitude d’aller à l’hôtel et qui pourraient se demander s’ils sont punis, si les résultats de l’entreprise ont été si mauvais. Mais, dès qu’ils arrivent chez nous, les freins tombent.

Qu’est-ce qui séduit les participants dans l’offre d’Huttopia ?

Céline Bossanne – Ils découvrent des lieux conviviaux, pas du tout guindés, où on peut se balader et profiter de plein d’activités en dehors des réunions, manger en plein air, faire un barbecue. Cette simplicité plaît beaucoup aux participants. A la fin, les commentaires sont toujours élogieux : « un des meilleurs séminaires qu’on ait fait », « c’était vraiment génial », « on va revenir en famille ». Il faut que les entreprises arrivent à faire ce pas de côté pour venir vivre une vraie aventure, dans un environnement qui casse les codes et aide à être plus créatif, qui change du quotidien sans partir très loin.

Cette vraie aventure, commence-t-elle par dormir sous la tente ?

Céline Bossanne – Nous incitons fortement les groupes à prendre des tentes, la meilleure expérience selon nous. Mais nous avons un large choix d’hébergement. Vous avez des tentes single ou double, certaines avec salle de bain et d’autres sans. Les chalets peuvent être également single, double ou même triple. Des chalets qui offrent par ailleurs une certaine sécurité pour les séminaires organisés sur les ailes de saison, les nuits pouvant être fraîches. Tous ces hébergements sont dessinés et fabriqués par des filiales du groupe. On ne les trouve nulle part ailleurs, que ce soit les tentes ou les chalets construits en bois Douglas non traité.

Parmi la cinquantaine de sites que vous proposez en France, sont-ils tous adaptés à l’accueil d’événements corporate ?

Céline Bossanne – Nous avons sept villages propices à l’accueil de séminaires, avec une même philosophie, de nombreuses similitudes puisque nous travaillons avec le même architecte depuis 20 ans pour nos bâtiments, mais jamais la même ambiance. Ces sites se particularisent par un hébergement essentiellement locatif et peu ou pas d’emplacements de camping, des services supérieurs et, surtout, des salles de séminaires à la lumière du jour, avec de grandes fenêtres, une vue dégagée sur la nature. Dans certains villages, nous avons même des tentes pour accueillir les séminaires. En parallèle, les chalets peuvent faire office de salles de sous-commissions. Et, si la particularité d’Huttopia est de ne pas offrir de WiFi à ses clients, que la clientèle séminaires soit rassurée, nous avons des réseaux cachés qui leur sont destinés.

Village Huttopia Dieulefit, dans la Drôme. (c) Manu Reyboz

Quels types d’entreprises accueillez-vous dans ces établissements ?

Céline Bossanne – Des banques notamment. Comme nous sommes Lyonnais, les banques de la région pensent à nous lorsqu’elles ont des événements à organiser, des séminaires ou des comités de direction, notamment au village Huttopia Dieuliefit dans la Drôme et au village Huttopia Sud-Ardèche. Mais nous recevons des entreprises diverses et variées, des petites comme des grandes, pour des réunions d’équipes de 10 ou 15 personnes ou des privatisations allant jusqu’à 100-120 personnes. Notre offre permet de satisfaire des sociétés de tous horizons, selon leur budget. Elles peuvent choisir l’hébergement le moins onéreux comme des tentes sans salle de bain ou, à l’inverse, des chalets en single. De la même manière, pour la restauration, nous pouvons proposer des choses simples ou plus haut de gamme, en partenariat avec des traiteurs locaux, mais toujours en restant dans des coûts raisonnables. Rien n’est packagé ou figé. On s’adapte aux attentes et aux besoins des clients. 

Que représente la clientèle séminaires pour votre groupe ?

Céline Bossanne – Un petit pourcentage de notre chiffre d’affaires, d’autant qu’elle est concentrée sur ces sept villages seulement. Mais cette part grimpe d’année en année. Nous avons une équipe commerciale qui s’en occupe à plein temps, même quand les villages sont fermés. On a des belles demandes, mais il y a encore de la place pour développer ce marché des séminaires. C’est une clientèle qu’on souhaite voir devenir plus importante, car, en dehors des vacances et des week-ends, nous avons de la disponibilité. Ces événements ayant souvent lieu en semaine, nous sommes donc ravis de les accueillir.

Comment se passe la cohabitation entre les séminaires et vos clients habituels ?

Céline Bossanne – En dehors de l’été, nos sites sont rarement complets. Et, comme il y a beaucoup d’espace chez Huttopia, les villages s’étendant sur 15 ou 20 hectares, même si d’autres clients sont présents, il n’y a pas d’interférences avec les séminaires. D’autant que nous pouvons leur dédier un espace propre à l’événement. Dans un même ordre d’idées, nous avons récemment pris la décision d’ouvrir un de nos sites au grand public uniquement sur la période estivale, l’Huttopia Lanmary en Dordogne. Il est privatisable le reste du temps. Auparavant, nous recevions souvent des demandes d’organisation d’événements, mais nous étions coincés.

Avez-vous de nouveaux projets ?

Céline Bossanne – Nous venons d’ouvrir un nouveau village à Tupin-et-Semmons, l’Huttopia Pays de Condrieu, près des vignobles des Côtes Rôties, dans le parc naturel du Pilat. Etant une entreprise lyonnaise, nous avions très envie de créer un village plus proche de Lyon que ne l’est Dieulefit, à plus de deux heures de voiture. D’où ce nouvel établissement, fruit de la reprise d’un ancien camping naturiste dans un espace naturel isolé sur lequel nous avons installé beaucoup de chalets, un grand centre de vie, le tout avec une vue splendide sur les Alpes et le Pilat. L’Huttopia Pays de Condrieu sera notamment axé sur les séminaires avec, d’ores et déjà, deux salles, une grande et une petite. Mais nous envisageons d’en créer d’autres, car nous estimons qu’il a tout pour devenir un grand lieu de réunions pour la clientèle lyonnaise.

Avez-vous d’autres développements en cours ?

Céline Bossanne – Des développements il y en tout le temps, avec des reprises de camping en France et maintenant à l’international. Nous avons mis le cap vers l’étranger en étant présent en Europe en Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, au Portugal, bientôt en Suède, entre autres projets en cours. D’autre part, nous avons aussi aussi des villages aux Etats-Unis et au Canada. Ce n’est que sous ce format là que nous nous développons en Amérique du Nord, avec des sites souvent conçus et adaptés à la réception de groupes et de séminaires, notamment en Californie.

Village Huttopia Lanmary, en Dordogne (c) Manu Reyboz

Ces villages outre-Atlantique se positionnent donc aussi sur les séminaires ?

Céline Bossanne – Je pense notamment à un endroit extraordinaire à une heure et quart de Los Angeles, Paradise Springs, un oasis dans le désert qui a la capacité d’accueillir des mariages et événements. C’est un ancien camping créé dans les années 1920 par des acteurs d’Hollywood, les frères Beery, et fréquenté en son temps par Charlie Chaplin, qui était un des actionnaires du lieu. Le chalet qu’il utilisait vient d’ailleurs d’être rénové en respect de son esprit originel. Nous avons aussi ouvert l’an dernier un autre village au nord de San Francisco, dans la Napa Valley. Là aussi, le potentiel est énorme auprès de toutes les entreprises locales. Nous n’avions pas actionné ce marché séminaires au départ, mais nos équipes commencent à travailler dessus. 

En parallèle des séminaires, attirez-vous aussi une clientèle professionnelle de passage ?

Céline Bossanne – Oui, nous recevons pas mal de clients professionnels à Divonne, non loin de Genève, avec un hébergement financièrement intéressant aussi près de la Suisse, ou encore dans nos campings de ville City Kamps. Ils offrent tous une alternative à l’hôtellerie classique avec des hébergements individuels ou partagés, où on peut se faire à manger, où on peut garer son véhicule. Ce que les professionnels apprécient, notamment s’ils ont le coffre chargé d’échantillons. Le tout dans un environnement certes urbain, mais nature, avec souvent une piscine, un restaurant, de la vie. De quoi se sentir un peu en vacances.