L’Arabie saoudite est-elle prête à concurrencer les hubs aériens des E.A.U et du Qatar ?

On sait les immenses ambitions que cultive l'Arabie saoudite dans les domaines du tourisme et du transport aérien. Si la compagnie Saudia est bien prête à relever le défi, ses principaux hubs sont encore bien loin d'être attractifs. Plongée au cœur des aéroports de Riyad et Djeddah...

Ils sont beaux, grands, avec une architecture plutôt majestueuse. Les deux hubs de la compagnie aérienne nationale Saudia n’ont, en apparence, rien à envier à leurs concurrents régionaux, ceux d’Abu Dhabi, Bahreïn, Doha ou Dubaï. Et pourtant, la déception est grande pour tout passager en transfert sur les deux principaux aéroports d’Arabie Saoudite. Car les plateformes de Ryiad et Djeddah sont loin d’offrir le confort minimal qu’on attend d’un hub.

L’offre en services, boutiques, distractions s’apparenterait plutôt à celle qui existait dans les aéroports du bloc soviétique dans les années 80. Une situation singulière alors que Saudia cherche désormais à avoir la même stratégie que les Emirates ou Qatar Airways : celle de devenir une compagnie de correspondances. Une situation que les autorités devraient rapidement prendre en considération. Car la désillusion est d’autant plus grande que le service à bord de Saudia est de bon standing.

Ryad, une aérogare aux allures de désert

Les avions de Saudia à Ryad utilisent le Terminal 4, reliant la plateforme à 70 destinations, entre autres Genève, Paris-CDG, Nice (durant l’été) et Casablanca. Via l’aéroport, les passagers européens peuvent se rendre au Moyen-Orient, en Inde, Asie du Sud-Est et en Chine. L’aéroport de Riyad, officiellement King Khalid International Airport, a accueilli plus de 30 millions de passagers en 2023.

Assez grandiose, le terminal n’offre pratiquement rien, aussi bien côté services que côté distractions. On trouve un petit salon Al Fursan pour les passagers affaires, tandis qu’un second est aussi disponible au terminal 5 pour les lignes domestiques. Il existe bien quelques boutiques de duty free. Mais elles sont sans intérêt car offrant un choix très limité. Le tout est complété par une dizaine de restaurants, pour la plupart des fast-food.

« Pas si grave » penseront beaucoup de passagers en transit si il y avait un accès à internet et des espaces pour se détendre et s’isoler. C’est là que le bât blesse. Le wifi gratuit n’est valable que si l’on a un numéro de téléphone local pour recevoir une autorisation par sms, chose quasi impossible en correspondance. Quant aux espaces de repos ou de travail, c’est une notion à oublier. Le manque de services va jusqu’à l’absence de fontaines d’eau pour se rafraîchir. Mais les restaurants proposent gratuitement de l’eau… chaude ! Reste, comme unique distraction, à traîner dans l’aéroport jusqu’à l’embarquement du prochain vol.

  • L’intérieur du terminal 4 à Ryad (Photo: Luc Citrinot)

Djeddah, à apprécier pour son architecture

Ouvert par étapes entre 2018 et 2019, le Terminal 1 de l’aéroport de Djeddah King Abdulaziz International surprend par ses volumes grandioses, ses arches élancées. L’aéroport accueille près de 43 millions de passagers sur l’ensemble de ses aérogares, y compris celles des pèlerins de la Mecque. Le seul terminal 1, avec ses 810 000 m², peut accueillir plus de 30 millions de voyageurs par an et sert de plateforme de correspondance aux vols de Saudia. La compagnie relie Djeddah à près de 90 destinations, avec des vols vers Genève, Paris-CDG, Alger, Casablanca et Tunis notamment. Les passagers peuvent également y transiter vers le Moyen-Orient, le sous-continent indien, l’Asie du Sud-Est ainsi que Pékin.

La très belle architecture de l’aérogare, l’une des plus grandes du monde, représente pourtant le seul intérêt de la plateforme. Cette dernière n’offre en effet pas grand chose en terme de services. Autour d’une grande place centrale, on découvre quelques médiocres boutiques hors-taxe, trois à quatre magasins de mode et de souvenirs ainsi que les incontournables chaînes de restauration rapide. Comparé à Ryad, Jeddah a quelques fontaines d’eau potable fraîche (en portes 32A et 42A). En revanche, même souci pour l’internet. Il n’est disponible que si l’on possède un numéro de téléphone d’un opérateur saoudien.

Le Terminal 1 est pourtant un peu plus convivial que son homologue dans la capitale saoudienne. Installés sur des sièges-couchettes disséminés le long des jetées d’embarquement, les voyageurs peuvent observer le ballet ininterrompu des avions sur le tarmac.

  • L’intérieur du Terminal 1 à Djeddah (Photos: Luc Citrinot)

Si l’Arabie saoudite a certainement le potentiel pour faire de Ryad et de Djeddah de véritables hubs, il est nécessaire que le pays ne songe plus uniquement à investir dans ses infrastructures. Les services, l’art de vivre, l’accueil par le personnel local sont tout aussi importants – peut-être même plus – que de grandioses aérogares. L’Arabie saoudite est encore bien loin des facilités offertes dans les Emirats ou au Qatar. Quant aux voyageurs d’affaires en transit à Djeddah et Ryad, mieux vaut prendre de la lecture ou enregistrer des films à visionner hors connexion !