Ryanair réduit ses vols à Berlin face à la hausse des coûts d’exploitation

La low-cost Ryanair va réduire de 20% son offre à Berlin à partir de mars 2025. Et menace de réduire de 10% son offre dans le reste de l'Allemagne face à l'envolée des charges aériennes.
L'offre de vols va baisser à Berlin avec le retrait de deux avions de Ryanair sur l'aéroport de la capitale allemande (Photo: Luc Citrinot)

La forte hausse des coûts depuis 2020 en Allemagne continuent d’avoir des conséquences pour les aéroports allemands. Certes, au premier semestre 2024, le trafic aérien passagers a atteint 97 millions, soit 10% de plus qu’à la même période de 2023. Mais pourtant, la reprise sur tous les aéroports du pays reste très en-deçà de ce qu’elle était avant la crise du Covid. L’offre en sièges atteint 83% du niveau de 2019 contre 102% en moyenne en Europe.

Sont particulièrement touchés les aéroports régionaux qui perdent de nombreux vols vers les deux hubs de Lufthansa à Francfort et Munich. La compagnie allemande a déjà supprimé ses lignes de Francfort vers Friedrichshafen, au bord du Lac de Constance, et de Munich vers Sarrebruck. Cet hiver, Lufthansa cessera l’exploitation de la ligne de Münster en Rhénanie du Nord vers Francfort.

Mais l’offre intercontinentale est également en baisse. Düsseldorf, quatrième aéroport allemand avec plus de 25 millions de passagers en 2019 (19,5 millions en 2023), a perdu toutes ses liaisons sur les Etats-Unis ainsi que les lignes vers Abu Dhabi, Hong Kong,  Singapour et Tokyo. Ne restent aujourd’hui que des vols vers Le Caire et Dubaï. Hambourg fait face à un cas similaire. Le premier port d’Europe ne compte plus aucun vol vers l’Amérique du Nord !

Lufthansa vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle allait aussi revoir son réseau intercontinental en 2025. La compagnie blâme à la fois la hausse des taxes et la concurrence toujours plus grande des compagnies américaines ou du Golfe…

Jens Bischof, le président de l’Association fédérale de l’industrie du transport aérien (BDL), attribue cette évolution aux coûts d’exploitation nettement plus élevés en Allemagne qu’en Europe. La dernière en date est la hausse de la taxe sur le transport aérien d’environ 25% le 1er mai dernier. Avec l’augmentation des taxes de sécurité aérienne et des redevance de navigation aérienne (+100% depuis 2019), les taxes publiques ont ainsi quasi doublé depuis 2020. Sur un vol moyen-courrier, la BDL estime que le passager paye 30 euros en moyenne.

2025 verra une nouvelle augmentation de la taxe de sécurité de 5 euros. « C’est pourquoi les compagnies aériennes européennes de point à point, en particulier, se détournent des aéroports allemands », explique Jens Bischof. La BDL pense que les nouvelles augmentations pourraient se traduire par une perte de 4 millions de sièges.

Ryanair monte au créneau

Surprenant mais c’est Ryanair qui abonde avec la BDL. La compagnie irlandaise vient d’ annoncer qu’elle allait supprimer 20% de son offre à Berlin pour la saison été 2025. La capitale allemande verra le nombre d’avions de Ryanair passer de 9 à 7, soit une offre en baisse de 750 000 sièges. Six lignes disparaîtront dont les liaisons vers Bruxelles-Charleroi et Luxembourg.

Ryanair a précisé qu’elle pourrait en conséquence réduire l’an prochain son offre de 1,5 million de sièges sur toute l’Allemagne. Et transférer les capacités libérées en Allemagne vers d’autres pays. C’est une menace classique mais qui, de façon surprenante, a reçu le soutien des aéroports et des lobbies aériens. Joachim Lang, Directeur général de la BDL expliquait au quotidien Die Welt que Ryanair avait bien fait de mettre les « pieds dans le plat« .

Quant à l’aéroport de Berlin, il déplore cette décision. Et dit qu’il va travailler à des solutions pour réduire le fardeau financier des compagnies aériennes. Il est vrai qu’avec un trafic au premier semestre toujours inférieur d’un tiers aux chiffres de 2019 (11,8 millions de passagers en 2024 contre 17,8 millions en 2019), l’aéroport n’a pas beaucoup d’arguments à opposer à la low-cost irlandaise.