
Lentement mais sûrement, la notion de développement durable s’installe dans le domaine des déplacements professionnels. Pour autant, la prise de conscience reste plus développée au sein des grands groupes que dans les autres entreprises. Normal, car, depuis 2001, les sociétés cotées en bourse ont l’obligation de publier chaque année, en complément de leurs comptes, un rapport consacré au développement durable où figurent des éléments relatifs à leur consommation et aux mesures prises pour améliorer leur efficacité environnementale en plus du recours aux énergies renouvelables.
En 2012, elles devront aller encore plus loin et prendre en compte les émissions de CO2, notamment celles liées aux déplacements de leurs salariés. Pour s’y préparer, les entreprises privées ou publiques peuvent commencer par dresser un état des lieux avant de retenir certaines mesures opérationnelles. “Le bilan carbone permet aux sociétés d’évaluer leurs émissions de gaz à effet de serre, explique Jean- Louis Haie, conseiller en développement durable chez Factea Durable. Une fois ses émissions calculées, il est possible de les réduire en identifiant les marges de manoeuvre existantes au regard des contraintes de son activité.” Si cet audit “vert” ne constitue pas un passage obligé pour toutes les sociétés, celles-ci sont toujours plus nombreuses à se plier à ce type d’exercice, en fonction de leurs stratégies. “Nous réalisons chaque année un bilan carbone pour analyser et chiffrer nos émissions de CO2 engendrées par nos déplacements professionnels, explique Catherine Moulin, directrice de la santé et de l’environnement chez SFR. Mais, au lieu de continuer à compenser ces émissions auprès d’un organisme spécialisé, désormais nous privilégierons l’accompagnement de nos collaborateurs dans leur mobilité durable.” À noter que pour l’année 2009, SFR avait ainsi compensé l’ensemble de ses vols aériens – hors ceux de sa filiale ultramarine, la Société Réunionnaise du Radiotéléphone – auprès du programme Action Carbone de la Fondation Good Planet, soit 2 279 tonnes de CO2 pour un montant de l’ordre de 45000 euros.
Aux États-Unis, les consultants spécialisés dans le conseil en développement durable mettent en avant le jeu de mots : “le vert est l’ami du dollar”. Une politique voyages responsable permet en effet de faire des économies et offre des leviers aux entreprises afin de réduire leurs budgets voyages. De ce côté-ci de l’Atlantique, en cette période de compétitivité accrue et d’optimisation des déplacements professionnels, les entreprises ne se privent pas pour durcir leurs règles sous couvert de comportements liés à la préservation de l’environnement.
Les vertus des éco-voyages
Premier bon réflexe à avoir dans le cadre de leurs mises en place : se questionner sur l’utilité réelle du voyage projeté. Ensuite, si le déplacement est nécessaire, le voyageur aura alors à choisir entre plusieurs moyens de transport en fonction de la destination. C’est un fait avéré, le train dégage moins de CO2 que l’avion. Les différents calculateurs sur les sites de réservation des transporteurs ferroviaires le prouvent. Établi en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’EcoComparateur du site Voyages-sncf.com calcule les émissions de gaz carbonique afin de permettre aux voyageurs de discerner l’impact de leurs déplacements sur l’environnement. Même s’il s’agit d’estimations, ce calculateur révèle qu’un trajet Paris-Nice en avion présente un indice de CO2 de 206 contre seulement 10 par le train. “Comme 95 % de nos déplacements s’effectuent en France, les voyages en avion sont interdits, sauf sur l’axe Paris-Toulouse”, explique Michel Moussa, directeur des services aux collaborateurs chez SFR.
Reste que, pour des destinations lointaines, hors de France et de la proche Europe, la question du choix entre le train ou l’avion ne se pose évidemment pas. Aussi Factea Durable encourage-t-il les entreprises à optimiser les déplacements : “Si sa présence est nécessaire, mieux vaut que le collaborateur regroupe plusieurs réunions en maximisant les sujets à aborder, et trouve, dans la mesure du possible, un point de rencontre d’accès facile pour tous les participants.”
Des économies potentielles sur les réunions internes
S’il est difficile de voyager de manière totalement “éco-responsable” pour rencontrer des clients ou des prospects, il est plus aisé de veiller au respect de l’environnement en interne. Pour communiquer avec des collègues d’une autre branche ou d’une autre unité, les moyens technologiques, comme la téléprésence, réduisent virtuellement les distances. “Assortie d’une qualité audio et vidéo d’une grande clarté, la téléprésence permet de dialoguer avec des participants en grandeur nature, explique-t-on chez Tandberg, spécialiste de ce nouveau type de solutions. Chaque bruit, geste ou expression faciale est visible et audible.” Mais, revers de la médaille, l’installation de ce nec plus ultra de la communication revient à près de 300 000 euros. Très, souvent trop cher pour le commun des entreprises. Aussi, des centres d’affaires, comme par exemple Régus, proposent à la location des salles de réunions virtuelles aux entreprises créant des filiales à l’étranger, ou s’internationalisant.
Cependant, un bon nombre de sociétés préfère encore recourir à une technologie plus abordable, la traditionnelle visioconférence. Mais celle-ci représente, malgré tout, un investissement lourd, nécessitant d’être renouvelé périodiquement. “Dans un souci d’éco-attitude, mais aussi de réduction de coûts, nous privilégions les visioconférences et la téléprésence pour les réunions internes, poursuit Michel Moussa. En 2010, ces deux modes de communication ont représenté 9 000 heures et les audioconférences près de 442 000 heures de connexion.” Pour les réunions en interne avec des antennes situées en France ou à l’étranger, les utilisateurs potentiels seront rassurés si deux conditions sont remplies : qualité et irréprochabilité du matériel et, bien sûr, disponibilité immédiate d’une assistance technique en cas de besoin.
Déjà titulaire de la certification ISO 9 001, axée sur la qualité, le loueur longue durée de véhicules Arval travaille actuellement sur la certification ISO 14 001, norme visant à promouvoir une bonne gestion environnementale et la réduction des impacts sur l’eau, l’air, le sol et les ressources naturelles. Dans ce contexte, Arval continue de mettre en place un plan de déplacements vers sa trentaine d’implantations commerciales en France. Cette société incite ses collaborateurs à privilégier le covoiturage dans leurs déplacements domicile-entreprise et pousse ses commerciaux à organiser judicieusement leurs tournées. En parallèle, le parc automobile des loueurs comme Arval ou encore Europcar, Hertz et Avis, est généralement renouvelé tous les trois ou quatre ans. En fonction de leurs besoins, ces sociétés fournissent à leurs clients les véhicules les plus écologiquement vertueux et incitent les conducteurs à une conduite responsable. Abaisser la consommation d’un litre de carburant aux 100 kilomètres revient ainsi à réduire de 10 % le rejet de CO2 !
Attentives au développement des véhicules électriques, les entreprises s’intéressent aussi à l’“auto-partage”, formule permettant à plusieurs collaborateurs de réserver, via Internet, l’usage d’un même véhicule. SFR, par exemple, teste cinq Smart électriques utilisées par les salariés lors de leurs déplacements entre les sites parisiens du groupe : en seulement trois mois, plus de 3 000 km ont été parcourus sur la base de trajets d’une douzaine de kilomètres.

Démontrer les vertus environnementales du transport ferroviaire face à la concurrence de l’avion ou de la voiture : la SNCF prêche la bonne parole avec son EcoComparateur, site élaboré en partenariat avec l’ADEME.
Veiller à optimiser les déplacments en voiture
Inévitablement, le “verdissement” des politiques voyages nécessite que les différents maillons de la chaîne jouent le jeu. Ainsi, les entreprises privées et publiques accordent aujourd’hui une place non négligeable aux critères environnementaux dans leurs appels d’offres lancés pour sélectionner un réseau d’agences de voyages et/ou un fournisseur. “Dans la notation globale d’un réseau d’agences de voyages, le critère vert est présent à côté du facteur prix, de la qualité du service, de la valeur du dispositif technique, poursuit Jean-Louis Haie. En moyenne, il pèse pour 10 % dans la décision du travel manager ou du directeur des achats d’un groupe, sachant qu’il peut représenter entre 5 % et 15 % de ce choix”. Les loueurs de voitures, mais aussi les compagnies aériennes, avec des flottes moins gourmandes, et les hôteliers surfent sur la vague écologique.
Dans le secteur de l’hôtellerie, une enseigne comme Ibis, du groupe Accor, s’est lancé dans un processus de certification environnementale avec, aujourd’hui, 326 hôtels dans 16 pays qui répondent aux multiples exigences de la norme ISO 14 001. Et, en France, de nombreux établissements, notamment des Best Western, arborent l’Ecolabel européen qui récompense une faible consommation d’énergie ou d’eau, une production de déchets réduite ainsi que le recours aux énergies renouvelables. Concrètement, cela se traduit par des chasses d’eau à l’eau de pluie, des ampoules à économie d’énergie ou des panneaux solaires. Par ailleurs, lorsque les hôteliers laissent le choix à leurs clients de conserver ou de faire changer leur linge de toilette, ils les mettent face à leurs responsabilités vertes.

Co-voiturage, auto-partage, véhicules électriques, ou flotte moins gourmande chez les loueurs longue durée : les solutions sont nombreuses pour réduire l’impact environnemental des déplacements en voiture des collaborateurs d’une entreprise.
Les espaces de réunions ne sont pas en reste. L’an dernier, le palais des festivals et des congrès de Cannes a été le premier d’Europe à décrocher la triple certification qualité (ISO 9 001), sécurité-santé (OHSAS 18 001) et environnement (ISO 14 001). Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Mais Cannes a accueilli récemment le premier salon international sur la croissance verte (GETIS) et cette démarche a eu également le mérite d’attirer des manifestations professionnelles ou/et des clients étrangers, en particulier scandinaves.

Reste encore à convaincre les récalcitrants. Si certains usagers sont encore réticents à toute évolution de la politique voyages, il reste à les sensibiliser et à les informer pour procéder à un changement de comportement. À ce stade, un simulateur dans l’outil de réservation en ligne est précieux pour qu’ils soient en mesure de comparer les émissions de carbone par mode de transport. Pour les sensibiliser sur les quantités de CO2 généré par leurs déplacements, SFR dispose sur son intranet et sur son outil de réservation en ligne KDS, d’un éco-calculateur respectant le protocole de l’ADEME. Comme conclut Jean-Louis Haie, “au lieu de culpabiliser les ‘mauvais élèves’, il peut être plus judicieux d’imaginer, par exemple, un concours ‘voyageur responsable’ récompensant les services, entités ou départements les plus vertueux d’une entreprise privée ou publique !”. Une manière efficace de motiver les collaborateurs pour qu’ils adoptent ces nouvelles pratiques.






















