Amex GBT-CWT : le Royaume-Uni refroidit les projets de fusion

Les autorités britanniques publient un rapport provisoire négatif à l’égard du projet de fusion entre les deux TMC. Lesquelles persistent et signent : la concurrence sur le marché du voyage d’affaires ne serait pas menacée.
Le rachat de CWT par American Express GBT (Amex GBT) est en cours d'étude par l'autorité britannique de la concurrence.
Le rachat de CWT par American Express GBT (Amex GBT) est en cours d'étude par l'autorité britannique de la concurrence.

Assistera-t-on un jour à la fusion entre les deux mégas-TMC que sont American Express GBT et CWT ? Rien n’est moins sûr à la lecture du rapport provisoire rendu le 6 novembre par l’Autorité de la concurrence et des marchés du Royaume-Uni (Competition and Markets Authority, CMA). Celle-ci scrute depuis plusieurs semaines les conséquences potentielles d’un tel rapprochement, qui suppose l’émergence d’un mastodonte du business travel, et donc un environnement concurrentiel largement fragilisé. D’autant qu’Amex GBT n’en est pas à sa première acquisition

L’inquiétude des autorités britanniques concerne tout particulièrement les grands comptes, et le choix qui leur serait proposé dans un monde post-fusion. Comme le résume Martin Coleman, président du groupe d’enquête : “Nous avons provisoirement constaté que seul un petit nombre d’agences de voyages d’affaires sont considérées comme capables de répondre aux besoins des plus grandes entreprises, et cet accord pourrait réduire la concurrence et augmenter les coûts”. La CMA précise d’ailleurs son propos, en évoquant deux critères définissant les entreprises concernées : des budgets voyages supérieurs à 25 millions de dollars, et dont les besoins s’étendent à plusieurs régions distinctes du globe.

Une part de marché cumulée de 60 à 70%

La CMA a fait ses calculs. Et il faut bien reconnaître que le statut de ce futur géant laisserait peu de marge de manœuvre aux grands comptes. “Nous avons calculé les parts de l’offre sur la base de la TTV [total des dépenses voyages, ndlr] générée au Royaume-Uni en 2023 par les clients dont la TTV globale est supérieure à 25 millions de dollars. Nous avons provisoirement constaté que la part combinée de l’offre des parties au Royaume-Uni sur cette base est de 60-70 %« .

Lors des premiers doutes émis par l’Autorité de la concurrence et des marchés du Royaume-Uni, American GBT s’était fendue d’une (longue) réponse argumentée. Un exercice de style intéressant, puisque la TMC se devait de mettre en avant la puissance, la qualité, l’expertise de ses concurrents directs… qui garantiraient un marché sain car concurrentiel. Cette fois encore, Amex GBT a donc saisi la plume pour exprimer son “désaccord fondamental” avec le rapport de la CMA.

Le directeur juridique et responsable mondial des fusions et acquisitions d’Amex GBT, Eric J. Bock, témoigne : « Nous sommes déçus par le rapport intermédiaire de la CMA. La CMA n’a pas apprécié les preuves qui reflètent l’étendue du secteur des voyages d’affaires et sa nature dynamique et concurrentielle. Ces dernières années, de nombreuses sociétés de gestion de voyages ont élargi leur offre, tandis que d’autres sociétés ont fait leur entrée dans le secteur et développent rapidement leurs activités. Nous examinons attentivement le rapport intermédiaire et répondrons aux préoccupations de l’AMC. Nous sommes convaincus que l’opération proposée apporterait de nombreux avantages aux clients et aux fournisseurs et que le secteur des voyages d’affaires resterait très compétitif. Nous poursuivrons notre dialogue avec la CMA afin de démontrer que ses préoccupations ne sont pas justifiées ».

Ce dialogue devrait se poursuivre assez rapidement, dans la mesure où la CMA invite les protagonistes à faire part de leurs observations avant le 27 novembre. Quant à Amex GBT, elle entend toujours avoir bouclé l’opération au cours du premier trimestre 2025.