Avec la hausse de la taxe sur le transport aérien, Ryanair veut réduire ses vols de 50%

Ryanair s'immisce dans le débat sur l'augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA). La compagnie irlandaise annonce qu'elle réduira de 50% son offre au départ de France si cette dernière était mise en place.
(Photo: Luc Citrinot)

C’était une réaction prévisible. La compagnie ultra low-cost Ryanair vient d’annoncer qu’elle pourrait réduire de façon drastique son offre en France si le gouvernement applique sa proposition de loi sur l’augmentation de la taxe de solidarité aérienne TSBA. Dans un communiqué, Ryanair exhorte le gouvernement français à abandonner son projet d’augmentation de 260% des taxes sur les passagers à partir du 1er janvier 2025.

Les menaces de Ryanair

La compagnie argue que cette augmentation de la taxe sur les passagers va à l’encontre de la croissance. Elle représente, selon elle, une attaque ciblée contre les citoyens français ordinaires et la France régionale. Evoquant la perte de compétitivité de la destination France aussi bien sur le plan économique que touristique, Ryanair indique qu’elle en tirera donc toutes les conséquences.

La compagnie irlandaise est en train de revoir ses horaires en France et « s’attend » à réduire sa capacité au départ et à destination des aéroports régionaux français de 50 % à partir de janvier 2025. Si le gouvernement français poursuit son projet de tripler les taxes sur les passagers. Jason McGuinness, directeur commercial de Ryanair, a justifié cette mesure de rétorsion : « La proposition du gouvernement français d’augmenter sa taxe sur les passagers, déjà excessive, est à courte vue, mal pensée et destinée à faire dérailler encore plus la reprise de l’industrie aéronautique française. La France et l’Allemagne sont parmi les marchés de l’aviation les plus mal en point en Europe. Avec ces récentes augmentations des taxes sur l’aviation, elles seront encore plus distancées par des économies concurrentes telles que l’Espagne et la Pologne, où il n’y a pas de taxes, ainsi que l’Italie, la Suède et la Hongrie, qui ont aboli les taxes sur l’aviation ».

En France, selon les statistiques de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), Ryanair est le second plus important transporteur aérien low-cost avec 15,14 millions de passagers. Son trafic a progressé de 40% entre 2019 et 2023. Seul easyJet fait mieux avec plus de 23,2 millions de passagers, devant Transavia, troisième plus important acteur du low-cost en France. La filiale d’Air France a en effet acheminé 12,5 millions de passagers en 2023.

Ryanair par exemple dessert 25 villes depuis Paris-Beauvais, 22 destinations depuis Toulouse ou encore 21 villes depuis Marseille. Sur un aéroport comme Limoges, Ryanair exploite trois des quatre destinations reliées à la capitale du Limousin.

Le low-cost, un segment indispensable du transport aérien régional en France

Selon l’Union des aéroports français (UAF), le trafic low-cost est incontournable de l’activité aérienne en France. Il représente 43,2% du trafic passagers des aéroports en France métropolitaine (contre 35.1% en 2019). Mais sa part est effectivement plus élevée en régions. Sur les grands aéroports régionaux, le low-cost génère 61,4% du trafic passagers. Sur les aéroports de proximité, comme Béziers, Dole ou Poitiers par exemple, cette part s’élève même à 60,8% tandis que sur les plateformes régionales telles que Lille, Montpellier ou Strasbourg, le low-cost atteint 56,7% du nombre total de passagers. Au contraire, le trafic low-cost ne génère que 29% du nombre total de passagers sur les aéroports d’Orly et Roissy-CDG. L’UAF recense ainsi 17 aéroports dont le trafic low-cost dépasse les 70% de part de marché.

La menace de Ryanair, réelle, car déjà appliquée en Allemagne, va-t-elle infléchir la position du gouvernement français? Rien n’est moins sûr car il existe une certaine hostilité à l’égard de Ryanair. Beaucoup de politiciens et de fonctionnaires considèrent en effet la compagnie comme une entreprise « voyou » en raison de la pression qu’elle exerce sur les acteurs économiques locaux. Mais que diront les régions et les villes qui voient aussi les bénéfices qu’apporte Ryanair au niveau local? Le débat reste ouvert entre Paris et les régions.

Les aéroports français dont le low-cost génère plus de 70% du trafic passagers

(Source: UAF)