
On pouvait s’attendre à ce que le projet de rachat de CWT par son principal concurrent, American Express GBT, fasse quelques vagues dans l’écosystème du business travel, et par ricochet au sein des autorités en charge de la concurrence. De là à devenir la nouvelle série à rebondissements des deux cotés de l’océan atlantique…
Après un premier « stop » imposé temporairement par les autorités britanniques, la fusion des deux TMC a connu pareil déboire aux Etats-Unis. De quoi mettre du plomb dans l’aile au projet. Oui mais… Le Royaume-Uni change son fusil d’épaule le 18 février, en rendant un nouveau rapport intermédiaire, cette fois favorable au rachat.
Ce qui fait débat, entre autres considérations politico-économiques, c’est finalement la puissance supposée de CWT. Cette dernière s’avère en effet décisive quant à l’effet papillon à attendre de la fusion. Les autorités américaines (le Département de la Justice, DOJ) dressaient il y a tout juste un mois un état des lieux plutôt reluisant de la situation de CWT et de sa stratégie. Lequel témoignerait d’une concurrence persistante entre les deux agences de voyages d’affaires, que viendrait mécaniquement annihiler l’éventuel rachat. Le DOJ estimait mi-janvier que « CWT a récemment commencé à mettre en œuvre des stratégies nouvelles et innovantes pour améliorer le service et réduire les prix afin de gagner des parts de marché auprès d’Amex GBT. En conséquence, Amex GBT a récemment perdu plusieurs appels d’offres importants pour les grandes entreprises au profit de CWT. Si Amex GBT est autorisée à acquérir CWT, cette concurrence intense serait perdue, ce qui risquerait d’entraîner une hausse des prix, une baisse de l’innovation et une réduction des choix – des coûts qui seront supportés par les nombreuses entreprises et les employés pour lesquels ces services sont essentiels à leur productivité et à leur fonctionnement ».
Un portrait trop flatteur à en croire le nouvel avis rendu cette fois au Royaume-Uni. L’Autorité de la concurrence et des marchés (Competition and Markets Authority, CMA) est en effet revenue sur ses précédentes conclusions : « En novembre, le rapport intermédiaire de la CMA a conclu provisoirement que la fusion proposée entre GBT et CWT était susceptible de réduire considérablement la concurrence. À la suite du rapport intermédiaire, la CMA a continué à recueillir des preuves et a procédé à une analyse plus approfondie qui suggère que CWT n’aurait pas obtenu d’aussi bons résultats en l’absence de la fusion, contrairement à ce que le groupe avait initialement estimé. En conséquence, et après avoir examiné tous les éléments de preuve, le groupe a provisoirement conclu que CWT est un concurrent nettement plus faible que par le passé et qu’il est susceptible de continuer à s’affaiblir à l’avenir. D’autres fournisseurs offriront aux clients une alternative à l’entreprise fusionnée ».
Après ces différents rebondissements, la décision finale sera rendue d’ici le 9 mars 2025, pour le marché britannique en tous cas…


















