International SOS : climat d’incertitude et superposition des crises en 2026

International SOS vient de publier son rapport et sa carte des risques pour 2026, dressant un tableau préoccupant d'un monde où les crises se superposent et s'accélèrent, laissant les entreprises sous pression face à une volatilité devenue la norme.
Carte des risques d'International SOS pour 2026.
Carte des risques d'International SOS pour 2026.

Le changement est symbolique d’un monde en « permacrise ». Jusqu’ici, la carte des risques présentée chaque année par International SOS présentait en toile de fond l’état du monde sous le prisme de la santé. Avec cette édition 2026, ce sont les risques de sûreté qui vont directement attirer l’œil des professionnels en charge de la sécurité de leur entreprise. Présentant le rapport Risk Outlook 2026 accompagnant le dévoilement de cette carte synthétique, Christophe Suptil, directeur général Stratégie, dessine un tableau préoccupant : « L’an dernier, nous parlions d’un monde fragmenté. Cette année, nous mettons en lumière un monde fragmenté avec des risques accélérés ».

Les entreprises en sont d’ailleurs bien conscientes à la lecture d’un sondage réalisé par Echo Research pour le soin du leader mondial de la sécurité-sûreté auprès de plus de 800 décideurs dans 94 pays. 64% des répondants ont ainsi constaté une augmentation des risques sécuritaires au cours des douze derniers mois, et 65% anticipent une poursuite de cette tendance en 2026. Mais, surtout, 57% estiment que de nouveaux risques émergent plus vite qu’ils ne peuvent les gérer. Et quelquefois là où on ne les attend pas forcément.

Beatrix Renaut, responsable sûreté d’International SOS, prend ainsi l’exemple de la Tanzanie, « longtemps perçue comme l’un des pays les plus stables d’Afrique », qui a basculé en quelques jours dans une période de troubles majeurs suite à l’élection présidentielle de fin octobre. De la même manière, de façon inédite pour ces pays, des mouvements de protestation de la « Gen Z » ont secoué autant le Pérou que le Népal, le Maroc ou Madagascar. « Ils ont émergé quasi simultanément et marquent l’érosion de la confiance dans les systèmes politiques traditionnels », souligne Beatrix Renaut.

La vitesse des recompositions sur le plan géopolitique a aussi de quoi laisser coi. Les alliances issues de la fin de la Guerre froide évoluent, les sphères d’influence se redessinent au rythme de l’évolution des priorités diplomatiques des grandes puissances. On l’a vu en Ukraine ou avec le réveil de conflits frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande ou l’Inde et le Pakistan, on le voit avec le déploiement de la flotte américaine au bord des côtes du Venezuela : « la guerre conventionnelle n’est plus considérée comme un dernier recours », ne peut que constater Beatrix Renaut. Et, même en Europe et en France, la perspective d’un conflit majeur à venir n’est plus une chimère aux yeux des gouvernements.

Rien d’étonnant, dès lors, à voir pour la première fois les tensions géopolitiques citées comme principal facteur de perturbation pour 47% des répondants, dépassant désormais la cybercriminalité (27%) sur la liste des préoccupations des entreprises. Accès aux marchés, stabilité des chaînes d’approvisionnement, sûreté des collaborateurs : de multitude d’enjeux pour les entreprises peuvent être affectés par la tectonique de la géopolitique mondiale.

Cellule de crise d'International SOS.
Cellule de crise d’International SOS.

Si, sur le plan sanitaire, l’évolution des risques est moins marquée, elle suit une même dynamique, 43 % des dirigeants interrogés rapportent un accroissement des risques liés à la santé et au bien-être en 2025, tout en étant 44% à s’attendre à une nouvelle dégradation pour l’année à venir. Les événements météorologiques extrêmes pèsent sur autant sur les déplacements que sur les conditions de travail, avec ça ou là des vagues de chaleur extrêmes, des inondations causant des dizaines de morts et détruisant des infrastructures critiques pour la santé, des incendies dévastateurs.

Le docteur Philippe Guibert, directeur médical consulting d’International SOS, souligne dans ce cadre que « la récente COP 30 a placé l’évolution du climat comme un enjeu de santé publique globale ». Mais d’autres éléments d’inquiétude émergent sur le plan sanitaire comme l’émergence de souches résistantes aux antibiotiques qui menacent de rendre les infections courantes beaucoup plus difficiles, voire impossibles à traiter. Une « crise silencieuse » sur laquelle l’OMS ne manque pas d’alerter. En parallèle, des maladies anciennes comme la tuberculose ou le choléra font leur réapparition, le tout s’ajoutant à la propagation de fake news anti-vaccins qui ont notamment conduit l’Amérique du Nord à perdre récemment son statut de zone d’éradication de la rougeole en raison de la reprise de la transmission.

Tout cela mis bout à bout, le rapport annuel d’International SOS identifie trois dynamiques majeures qui caractériseront l’année à venir : un climat d’incertitude, la vitesse des changements et la superposition des crises. Ce qui rend encore plus complexe la vie des entreprises. En effet, 57% des répondants estiment que de nouveaux risques émergent plus vite qu’ils ne peuvent les gérer. Et cette exposition aux risques augmente plus rapidement que les ressources allouées pour y faire face avec, au mieux, des budgets qui stagnent, voire diminuent. « Les organisations se retrouvent souvent dans une situation où elles doivent faire plus avec moins », estime Beatrix Renaut.

Pour autant, 76% des répondants se disent toujours confiant dans la capacité de leur organisation à agir efficacement face aux risques actuels. Mais, alors que les trois-quarts d’entre eux indiquent que le délai pour prendre des décisions critiques se réduit, 80% considèrent que la capacité à détecter des risques plus rapidement leur donnerait un avantage compétitif.

« La véritable question n’est plus quel risque devons-nous gérer, mais plutôt à quelle vitesse sommes-nous capables de les détecter, de les comprendre et d’agir », résume Christophe Suptil, International SOS offrant dans ce cadre tout un panel de solutions. Alors que la collaboration inter-équipes (34%) et le partage d’information en interne (32%) s’imposent comme des facteurs déterminants pour une réaction rapide à l’émergence de nouveaux risques derrière la capacité à pouvoir vérifier une information (41%), l’utilisation de l’IA pour identifier les risques ne reçoit que 3% des suffrages. Dans la gestion de crises, l’humain conserve toute sa place.