The Shift Project : réduire le trafic aérien en parallèle de l’essor des carburants durables

Alors que les carburants durables sont une solution incontournable, mais pas encore la panacée pour réduire les émissions du transport aérien d'ici 2050, le think tank The Shift Project et l'association Aero Decarbo plaident pour une réduction du trafic.
Si les carburants durables vont réduire les émissions du transport aérien, The Shift Project et l'association Aero Decarbo plaident aussi pour une réduction du trafic.
Si les carburants durables vont réduire les émissions du transport aérien, The Shift Project et l'association Aero Decarbo plaident aussi pour une réduction du trafic.

Sans SAF (Sustainable Aviation Fuels), pas de croissance du transport aérien ; sans e-SAF, pas de futur ; mais pas d’avenir durable sans, en parallèle, une modération du trafic aérien. Déjà jusqu’en 2040, le temps que l’expansion de ces carburants durables permette de réduire les émissions de manière significative, mais également après. Alors que, même dans les scénarios les plus optimistes, la production de SAF ne peut augmenter ni assez vite ni en assez grande quantité pour respecter l’Accord de Paris. C’est, en résumé, la conclusion du rapport « Pouvoir voler sans pétrole » réalisé par l’association Aéro Décarbo en partenariat avec le think tank The Shift Project de Jean-Marc Jancovici.

Alors que le trafic aérien devrait croître au rythme de 3% par an au niveau mondial au cours des deux prochaines décennies pour doubler de taille en 2050, les conclusions d’Aero Décarbo et du Shift Project rejoignent celles de l’ADEME qui, en 2022 déjà, évoquait une nécessaire modération avant que les SAF n’atteignent leur vitesse de croisière et que le secteur ne repose plus essentiellement sur le kérosène fossile. Selon ce rapport, une baisse d’au moins 15 % du trafic d’ici cinq ans à l’échelle mondiale serait ainsi nécessaire pour rester compatible avec une trajectoire climatique limitant le réchauffement à +1,7°C. Soit un retour transitoire au niveau des années 2010.

Réduction des incitations aux voyages et la publicité, limitation de la demande et encadrement de l’offre, réduction de l’expansion des aéroports, soutien aux alternatives comme le ferroviaire : plusieurs solutions sont exprimées par Aéro Decarbo et The Shift Project pour accompagner la réduction du trafic en voyageant moins souvent et moins loin.

Selon l’association, pour la France, diviser par deux la moyenne de 3000 km par personne et par an serait le bon chiffre à atteindre. Et cela, en intégrant dans ce calcul un arbitrage acceptable pour l’origine des carburants durables face aux conflits d’usage sur la biomasse pour la production de bioSAF et à toute l’électricité bas-carbone nécessaire au déploiement des e-SAF.

Aero Decarbo table ainsi sur une allocation de 30 TWh d’électricité et de 30 % des biocarburants liquides. Sinon, selon l’étude, au rythme anticipé pour la croissance du trafic aérien français et pour être dans les clous des mandats d’incorporation de SAF voulus par l’Union Européenne, il faudrait consacrer chaque année rien de moins que 20% de la production d’électricité et 30% de la biomasse valorisable en biocarburant… uniquement pour l’aviation.

Alors que le secteur se pose la question de savoir si pourra être atteint le cap des 20% de SAF embarqués par les compagnies européennes fixé par le règlement ReFuel UE (voir article), l’importance de la production de SAF – et plus encore de carburant de synthèse –est ainsi remise en avant par Aero Decarbo et The Shift Project. Un incontournable pour la pérennité du secteur dans son ensemble, mais un enjeu aussi pour la souveraineté énergétique française.