La DGAC fait un bilan de l’impact de la hausse de la TSBA sur l’aérien français

La hausse de la taxe TSBA par le gouvernement français en mars 2025 a un impact très négatif sur le transport aérien selon la DGAC.
Passagers à l'embarquement à Paris-Orly (Photo: L.C.)

C’est loin d’être une surprise. Une enquête des autorités de l’aviation civile en France (DGAC) ont tiré le bilan d’un an de hausse de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA). Et le constat est affligeant pour le transport aérien français.

Entrée en vigueur en mars 2025, l’augmentation place désormais la France parmi les pays européens appliquant la fiscalité la plus élevée sur le transport aérien, aux côtés de l’Allemagne, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et du Danemark. Le Royaume-Uni est le champion toutes catégories, sauf sur les liaisons Europe en classe économique, où les taxes néerlandaise et allemande sont les plus élevées.

La réforme s’est traduite par une augmentation de 4,77 euros sur un billet en classe économique pour les vols intra-européens en France, y compris domestiques, et peut atteindre jusqu’à 120 euros pour un billet long-courrier de plus de 5 500 kilomètres en classe affaires.

La France caracole parmi les pays taxant le plus le transport aérien

Sur l’Europe (classe économique), la France est 4ème au rang des taxations, derrière les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni. A l’international moyen-courrier en classe économique, elle se classe en 6ème position (total des taxes TSBA et TAC équivalent à 24,25€) derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Norvège. Enfin sur le long-courrier en classe économique, la France se hisse à la troisième place (49,25€ en cumul) derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Les recettes de la TSBA sont estimées à environ 1,3 milliard d’euros en année pleine. Elles sont affectées pour 20 % à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), notamment pour des projets routiers et ferroviaires, tandis que 80 % alimentent le budget général de l’État. En cumulant l’ensemble des taxes liées au transport aérien, les recettes publiques devraient avoir dépassé 3 milliards d’euros en 2025.

L’aviation d’affaires est particulièrement touchée, avec des hausses comprises entre 207 et plus de 2 000 euros par passager. Cette augmentation fiscale s’est largement répercutée sur les prix des billets, contribuant jusqu’à deux points supplémentaires d’inflation dans le transport aérien, alors même que l’inflation globale reste relativement contenue en France.

Les hausses tarifaires ont été plus sensibles sur les liaisons métropolitaines, où le trafic est en recul depuis 2023 sous l’effet de facteurs économiques, sociaux, politiques et environnementaux. Les vols long-courriers, y compris vers les territoires ultramarins, ont été relativement moins affectés.

Les aéroports moins compétitifs

La hausse de la TSBA a également entraîné une augmentation des coûts dits « de touchée », c’est-à-dire les prestations facturées aux compagnies aériennes pour l’atterrissage, le stationnement, la circulation au sol ou l’embarquement des passagers. Ces coûts constituent un élément important dans les décisions d’implantation des compagnies et influencent le choix des liaisons exploitées.

La compétitivité des aéroports français s’est ainsi dégradée, aussi bien sur le réseau moyen-courrier face aux plateformes européennes concurrentes que sur le long-courrier face aux grands hubs internationaux. Les aéroports régionaux sont particulièrement pénalisés, décrit la DGAC. Les coûts pour ces derniers sont désormais en moyenne 42 % supérieurs à la moyenne européenne, contre 12 % seulement en 2023, une évolution largement attribuée à la hausse de la TSBA. Ces plateformes dépendent en grande partie des compagnies à bas coûts, particulièrement sensibles aux différences de charges.

Quand Ryanair et easyJet élaguent

C’est sur ce segment qu’on constate une forte dégradation. Certes, au deuxième trimestre 2025, la croissance de l’offre de sièges au départ de la France s’est établie à 1,5%. Mais elle est restée nettement inférieure à celle observée dans le reste de l’Europe, avec une croissance de près de 4,5 %. Ce décalage concerne aussi bien les vols domestiques que les liaisons européennes et internationales. Cette faible dynamique est intervenue pourtant dans un contexte post-olympique où un rebond du tourisme international était attendu. Avec environ 22,8 millions de sièges offerts durant l’été 2025, la France s’est située au sixième rang européen pour l’offre globale de sièges. Elle a ainsi été dépassée par l’Italie.

Plusieurs transporteurs, dont Air France, easyJet et Ryanair, ont adapté leur stratégie commerciale en conséquence, notamment par une réduction de capacité pour les compagnies à bas coûts.

L’offre en sièges de Ryanair a ainsi baissé de 7,9% au second trimestre et de 8,3% au troisième trimestre. Chez Easyjet, la baisse a été respectivement de 7,5% et 5,1%. En revanche, les low-costs Wizz Air et Transavia ont progressé. Côté compagnies traditionnelles comme Air France, Lufthansa ou Iberia, la DGAC indique un tassement, voir une contraction de l’offre en sièges. Sans toutefois la quantifier en chiffres.

Dans l’aviation d’affaires commerciale, la situation est également contrastée : si le nombre total de mouvements est resté stable au troisième trimestre 2025, l’activité sous pavillon français a chuté de 21,8 %, alors que les opérateurs étrangers ont progressé de 4 %, illustrant un transfert d’activité au détriment des acteurs nationaux.

La reconduite par le gouvernement Lecornu de la TSBA à son niveau actuel pour le budget 2026 devrait donc se traduire par une poursuite du ralentissement de l’activité aérienne en France, voir même une accélération de cette spirale descendante.