New York, Chicago, Boston ou Los Angeles pourraient-ils perdre leurs vols internationaux?

Le nouveau Secrétaire d'Etat à la Sécurité Intérieure des Etats-Unis, Markwayne Mullin, envisage de retirer les services de douanes et de contrôle des frontières des grands aéroports américains. Sans vraiment se soucier des conséquences...
Le Terminal 5 sur l'aéroport de New York JFK (Photo: Beyond My Ken, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons)

L’administration Trump ne cesse de surprendre par ses décisions ou ses suggestions à l’emporte-pièce. Et visiblement, le nouveau Secrétaire d’Etat à la Sécurité Intérieure des Etats-Unis (U.S. Department of Homeland Security ou DHS), qui a remplacé Kristi Noem le 24 mars dernier, ne fera pas exception à la règle. 

Markwayne Mullin s’est récemment exprimé dans les média américains sur le conflit opposant Démocrates et Républicains sur le financement de son propre département.

Les Démocrates ont en effet bloqué depuis février une demande pour des fonds supplémentaires, affectés à la fameuse agence ICE (United States Immigration and Customs Enforcement ou Service de l’Immigration et des Douanes des États-Unis). Le DHS est aussi l’employeur d’une autre agence, le Service des Douanes et de la Protection des Frontières (U.S. Customs and Border Protection ou CBP), notamment en charge de surveiller les arrivées de voyageurs internationaux sur les aéroports. 

En raison de l’impasse budgétaire, les agents de la CBP se déclarent malades car ils n’ont pas été payés depuis près de huit semaines, générant le chaos dans les aéroports aux postes d’immigration. Ce qui a donné une idée à Markwayne Mullin.

Les « villes sanctuaires »à la vindicte de l’administration fédérale

Il a ainsi déclaré mardi que, face à la pénurie, il allait demander au président Donald Trump s’il serait possible de retirer les agents des douanes dans les « villes sanctuaires ». Ces dernières sont généralement gérées par des Démocrates. Elles refusent de coopérer avec l’ICE et protègent par la loi les immigrants des poursuites de l’administration Trump.

Le retrait des agents CBP pénaliserait de fait les principaux aéroports internationaux américains. Car parmi « les villes sanctuaires » récalcitrantes identifiées par le Département de la Justice en octobre dernier, figurent Boston, Chicago, Denver, Los Angeles, Newark, New York, Philadelphie, San Francisco et Seattle -parmi d’autres. Des villes qui sont parmi les principales portes d’entrée aériennes du pays. Si l’on se réfère aux statistiques du Département des Transports américain, sur les 10 premiers mois de 2025, les aéroports de ces métropoles ont accueilli 108 millions de passagers…

La seule ville de New York avec ses trois aéroports (JFK-La Guardia et Newark) a enregistré 42,5 millions de voyageurs internationaux sur cette période. Los Angeles arrive en seconde position avec 19,5 millions de voyageurs internationaux et San Francisco en troisième position avec près de 13 millions de passagers non-citoyens des Etats-Unis. 

Absence de bon sens ou simple jeu politique? 

Un tel acte  pourrait donc priver les Etats-Unis d’une dizaine de portes d’entrée aériennes internationales -avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer pour les compagnies aériennes et les voyageurs. Il obligerait les passagers à voler d’abord vers une dizaine de hubs internationaux, la plupart dans le sud du pays. Comme Atlanta, Charlotte, Dallas, Houston, Las Vegas, Miami – Washington DC étant l’aéroport le plus au nord du pays.

La mesure aurait aussi une autre conséquence pour l’économie américaine et mondiale: celle de réduire considérablement les ports d’entrée internationaux pour les marchandises, puisque ce sont des agents du CBP qui contrôlent également leur dédouanement.

S’agit-il en fait d’ une « esbroufe » de Markwayne Mullin? C’est fort probable vu les conséquences économiques et internationales qu’une telle décision engendrerait. 

Markwayne Mullin a tempéré entre temps ses propos, rapporte Reuters : « C’est une option », a-t-il déclaré à des journalistes en Caroline du Nord, précisant qu’aucune décision n’avait été prise. « Si des villes affirment qu’elles ne feront pas respecter les lois sur l’immigration, alors il n’est pas logique pour nous de continuer à y traiter les voyageurs internationaux ». 

Et de préciser de nouveau: « Nous allons commencer à avoir ces discussions [avec le Président]. Comme je l’ai dit, c’est une idée que j’étudie. Ce n’est pas nécessairement quelque chose que je vais faire ». Mais le seul fait d’y penser est déjà troublant…