flydubai : au-delà de l’acte terroriste, des questions sur la sécurité des vols

Le problème n’est plus seulement l'acte terroriste à bord du vol flydubai 1073. C’est de savoir comment un pilote présenté comme ayant suscité des inquiétudes a pu être recruté, puis placé aux commandes d’un vol international particulièrement sensible.
Un Boeing 737MAX 8 de flydubai (Photo: By Anna Zvereva from Tallinn, Estonia - FlyDubai, A6-FMB, Boeing 737-8 MAX, CC BY-SA 2.0,
Boeing 737MAX 8 de flydubai (Photo: By Anna Zvereva from Tallinn, Estonia - FlyDubai, A6-FMB, Boeing 737-8 MAX, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=74052302)

Le 30 septembre, le vol flydubai FZ1073 reliant Dubaï à Tel Aviv a failli tourner en un acte terroriste de grande ampleur lorsque le copilote omanais du vol a attaqué le commandant de bord avec une hache de secours et tenté de prendre le contrôle de l’appareil. L’avion, qui transportait plus de 170 personnes, a alors effectué une chute brutale en quelque 30 secondes avant que l’équipage et des passagers ne parviennent à neutraliser l’assaillant. A bord se trouvait également un équipage de réserve flydubai qui a finalement permis à l’avion de se poser sans encombre à Tabuk, en Arabie saoudite.

Le co-pilote a été arrêté, rapatrié à Abu Dhabi où se déroulera son procès après enquête. L’affaire prend cependant une dimension nettement plus inquiétante car elle met en cause la sécurité et les méthodes de recrutement de la compagnie dubaïote. Selon des informations rapportées lundi par Reuters, deux responsables israéliens affirment que le copilote aurait déclaré aux enquêteurs émiratis avoir préparé son attaque avant même d’être recruté par flydubai.

Une autre source proche de l’enquête affirme qu’il aurait recherché un emploi auprès de la compagnie précisément parce qu’elle desservait Tel Aviv. Ces détails devront encore être étayés au cours de l’enquête. Surtout, on a depuis appris que ce co-pilote aurait déjà été considéré comme inapte à voler à Oman en raison d’opinions extrémistes. Il aurait ensuite été réorienté vers un emploi de bureau ainsi que vers un programme de déradicalisation.

Une image durablement écornée? 

Mais tous ces éléments interrogent…Car, si ces informations sont confirmées, le problème ne serait donc pas uniquement celui d’un recrutement raté. Il pourrait révéler une chaîne de défaillances dans laquelle la compagnie flydubai a toute sa part de responsabilité. Une chaîne qui comprend le contrôle insuffisant des antécédents du candidat, l’absence ou l’insuffisance de vérification auprès des précédents employeurs ainsi que par les autorités aériennes civiles – y compris d’Israël – alors que le vol Dubaï-Tel Aviv est hautement sensible. Et enfin, le manque de transmission des informations par le renseignement entre Oman, les Emirats Arabes Unis et Israël. 

L’affaire, au-delà des problèmes de sécurité, est en train de ternir l’image de la compagnie aérienne et d’affecter le capital confiance de la compagnie mais aussi des autorités de l’aviation civile.  Dans l’espace francophone, flydubai est heureusement peu présent. Le transporteur ne dessert pour le moment qu’une seule destination, Bâle-Mulhouse, plusieurs fois par semaine.

La compagnie va devoir de fait rassurer ses passagers et jouer la transparence totale sur ses méthodes de recrutement et sur l’application des règles de sécurité. Car l’effet ricochet pourrait être important s’il subsiste des zones d’ombre dans l’enquête. Flydubai travaille en effet en partenariat avec Emirates, mettant en correspondance les lignes de la compagnie nationale de Dubaï avec les 125 destinations qu’elle assurent à travers ses propres lignes. Si l’enquête finalement confirme que des signaux d’alerte existaient avant même l’embauche du copilote sur flydubai, l’impact sur la réputation du transporteur pourrait s’avérer dévastateur.