« Une envie commune de bousculer les codes » : Carole Poillerat, Présidente de la GBTA France

Membre de la GBTA (Global Business Travel Association) depuis quatre ans, Carole Poillerat vient d’être confirmée au poste de Présidente de la GBTA France : un  nouvel acteur dans l’univers français du voyage d’affaires, mais une référence à l'échelle internationale et plus particulièrement aux Etats-Unis. Carole Poillerat et le board de la GBTA France entendent bien s’appuyer sur le réseau, l’expertise et les ressources de l’association globale pour contribuer à l’évolution du marché français.
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Pourquoi une antenne française de la GBTA ?

Carole Poillerat – A l’échelle mondiale, la GBTA est en avance sur beaucoup de dossiers, elle sait déceler les nouvelles tendances du secteur, et c’est ce que va amener la GBTA en France. Ma mission consiste à développer cette maturité achats que l’on n’a pas forcément en France en allant puiser dans des expériences à l’international auprès d’acteurs un peu plus mûrs dans leur démarche achats. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait à mon poste : je suis allée chercher des bonnes pratiques aux Etats-Unis, en les adaptant ensuite à l’Europe. Je suis donc très bien placée pour expliquer en France comment on peut utiliser la GBTA. Il est plus facile de promouvoir une stratégie au sein de son entreprise en s’appuyant sur des références internationales, des exemples concrets de réussites dans des grandes entreprises. Cela crédibilise le discours, et c’est ce que je veux apporter aux acheteurs en France, en leur conseillant de s’appuyer sur l’association, ses ressources, son réseau. Il est rassurant de réaliser que ses confrères se posent les mêmes questions. Le secteur des achats n’est pas toujours très reconnus et c’est une fonction très interne : aller rencontrer ses confrères permet de comprendre que l’on affronte les mêmes problématiques.

Quelle est la logique de l’association, vis-à-vis des fournisseurs notamment ?

C. P. – L’association s’appuie beaucoup sur le dialogue entre fournisseurs et acheteurs. C’est pourquoi la GBTA s’ouvre aux fournisseurs, car un discours d’acheteur à acheteur n’avance pas, il tourne vite en rond. Je trouve que la richesse de l’échange repose sur la participation de profils différents. Nous comptons d’ailleurs dans le Board des fournisseurs et des acheteurs, des profils « meetings » et d’autres « travel ». Pour jouir d’une vraie crédibilité dans le secteur des réunoins et évènements, il faut l’avoir pratiqué, or les gens du travel ne connaissent généralement pas ce domaine. Beaucoup d’acheteurs « travel » héritent de cette reponsabilité sans savoir par où commencer. Il y a effectivement des points communs, mais certains aspects sont très différents. Les acteurs et les process peuvent être très différents également. On a besoin d’ « éduquer » les acheteurs sur ce sujet.

Quel est aujourd’hui l’équilibre entre acheteurs et fournisseurs au sein de la GBTA France ?

C. P. – Cinq membres de notre bureau sont issus du monde des achats, et quatre autres sont des fournisseurs. La part des acheteurs représente aujourd’hui 35% de nos membres, et nous souhaitons atteindre les 40% d’ici la fin de l’année. Nous avons fixé une règle au sein de la GBTA afin de maintenir cet équilibre : « un acheteur, un fournisseur ». Nous ne sommes d’ailleurs pas la seule association internationale à fonctionner ainsi. Les fournisseurs comprennent très bien ce discours, qui fonde une relation équilibrée.

Quels sont les bénéfices à tirer de cette participation à la GBTA ?

C. P. – Certains fournisseurs s’investissent réellement et font de leur partenariat avec GBTA un levier de communication. C’est une valeur ajoutée pour l’acheteur. Par ailleurs, tout le monde est gagnant dans une logique de standardisation, d’harmonisation des process : autant le fournisseur que l’acheteur. Nous traduisons d’ailleurs beaucoup de modèles d’appels d’offres. Si tout le monde utilisait les mêmes modèles – qui tournent toujours autour des mêmes éléments à 80% – les acheteurs gagneraient du temps, en particulier dans l’hôtellerie. Nous n’avons que neuf mois d’existence sur le marché français, mais parallèlement 45 ans d’existence à l’international ! J’arrive donc sur le marché avec du contenu. A moi d’utiliser les bons éléments pour le marché français, et à nous également de produire du contenu depuis la France. 

Comment fonctionne le bureau de la GBTA France ?

C. P. – Nous venons de recruter un vice-président, Ludovic Provost, qui est actuellement directeur du développement des Achats du groupe La Poste. Et j’ai récemment été confirmée en tant que Présidente de la GBTA France. J’ai eu la chance d’avoir été suivie dès le départ, et j’ai eu la possibilité de recruter au sein du Board des personnes avec laquelle j’avais déjà eu l’occasion de travailler, avec lesquelles il y avait une relation de confiance, et j’ai aussi fait de belles rencontres. Aujourd’hui, nous disposons d’un bureau réactif, jeune et dynamique. Il n’y a pas de guerre, on ne force personne. Tout le monde est très occupé, mais nous sommes très fédérés. On apprend à fonctionner en équipe. Nos profils sont très différents, mais nous avons tous les mêmes valeurs : transparence, éthique, et une envie commune de bousculer les codes. Certains sont plus affûtés sur le digital, ils nous apportent leur expertise ; d’autres le sont sur la communication, le marketing, ou sur la politique, le lobbying. Cette diversité nous fournit des compétences indispensables.

Pensez-vous pouvoir jouer un rôle de lobbying en France, à l’image du travail mené par la GBTA à Washington ?

C. P. – Oui, mais il faut y aller par étape. Je ne peux pas aujourd’hui faire du lobbying avec une association qui compte 82 membres. Je n’aurai aucun poids : il faut garder un peu d’humilité, mais il est important de s’y préparer.  Je considère de toute façon qu’une action de lobbying qui fait sens pour l’industrie doit être solidaire, et donc impliquer conjointement les deux associations présentes en France, à savoir la GBTA et l’AFTM (Association Française des Travel Managers).

La GBTA et l’AFTM peuvent-elles donc parler d’une même voix ?

C. P. – Complètement. J’ai de très bonnes relations avec l’AFTM et son Président que je respecte beaucoup, et je pense que la réciproque est vraie. Nous apportons des choses différentes : il est très axé sur le travel management, et moi sur les achats et le domaine des meetings. Je suis convaincue qu’une action de lobbying isolée à beaucoup moins de poids qu’en étant à deux.

Quels sont les dossiers prioritaires pour la GBTA France ?

C. P. – Outre la convergence entre le travel et le meetings, nous travaillons également sur le Big Data, les économies, le BYOD (« Bring Your Own Device »), la performance du programme hôtel… Nous étudions également d’autres problématiques pour l’année prochaine, des sujets comme l’éthique dans les achats. A l’occasion des petits déjeuners que nous organisons régulièrement, j’essaye d’inviter des interlocuteurs qui ne soient pas forcément issus du voyage d’affaires ou du meeting. Le succès d’une association repose notamment sur la variété des intervenants, la contribution ponctuelle d’acteurs extérieurs à l’association. Nous sommes là pour provoquer des discussions, des débats pour faire avancer les choses.