Bilan Deloitte : l’hôtellerie française pénalisée par le terrorisme

En 2015, malgré une tendance plus positive que les années précédentes, l’hôtellerie française a quasiment stagné en termes de résultats selon Deloitte In Extenso. Les attentats de janvier et de novembre à Paris ont largement pénalisé les établissements de la capitale, traditionnelle locomotive du secteur.

Jusqu’en novembre, tout allait bien. Même si les attentats de début janvier avaient pénalisé l’activité parisienne, l’hôtellerie française était sur de bons rails en 2015 grâce à des éléments positifs, que ce soit la chute du prix du pétrole, stimulant l’économie et autorisant la baisse des tarifs aériens, la croissance retrouvée en Europe, une parité euro-dollar toujours favorable, mais aussi une forte activité séminaires et congrès. Las, le secteur a été touché de plein fouet par les attentats qui ont endeuillé Paris en fin d’année. Habituelle locomotive de toute l’hôtellerie française, Paris a été logiquement affecté par ces dramatiques événements. “Si les attentats du mois de janvier pouvaient, dans l’esprit des clientèles loisirs comme affaires, avoir un caractère exceptionnel, la seconde vague est venue rappeler à tous que le risque terroriste n’est pas écarté”, estime Olivier Petit, Associé Tourisme, Culture et Hôtellerie chez In Extenso.
Si les hôteliers ont globalement maintenu leurs prix face à une demande de toute façon très faible, la baisse de fréquentation a été beaucoup plus importante qu’en janvier-février, de -10,9% à -14,6% selon les catégories pour le mois de novembre, à peine compensée par la tenue de la COP 21. Au final, le RevPAR sur les douze mois de 2015 affiche un repli allant de -1,6% pour l’hôtellerie de luxe parisienne à -5,5% pour le milieu de gamme, en passant par -1,4% pour le haut de gamme et -3,1% pour l’économique. Cependant, le risque sécuritaire n’explique pas entièrement le repli des résultats annuels dans la capitale. L’étude réalisée par Deloitte met en effet en lumière la concurrence croissante d’Airbnb et son impact sur les segments milieu de gamme et économique. Ainsi, alors qu’Aéroports de Paris a enregistré une nette croissance des arrivées en mai et entre fin août et début octobre, les établissements 2-3 étoiles n’ont pas profité de ce surplus de clientèle.

L'hôtel Sofitel Paris le Faubourg (DR)
L’hôtel Sofitel Paris le Faubourg (DR)

Les déboires de l’hôtellerie parisienne – à nuancer quand même, puisque les établissements ont enregistré une fréquentation supérieure à 70% entre 8 et 10 mois de l’année – expliquent la quasi-stagnation des résultats de l’hôtellerie française en 2015. Que ce soit le segment luxe, milieu de gamme ou économique, tous réalisent une performance globalement identique à 2014. Seul le marché haut de gamme, aidé notamment par une reprise de l’activité séminaires et la tenue de grands congrès, enregistre une progression de +1,7% de son revenu moyen par chambre disponible.

“Paris et, dans une moindre mesure, l’Ile-de-France ont enregistré un recul très net. Mais à l’inverse, les performances en régions restent globalement positives, voire très positives pour la Côte d’Azur”, remarque Philippe Gauguier, Associé Tourisme, Culture et Hôtellerie chez In Extenso. Grâce à une météo agréable, au décalage du Ramadan sur le mois de juin et à l’attractivité des destinations de la Méditerranée, l’hôtellerie de la Côte d’Azur enregistre un RevPAR en très nette augmentation (+14,5% par rapport à 2014). Autre grand vainqueur de 2015, Bordeaux voit les résultats de son hôtellerie haut de gamme progresser de +17% grâce, notamment, à l’accueil d’événements porteurs comme Vinexpo ou l’ITS World Congress, sur les systèmes de transport intelligents. Comme Bordeaux, la plupart des grandes agglomérations françaises affichent une hausse des résultats hôteliers en 2015, à l’exception de Strasbourg qui, comme Paris, a été pénalisée par les attentats de novembre qui ont pesé sur la fréquentation de son marché de Noël.

Deloitte a également dévoilé ses prévisions pour 2016 et s’attend à un nouvel élan. L’hôtellerie devrait bénéficier d’un contexte favorable avec notamment un prix du pétrole toujours très bas et l’accueil de l’Euro 2016 de football. Au global, le RevPAR devrait connaître une progression entre 1,1% et 2,1% (entre +1,4% et +2,4% pour le luxe ; de +1,7% à +2,7% pour le haut de gamme ; entre +2% et +3% côté milieu de gamme ; de +0,9% à +1,9% pour le segment économique).