
« Une année marquée par des défis à la fois opérationnels et externes« , souligne Benjamin Smith, directeur général du groupe Air France-KLM. Avec des Jeux Olympiques qui auront mis en avant la compagnie, mais détourné les voyageurs de la destination Paris – un impact chiffré à 250 millions d’euros – , des difficultés d’exploitation en début d’année entraînant le dédommagement des clients à hauteur de 300 millions d’euros ou encore un dollar longtemps fort affectant la facture carburant, plusieurs éléments ont pesé sur le bénéfice du groupe aérien. Le tout se concluant par un résultat net de 317 millions d’euros, en baisse de -66 % par rapport aux 934 millions dégagés l’an dernier.
Pour autant, ces résultats financiers ne doivent pas masquer une activité soutenue, malgré le creux de l’été, se traduisant par un résultat d’exploitation de 1,6 milliard d’euros (+ 2%). Portées par un excellent dernier trimestre, les compagnies du groupe ont transporté près de 98 millions de passagers en 2024, soit une hausse de +4,7% d’une années sur l’autre. En parallèle, à travers l’ouverture de nouvelles routes, la capacité a augmenté de +3,6 %, aboutissant à une recette unitaire en siège-kilomètre offert (SKO) en progression de +1,0 % à taux de change constant. Le coefficient de remplissage moyen s’établit de son côté à 87,6%, en croissance de 0,6 point comparé à 2023.

Au final, Air France-KLM évoquait en 2023 un chiffre d’affaires record, supérieur à 30 milliards d’euros. Elle fait mieux encore cette année avec 31,5 milliards d’euros, soit une hausse de 4,8 % par rapport à 2024. Le segment Corporate participe à cette progression, avec une croissance de +4% de son chiffre d’affaires, s’expliquant par une tendance marquée pour les cabines Premium sur les moyens et longs courriers. Plus largement, le groupe enregistre une croissance de +29% dans ce segment du confort Premium à travers une amélioration des remplissages de ces cabines, de +1,7 pt pour Air France et de 5,1 pts pour KLM.
Pour autant, si la compagnie néerlandaise renouvelle sa flotte et élève le niveau de son offre, KLM n’est pas au mieux de sa forme. Pénalisée l’an dernier par des soucis d’approvisionnement de pièces détachées, elle subit surtout le plafonnement du nombre de vols à Amsterdam Schiphol et le futur bond en avant des redevances aéroportuaires prévu cette année, de +41%. Son impact a été chiffré par le groupe entre 65 et 110 millions d’euros, moins important cependant que celui de la taxe en France, estimé entre 90 et 170 millions d’euros, sans doute plus dans cette fourchette haute. En ce qui concerne KLM, le lancement en octobre dernier du programme Back on Track, marqué entre autres par la suppression de 250 postes dans les fonctions non opérationnelles, devrait générer une amélioration structurelle du résultat d’exploitation de l’ordre de 450 millions d’euros à court terme.
Du positif pour Transavia
A l’inverse, Transavia profite d’une tendance positive avec une recette unitaire en progression de 6,6% à change constant pour des capacités en croissance de 8,3% et un peu plus de 23 millions de passagers en 2024. Son résultat d’exploitation a progressé de 100 millions d’euros sur l’ensemble de l’année pour passer en positif et atteindre les 3 millions d’euros. « Cette performance a été portée par la maturation progressive du réseau au départ d’Orly, une politique de tarification dynamique, les initiatives de bagage cabine payant et l’intégration de nouvelles fonctionnalités Flying Blue« , souligne le groupe Air France-KLM dans son communiqué. Le remplacement en cours des vols d’Air France par ceux de Transavia à Orly devrait encore accentuer la dynamique de la compagnie low cost, quand le groupe se concentrera en parallèle sur une montée en gamme de son offre à Paris CDG.


Dans ce cadre, l’offre de Transavia devrait encore croître cette année avec une hausse de la capacité attendue de 10% en sièges kilomètres offerts, quand cette croissance devrait tourner autour des 3% à 5% pour Air France comme pour KLM, et ceci aussi bien sur le moyen que le long-courrier. Parmi les autres perspectives du groupe pour l’année à venir, Air France-KLM va poursuivre sa stratégie de réduction des émissions de CO2 à travers la sécurisation de son approvisionnement en carburant durable – le groupe étant le meilleur élève du secteur en la matière – et le renouvellement de sa flotte. De 20% en 2023, le pourcentage d’avions de nouvelle génération est passé à près de 27 % à fin 2024, le groupe prévoyant d’atteindre les 80 % d’ici 2030.
Le jeu de questions-réponses avec les analystes et journalistes suivant cette présentation des résultats a donné l’occasion à la direction d’Air France-KLM de revenir sur les développements externes de la compagnie, notamment la prise de participation de 19% au capital de la compagnie scandinave SAS, initiant un chemin vers une prise de majorité. « Nous ne contrôlons pas les décisions, mais nous sommes dans un partenariat commercial plus solide, explique Benjamin Smith. Les avantages dépassent les niveaux attendus, avec des vols en partage de codes avec Air France et KLM, davantage de trafic de SAS vers Atlanta, le hub de Delta« .
Rapprochement envisagé avec TAP Portugal
Ce rapprochement en appelle d’autres sans doute, Air France-KLM lorgnant maintenant du côté de TAP Portugal, en passe d’être privatisée. « Ce n’est pas nouveau, la péninsule ibérique nous intéresse depuis longtemps« , a expliqué Benjamin Smith, voyant dans ce possible ajout l’occasion de renforcer les positions de groupe sur la destination Amérique du Sud, au Brésil en particulier.
Ce projet, poussé du pied par Emmanuel Macron lors de sa récente visite à Lisbonne, semble rencontrer l’intérêt du gouvernement portugais, notamment parce qu’Air France-KLM n’a plus à démontrer sa capacité à fonctionner avec des autorités politiques, françaises et néerlandaises. « On nourrit pas mal d’espoir« , avoue le DG d’Air France-KLM, expliquant que le gouvernement portugais avait fixé plusieurs lignes rouges à ce rapprochement, celles de conserver la marque TAP, de maintenir, voire renforcer le réseau sud-américain et de soutenir l’emploi.
Toujours dans la péninsule ibérique, Air France-KLM pourrait-elle être intéressée par une autre compagnie, en l’occurrence Air Europa, depuis qu’IAG, son actionnaire à hauteur de 20%, a décidé de jeter l’éponge l’été dernier ? La réponse de Benjamin Smith : « On les connaît bien, ils sont dans SkyTeam, ont un réseau différent de TAP. Oui, on les regarde.«

















