Avec un chiffre d’affaires de 22 milliards de dollars, le secteur des services informatiques indiens a enregistré en 2005 une croissance de 32 % par rapport à l’année précédente. Bref, presque une déception pour ceux qui avaient fini par s’habituer aux 55 % de croissance annuelle du secteur dans les années 1995- 2001…
Silicon India : inutile de trop s’étendre sur le sujet tant depuis quelques mois, on ne parle plus que de ça dans les magazines économiques à l’ouest du Deccan. Le raz-de-marée tient en quelques chiffres, écrasants si on les regarde du point de vue d’un ingénieur informatique européen. De 1985 à 2003, le nombre de salariés qualifiés employés dans l’industrie indienne du logiciel et des services informatiques est passé de 6 800 à 650 000, soit une hausse de 9500 %. Sur le territoire indien, les 380 universités et 1500 institutions de recherche produisent chaque année plus de 200000 nouveaux ingénieurs et 300000 diplômés de niveau équivalent.
La grande menace
Résultat paradoxal : le pays qui a le plus grand nombre d’enfants non scolarisés dans le monde est également aujourd’hui le plus vaste réservoir de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans le domaine informatique. Une compétence qui s’exporte : en 2004, dans la Silicon Valley californienne, 40 % des start-up étaient créées par des Indiens. Mais c’est principalement l’industrie informatique locale qui profite des talents de cette génération spontanée, puisque, selon Business Week, l’Inde compte déjà six sociétés classées parmi les 100 principales entreprises informatiques mondiales : Infosys, TCS,Wipro, Cognizant, Satyam, Telecom Bharti Televentures. La Silicon India a ses stars, comme Narayana Murthy, créateur d’Infosys, ou Azim Premji de Wipro Technologies. Elle a aussi sa ville symbole : Bangalore.
Mais la réputation de la capitale de l’État méridional du Karnakata et de ses 1500 sociétés high-tech est à peine établie qu’elle commence à prendre du plomb dans l’aile. Ainsi la ville où se réalise près du quart de la production indienne dans l’électronique et plus du tiers dans le domaine du logiciel, risque bien d’être victime de son succès. “Tandis qu’on pouvait vanter son climat agréable et ses espaces verts il y a quelques années, Bangalore est désormais de plus en plus congestionnée, polluée et onéreuse. Les problèmes d’infrastructures ne cessent de s’accentuer”, résume Carolyn Rose dans une note de la Mission économique de New Delhi.
Car en devenant la capitale high-tech de l’Inde, la douce “cité-jardin” des Anglais, perchée à 920 mètres d’altitude, s’est aussi transformée en mégalopole pétaradante, passant en quelques années de deux à plus de sept millions d’habitants. “Bangalore s’écroule. Infosys, Wipro et d’autres ne veulent plus investir ici. Ce qui est très mauvais pour la ville. Et pourtant, le gouvernement de l’État reste inactif : tout ce qu’ils veulent, c’est changer le nom de la ville en Bengaluru…”, se lamentait en janvier dernier, dans le Financial Times, Deepak Parekh, codirecteur de la commission d’investissement chargée d’attirer et de faciliter les investissements étrangers dans le Karnakata.
Victime de son succès
De fait, la révolte gronde parmi la crème des entreprises high-tech locales, qui ont même menacé de boycotter l’édition 2006 du salon IT.com, vitrine annuelle de la puissance de l’industrie software de Bangalore. Les leaders du secteur, comme Wipro ou Infosys, semblent désormais plutôt choisir le chemin de la résistance passive devant la menace de suffocation, en orientant leurs nouveaux investissements hors du Karnakata afin de diversifier le risque. Trop confuse, mais aussi trop chère, Bangalore se verrait donc “réduite”, pour ces entreprises en pleine croissance, à jouer le rôle de siège social et de centre pour les prestations à forte valeur ajoutée, regardant les autres activités s’enfuir vers des technoparks récemment ouverts à Hyderabad, Pune, Chennai ou à Gurgaon et Noida dans la banlieue de Delhi.
Il y a trois ans encore, faute de points de chute alternatifs “sérieux”, la question de l’implantation à Bangalore ne se posait même pas pour une entreprise IT. La voici désormais posée.
Dossier - Bangalore : le boom, et après ?
- Bangalore : le boom, et après ?
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