Communauté économique de l’ASEAN : vers un visa à la « Schengen » ?

Alors que les dix nations de l’ASEAN* (Association des Pays de l’Asie du Sud Est) entrent dans la dernière ligne droite qui les conduira fin décembre à former la nouvelle AEC (ASEAN Economic Community, ou Communauté Economique de l’ASEAN), se pose depuis plusieurs années la question de savoir s’il est nécessaire de créer un visa commun, à l’instar du visa Schengen proposé aux non-ressortissants de l’Union Européenne en visite sur le vieux continent.

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Un visa commun au sein de la Communauté économique de l’ASEAN ? « Pas facile à mettre en place, car une telle mesure demande une implication de nombreux ministères, finances, Intérieur et immigration ou encore tourisme. Cela fait déjà trois ou quatre ans que l’on en discute mais je dois dire qu’il y a eu peu de progrès  car la question est techniquement complexe », avouait Lim Hong Hin, Secrétaire Général adjoint de l’ASEAN en charge de l’AEC durant le salon du tourisme de l’ASEAN, ATF en janvier dernier. « Je pense que l’on va plutôt s’acheminer sur des accords bi-voir trilatéraux avant d’avoir une législation pour toute l’ASEAN », explique-t-il. Certains pays comme la Thaïlande et le Cambodge ont déjà mis en place une législation qui permet d’entrer dans l’un ou l’autre pays avec un visa commun. Mais dans la pratique, cette mesure ne donne que peu de résultats, par le seul fait que la Thaïlande ne réclame pas de visa à un grand nombre de pays, dont ceux de l’Union Européenne…

Viennent ensuite les différents régimes de visa de chaque pays. Brunei, Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande ne réclament pas de visa aux ressortissants européens pour des durées de séjour qui varient d’un pays à l’autre – en général pour un séjour de 14 ou 30 jours. L’Indonésie va d’ailleurs rejoindre ce premier groupe puisque le gouvernement vient d’annoncer la suppression du visa à l’arrivée pour 30 pays, dont 17 en Europe. La mesure entre en vigueur le premier avril prochain. Viennent ensuite les pays qui proposent un visa à l’arrivée. C’est le cas du Cambodge, du Laos, et maintenant de la Birmanie avec la possibilité d’obtenir un visa électronique.

Le Vietnam reste le plus complexe en termes de visas. Les autorités continuent de préférer un visa obtenu en bonne et due forme dans une représentation diplomatique du pays. Le régime des visas s’est cependant quelque peu assoupli. On peut désormais obtenir un visa à l’arrivée en demandant à des agences spécialisées – y compris son agence de voyage – d’effectuer les démarches et émettre une lettre officielle pour l’obtention du précieux tampon.
Un visa multi-entrées, multi-pays ne pourrait dont se justifier que pour des hommes d’affaires effectuant un long séjour dans la région. « Ce sera probablement le premier type de visa commun que l’on pourrait mettre en place effectivement. Mais rien n’est encore décidé », insiste Lim Hong Lin. L’obtention du visa sans formalités pour cinq des dix membres de l’ASEAN rend de fait la mesure quasi-obsolète pour les hommes d’affaires qui peuvent déjà voyager à leur guise dans une grande partie de la région. S’ils ont un passeport doté de suffisamment de pages !

Quel avantage apportera la Communauté Economique de l’ASEAN aux voyageurs internationaux ? Avant tout une simplification des passages frontaliers avec la mise en place de nouvelles infrastructures. Depuis plusieurs années, on jette des ponts sur le Mékong entre Thaïlande, Laos et maintenant la Birmanie, on agrandit les postes frontières tandis que de nouveaux aéroports, de nouvelles lignes de trains – dont certaines à grande vitesse – offre un maillage de plus en plus dense de la région.

* L’ASEAN se compose de Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar (Birmanie), Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam.