Cybersécurité : bonnes pratiques et bonnes résolutions avec Diane Rambaldini (Crossing Skills)

Diane Rambaldini (Crossing Skills & Lumérique), experte en cybersécurité, livre son analyse et ses conseils pour allier mobilité et sécurité des données.
Diane Rambaldini, Présidente de Crossing Skills, experte en cybersécurité
Diane Rambaldini, Présidente de Crossing Skills, experte en cybersécurité

Comment ont évolué les menaces en matière de cybersécurité ces dernière années ?

Diane Rambaldini – Les menaces restent les mêmes. Il y a toujours le cybercriminel qui va être dans les environs, et qui va chercher à arnaquer l’utilisateur, à voler ses infos. Il y a toujours bien sûr potentiellement le voleur réel du téléphone : les vols d’outils numériques ont totalement explosé, avec notamment des ventes de pièces détachées. Là où les choses ont vraiment changé, c’est le contexte international, et le rapport aux États. Il faut oublier les « États amis », ça n’existe plus. Il faut considérer toutes ses données et ses outils numériques comme des sanctuaires qu’il faut véritablement protéger aujourd’hui. Et a fortiori, quand on passe les frontières. Aujourd’hui des pays soi-disant amis n’hésitent pas à vous demander votre téléphone ou votre ordinateur et à faire des copies des données.

Que doit faire le voyageur d’affaires qui se rend, par exemple, aux Etats-Unis ?

Diane Rambaldini – Le voyageur n’a pas le choix quand il se déplace pour le travail. On peut difficilement se déplacer avec un outil vide. Il y a un certain nombre de conseils à suivre, et notamment le recours aux VPN. Quand on est pro, il faut avoir ce réflexe : un VPN totalement actif. Aussi, il ne faut pas se déplacer avec des outils qui stockent les données en local, sur le téléphone ou sur l’ordinateur. Il s’agit donc de s’assurer d’avoir un VPN pour atteindre son cloud entreprise sur lequel on on accède à toutes ses données. C’est extrêmement important notamment en cas de copie de l’appareil à la frontière, puisque ça limite tout ce qui est vol d’informations ou espionnage.

Quels autres conseils pratiques donneriez-vous à un voyageur d’affaires ?

Diane Rambaldini – Il y a des choses « basiques », que l’on recommande depuis déjà longtemps mais qui restent d’actualité. Comme des mots de passe qui tiennent la route pour protéger ses appareils. Il faut aussi aujourd’hui avoir le réflexe d’installer l’authentification multifacteur (MFA). Ça, c’est important. Et puis il y a des aspects comportementaux, pour faire face aux menaces que je décrivais : je suis dans l’aéroport, j’attends mon vol. Et bien non, je ne me connecte pas au wifi public de l’aéroport. Il est nettement plus sécurisé de partager la connexion de son téléphone en 4G ou en 5G. Et une fois encore, de se connecter à son VPN. On peut aussi, pour limiter les tentations extérieures, s’équiper d’un filtre de confidentialité sur ses écrans de PC et de téléphone, et maintenir une surveillance systématique de ses outils. On voit encore beaucoup de voyageurs être trop négligents dans les transports. Quand il s’agit de regarder des vidéos de chats sur TikTok, c’est anodin. Ca l’est moins quand on étudie des documents de travail confidentiels ! Les filtres de confidentialité empêchent les regards indiscrets, et les tentations d’opportunité. Dans un groupe de cinquante qui se rend à une conférence à l’autre bout de la planète, qui réunit des concurrents, autant éviter les regards indiscrets.

Vous évoquiez le wifi de l’aéroport. Le problème doit être le même pour les hôtels ou les centres de congrès…

Diane Rambaldini – Complètement. Tous les wifi publics sont à proscrire. La réception de l’hôtel met en avant la protection par mot de passe, mais on peut facilement deviner le mot de passe de telle ou telle chambre, ça n’a rien de sorcier. Un mot de passe totalement devinable revient à ne pas avoir de mot de passe du tout.

Nous parlions des Etats-Unis, mais la Russie apparaît clairement comme une menace quotidienne… Est-ce finalement une « bonne chose » pour pousser les voyageurs à plus de vigilance ? 

Diane Rambaldini – Oui, il y a une méfiance. Mais est-ce que ça se traduit réellement par rapport à l’outil numérique ? L’ancienne présidente de la Géorgie expliquait récemment à la radio comment, très insidieusement, les Russes avaient pu les mettre totalement sous cloche numériquement parlant. C’est un discours que l’on devrait écouter davantage. Je pense qu’utiliser le cas de la Russie, ce qu’on vit avec les États-Unis aujourd’hui, permet d’expliquer que ça passe aussi par une guerre informationnelle. Cela va au-delà du comportement pur cyber : cela concerne la désinformation. La propagande a pris une teinte totalement numérique. Elle existe énormément sur les réseaux sociaux. On sait très bien qu’il y a beaucoup de polémiques qui sont nées sur les réseaux sociaux, totalement fomentées par les Russes pour déstabiliser telle ou telle nation. C’est une action – entre guillemets – « douce », mais c’est une action qui marche très bien. D’ailleurs, je défends vraiment l’idée selon laquelle aujourd’hui la cybersécurité va bien au-delà finalement des solutions technologiques de protection. Il faut mener un travail de sensibilisation, sur le fonctionnement des plateformes, des algorithmes, et le lien avec la géopolitique

Et l’IA dans tout ça : une bonne chose pour les utilisateurs ?

Diane Rambaldini – L’IA, il y en a partout, ça veut tout et rien dire. On sait très bien, par exemple, que dans le milieu de la cybersécurité, il y a aujourd’hui de nombreux fournisseurs de solutions de cybersécurité qui se servent de l’intelligence artificielle pour faire progresser leurs outils, et pour automatiser notamment un certain nombre de choses. Ca leur fait gagner un temps considérable dans la détection. L’IA peut permettre de faire tellement de diagnostics de cas différents… On peut ainsi détecter les menaces beaucoup plus vite, ce qui va laisser du temps à l’humain, aux analystes, pour approfondir le travail sur la menace, savoir comment la prendre en compte puis la contrecarrer. Et ça, c’est extrêmement important.

Quid des utilisations de l’IA à mauvais escient ?

Diane Rambaldini – On voit aussi énormément d’usages dans le milieu de la cybercriminalité, bien évidemment. Finalement, l’IA elle n’a aucune intelligence : elle ne se rend pas compte du bien fondé ou non des requêtes. C’est pour ça qu’on doit aussi, en Europe, se poser la question du pourquoi de l’IA, ce que l’on recherche vraiment comme levier d’amélioration.

Vous disiez tout à l’heure qu’il n’y a plus aucun pays ami. Le voyageur d’affaires doit-il donc, en 2026, opter pour la paranoïa à chaque déplacement ?

Diane Rambaldini – Je pense que, sans être paranoïaque, il y a quand même des petites choses, des réflexes qu’on doit avoir en permanence pour ne pas tendre le flanc à la menace. Le vol du téléphone ou l’espionnage peuvent générer beaucoup de désagréments que de petites choses pourraient empêcher. Il y a parfois des menaces qui nous dépassent : c’est sûr que quand on est visé par des outils ultra-performants liés à un État, les choses sont un peu plus compliquées. Il faut peut-être avoir des moyens derrière une entreprise qui tiennent la route au niveau de la sécurité et du système d’information. Mais en tant qu’individu, en tant que collaborateur, en tant que salarié, en tant qu’entrepreneur, il y a plein de petites choses que l’on peut faire pour régler au moins 80% des menaces, ce qui est déjà pas mal ! Je pense par exemple au reflexe Windows + L, qui permet de verrouiller une session. Un petit « tip » très utile quand on prend l’avion ou le train et que l’on doit s’absenter pour aller chercher un café. Il faut faire se méfier des clés USB offertes ici ou là, sur un salon par exemple. Enfin, Il ne faut surtout pas hésiter à aller voir son responsable informatique. On peut parfois avoir dans son entreprise des chartes informatiques un peu complexes. On n’est jamais idiot à demander des précisions ou des rappels. « Remontre-moi comment activer mon VPN ou changer mon mot de passe », « j’ai un doute sur un mail : comment réagir ». Il ne faut vraiment pas avoir peur de demander :  c’est très important.