
Béatrice de Rotalier a été la figure tutélaire de Delta Air Lines en France, sur une carrière de 38 ans auprès de cette compagnie aérienne américaine. Elle quitte aujourd’hui, 30 septembre 2025, son poste de Directrice Commerciale France Delta. Non sans tirer un bilan et des perspectives pour Delta Air Lines en exclusivité pour Voyages d’Affaires.
On parle beaucoup chez Delta Air Lines d’un produit business class light, probablement d’ici le début 2026. D’où vient cette idée d’une offre classe affaires sans service additionnel ?
Béatrice de Rotalier – L’idée est née au Moyen-Orient. Qatar Airways a été l’un des premiers à dire : vous pouvez voyager en business class, mais sans tous les à-côtés. Etihad, Emirates ont depuis suivi. En Europe, ce type d’offre reste encore limité. Mais Delta y réfléchit sérieusement puisqu’il existe une demande.
Est-ce néanmoins une bonne idée pour les compagnies aériennes ?
Béatrice de Rotalier – La pertinence d’une telle offre fait débat. Psychologiquement, cela peut être perçu négativement par le passager haute contribution. Les avions ne sont néanmoins pas « élastiques ». C’est à dire qu’on ne peut pas modifier la configuration des cabines chaque semaine en fonction des remplissages. L’enjeu est donc de savoir si une sous-segmentation tarifaire a vraiment du sens afin de mieux rentabiliser la classe affaires avec un tarif plus attractif. Mais qui ne comprend pas la même panoplie de services auxilliaires.
Concrètement, comment cela pourrait-il se traduire ?
Béatrice de Rotalier – Soit un tarif d’appel un peu plus bas (par exemple –10 %), soit par des restrictions sur l’offre du produit. Ce qui, par exemple, incitera le voyageur à payer plus s’il souhaite un siège particulier ou une franchise bagages plus grande. Mais rien n’est encore décidé. Le CEO de Delta a évoqué l’idée récemment, en promettant une décision d’ici la fin de l’année.
Comment se comporte le marché, à l’aune des relations plus difficiles entre les États-Unis et l’Europe ?
Béatrice de Rotalier – Le secteur loisirs a été le plus touché par la situation géopolitique entre les Etats-Unis et le reste du monde. Pour les voyages d’affaires, ce n’est pas une question « d’amour ou de désamour » pour les États-Unis, mais plutôt de fiscalité, d’incertitude commerciale et parfois d’enjeux environnementaux. Résultat : les entreprises et voyageurs d’affaires rationalisent leurs déplacements. On ne voyage que si c’est indispensable. Les dirigeants continuent à rendre visite à leurs clients en présentiel. Mais certaines catégories de voyageurs d’affaires ont en revanche presque disparu. C’est notamment le cas des voyages MICE.
Les destinations américaines résistent-elles toutes de la même manière au ralentissement de la demande ?
Béatrice de Rotalier – Non. New York reste solide grâce à son rôle de centre décisionnel et financier. Atlanta par exemple dépend des courants d’affaires locaux. Ce qui est également un obstacle sont les coûts sur place. Ils sont devenus prohibitifs pour les repas, hôtels, pourboires… Tout est plus cher, ce qui change les habitudes de voyage.
Côté marché français, quelles perspectives pour 2026 ?
Béatrice de Rotalier – Delta songe surtout à renforcer ses lignes depuis la France vers New York, Seattle ou encore Boston. Delta lancera ainsi une nouvelle liaison saisonnière entre Boston et l’aéroport de Nice-Côte d’Azur le 17 mai prochain. Il s’agira de trois vols hebdomadaires opérés en A330-900neo.
Quels sont les nouveaux produits offerts en classe affaires ?
Béatrice de Rotalier – Elles sont nombreuses. Comme un champagne premium, de nouveaux kits de voyage signés Misoni (matelas, sacs), un positionnement plus haut de gamme de nos salons, surtout aux États-Unis. On y offre un confort exceptionnel, notamment avec un enregistrement plus proche du salon et un accès quasi-direct à l’embarquement. C’est un vrai plus pour les voyageurs fréquents.
Enfin, quel est votre souvenir le plus marquant de votre carrière ?
Béatrice de Rotalier – Le plus marquant restera le 11 septembre. Le plus surprenant pour moi a été l’OPA de US Airways sur Delta. Quant à mon plus beau souvenir lié à la compagnie, ce sont les voyages organisés avec les vétérans de la seconde guerre mondiale. C’était un moment fort, humainement inoubliable.

















