Des déplacements plus verts pour les collaborateurs

Croissance verte oblige, les entreprises sont priées d’améliorer la mobilité de leurs salariés. Près de 20 000 sites doivent ainsi mettre en place des Plans de mobilité. L’éventail des actions est large, de la promotion des transports en commun à l’incitation au vélo, de l’autopartage au covoiturage en passant par le télétravail.
© Keng Merry Paper Art / shutterstock
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Pour se rendre au travail, les collaborateurs prendront demain un vélo à assistance électrique subventionné par l’entreprise ; ou alors ils pianoteront sur leur appli de covoiturage. Ensuite, ils pourront profiter d’un véhicule mis en autopartage au sein de la flotte de sa société pour se rendre chez un client, avant de participer à une visioconférence, s’épargnant ainsi un déplacement en avion. Utopique ? En réalisant leurs plans de mobilité, de nombreuses entreprises favorisent déjà des modes de déplacements doux.

Le cabinet de conseil Bemobi estime par exemple que la mise en place d’un plan de déplacement permet de réduire de 5 % à 20 % les coûts liés à la mobilité.

La loi de 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) dispose que, dans le périmètre d’un plan de déplacements urbains, toutes les entreprises regroupant plus de 100 salariés sur un même site doivent élaborer un plan de mobilité entreprise ou inter-entreprises. Ce qui représenterait au moins 19 000 sites en France, selon le cabinet de conseil en mobilités EM Services.

La promotion des modes de transports doux fait partie des objectifs de la loi obligeant les sociétés de plus de 100 salariés à mettre en place des plans de déplacements d'entreprise. © Lucky Business/shutterstock
La promotion des modes de transports doux fait partie des objectifs de la loi obligeant les sociétés de plus de 100 salariés à mettre en place des plans de déplacements d’entreprise. © Lucky Business/shutterstock

Ces plans concernent à la fois les déplacements entre le domicile et le travail, les trajets professionnels, l’accueil des clients et des fournisseurs ainsi que les parcours à l’intérieur du site. Les entreprises ont le choix d’y aller seules ou à plusieurs, ce qui permet d’atteindre une masse critique pour mettre en place des solutions comme le covoiturage ou l’autopartage. « L’objectif affiché est clair : réduire l’impact de la mobilité liée au travail sur les émissions de gaz à effet de serre« , indique Céline Billard, conseillère en plans de mobilité au sein du cabinet Iter. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels représentent 42 % de l’ensemble des émissions liées au transport. Deuxième objectif : « offrir aux salariés des modalités différentes de transport, plus confortables et qui répondent mieux à leur demande« , ajoute-t-elle. « Il s’agit de sensibiliser les salariés aux modes de déplacements doux, d’améliorer leurs conditions de travail et de déplacement, affirme Hélène Billon, directrice facilities & mobility management chez Orange. C’est aussi, pour l’employeur, une question d’image et d’attractivité. »
Mais c’est en outre très bénéfique économiquement parlant. Le cabinet de conseil Bemobi estime par exemple que la mise en place d’un plan permet de réduire de 5 % à 20 % les coûts liés à la mobilité. Pour Mathieu Blaise, directeur de la société de conseil Ayming, « éviter les déplacements et améliorer la mobilité se traduit par moins de stress et de fatigue pour les collaborateurs, qui passent moins de temps sur la route et ont donc une meilleure productivité tout en ayant plus de temps pour eux. » Autre point positif à tout cela : une réduction de l’accidentologie.

Diagnostic et plan d’actions

Alors, comment les entreprises réalisent-elles leurs plans ? Première étape : le diagnostic. « Il consiste à évaluer l’offre en matière de transports et de stationnement, précise Céline Billard. Quel est le réseau de bus ? Y a-t-il une gare ou des pistes cyclables à proximité ? Quelles sont les possibilités de parking pour les vélos au sein même de l’entreprise ? » Deuxième phase : l’analyse des pratiques. Ce travail de fourmi consiste à « interroger les collaborateurs pour connaître leurs modes de déplacement, à la fois pour leurs trajets domicile-travail et professionnels« , indique Céline Billard.
Ensuite, il s’agit de mettre en place des actions. Les experts se rejoignent tous sur un point : le meilleur déplacement est celui… qui n’existe pas ! Parmi les alternatives, le télétravail est une des solutions privilégiées. Parallèlement, les experts conseillent de généraliser la visioconférence. À titre d’exemple, cette solution permet, selon le cabinet EcoAct, d’économiser 0,15 tonne équivalent pétrole et 340 euros pour un trajet de 600 kilomètres. Sans compter le gain d’efficacité.

Selon l’ADEME, 19 millions de personnes se rendent quotidiennement au travail en voiture – ce qui représente 30 % du trafic routier – et plus de 75 % sont seuls à bord.

Mais ces pratiques ont des limites, la présence du collaborateur étant souvent indispensable. De nombreuses entreprises misent alors sur l’incitation à utiliser les transports en commun – par exemple en remboursant les abonnements au-delà des 50 % obligatoires – ou à la pratique du vélo, en offrant des indemnités kilométriques spécifiques pour les deux roues.

Lutter contre l’autosolisme

Selon l’ADEME, 19 millions de personnes se rendent quotidiennement au travail en voiture – ce qui représente 30 % du trafic routier – et plus de 75 % sont seuls à bord. Parmi les solutions : le véhicule partagé. Selon une étude de Viva Voice, réalisée fin 2017 pour l’Observatoire du véhicule d’entreprise, 64 % des salariés estiment que ce type de déplacement a « le plus d’avenir » avec, en tête, le covoiturage (37 %) devant l’autopartage ou la navette de l’entreprise.
Pour autant, les collaborateurs sont-ils tous prêts à sauter le pas ? Si l’offre commence à être conséquente grâce aux sites comme Karos, Klaxit (ex WayzUp), iDVroom ou Blablacar, encore faut-il prendre des mesures incitatives. Chez Safran Helicopters Engine, à Tarnos dans les Landes, le parking le plus proche de l’établissement est par exemple réservé aux covoitureurs. « L’an dernier, nous avons aussi créé un événement « speed dating » pour mettre en relation des salariés habitant dans le même secteur, explique Ingrid Mailly, responsable des relations sociales. Certains ont ainsi découvert qu’ils étaient voisins« .

Parmi les nouvelles mobilités, l’autopartage commence à faire des émules. Orange dispose ainsi de la plus grande flotte en autopartage de France avec 2 000 véhicules.

« Il faut certes être incitatif, en participant par exemple aux frais de covoiturage, mais aussi être coercitif, notamment en réduisant drastiquement les places de parking disponibles« , estime Bruno Renard, responsable RSE pour le CEA, président du PDIE Grenoble Presqu’île et de la Fédération des Acteurs des Plans de Mobilité. Un des objectifs de Bruno Renard est de gagner 10 points de covoiturage grâce au lancement en janvier d’une plate-forme de mise en relation régionale, s’ajoutant à la réussite concernant les transports en commun – 50 % des salariés du CEA les utilisent pour venir au travail – et l’usage du vélo (21 %). « Ceux qui abandonnent la voiture, ajoute-t-il, ont ensuite accès à 1 000 vélos de service et à des véhicules en autopartage pour se déplacer dans la journée, le site du CEA s’étendant sur 70 hectares. L’opérateur d’autopartage local Citiz propose une vingtaine de véhicules sur la presqu’île et nous avons vingt Twizy électriques pour nos salariés. Un collaborateur qui utilise le covoiturage à l’aller peut ainsi prendre un véhicule en autopartage pour se rendre à un rendez-vous professionnel et rentrer ensuite à son domicile« .
Utilisant souvent le covoiturage et l’auto-partage à titre personnel, les salariés de la génération « millénials » boudent pour certains la voiture de fonction. « En compensation, des entreprises innovent et proposent, soit du ‘car allowance’, c’est-à-dire une somme d’argent versée mensuellement ou en une fois, soit des crédits mobilités pour les déplacements privés. Le salarié dispose alors de crédits pour prendre des taxis, des trains, des véhicules en autopartage, de la location courte durée… Ce qui est intéressant, c’est de travailler sur toutes les nouvelles mobilités existantes« , estime Mathieu Blaise.
Certes, la solution n’est pas envisageable pour un commercial qui se déplace beaucoup. L’entreprise devra alors mettre à disposition du collaborateur des moyens alternatifs qui pourraient sembler a priori plus onéreux, mais ne le sont pas toujours au final. « Ainsi, proposer un taxi à un salarié qui, d’habitude, prend son véhicule de fonction pour se rendre à la gare ou à l’aéroport et le laisser au parking, coûtera au final moins cher et sera plus confortable pour le collaborateur« , souligne le responsable d’Ayming.

Miser sur l’autopartage

Parmi les nouvelles mobilités, l’autopartage commence à faire des émules. Le groupe Orange dispose ainsi de la plus grande flotte en autopartage de France avec 2 000 véhicules, dont environ 10 % sont électriques ou hybrides. « Cela permet, précise Hélène Billon, de réduire la taille de la flotte de l’entreprise et surtout de l’optimiser. En outre, cela sert à la fois pour des déplacements professionnels et privés. Les salariés peuvent, moyennant une petite contrepartie financière, les utiliser le soir et le week-end. Ce qui ouvre la mobilité à d’autres collaborateurs que les bénéficiaires de véhicules de l’entreprise. »
Depuis 2009, Accenture a également mis en place une solution d’autopartage en passant par Ubeeqo, avec cinq véhicules électriques et hybrides rechargeables à disposition des collaborateurs. Parmi les avantages : « les salariés qui bénéficient d’un véhicule de fonction thermique peuvent tester l’électrique. À terme, nous n’autoriserons plus que des véhicules verts dans notre parc« , indique Alexandra Melville, responsable Achats mobilité. Son souhait est d’augmenter le nombre de véhicules en autopartage et, pourquoi pas… de les partager avec des entreprises voisines.

Des véhicules électriques Twizy de Renault en autopartage, des navettes électriques pour relier les transports en commun : à Grenoble, le centre du CEA a mis en place un plan de déplacements ambitieux. © DR
Des véhicules électriques Twizy de Renault en autopartage, des navettes électriques pour relier les transports en commun : à Grenoble, le centre du CEA a mis en place un plan de déplacements ambitieux. © DR
Pour réduire la taille de sa flotte d’entreprise, Orange proposera à l’horizon 2020 près de 5 000 véhicules en autopartage, qui pourront également être utilisés à titre personnel par les salariés. © DR

Stephane Belair, office manager et gestionnaire du parc automobile de Dentsu Aegis Network France, utilise le service d’autopartage de son loueur Alphabet et a mis en service quatre véhicules BMW, dont deux électriques. Il note « une forte utilisation« . De son côté, le quotidien Ouest France a déployé la solution d’autopartage de Renault Mobility et met à disposition des collaborateurs douze véhicules qui peuvent être réservés facilement via un site internet ou un smartphone. Un plus pour les journalistes qui bénéficient d’un véhicule de manière pratique et autonome 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

AXA et Accenture misent sur le télétravail et la visioconférence

© Andrey Popov/shutterstock
© Andrey Popov/shutterstock

« Les salariés peuvent choisir le télétravail trois jours par semaine, indique Alexandra Melville, responsable Achats mobilité pour Accenture. C’est un maximum, car il faut préserver le travail en équipe et une culture d’entreprise. Parallèlement, nous avons investi dans des technologies de vidéoconférence, et même de téléprésence. Il s’agit de salles formatées pour des réunions virtuelles où les collaborateurs qui sont à distance ont l’impression d’être assis à la même table. Cela contribue au confort des salariés, à un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle« . Et quand le voyage est indispensable, le train est favorisé, notamment entre Paris et les bureaux d’Amsterdam où « le TGV met à peine plus de trois heures« . Quant à la flotte de véhicules de l’entreprise, elle est passée à l’électrique et à l’hybride rechargeable. Résultat : les émissions de CO2 par employé, liées en grande partie aux transports, ont été réduites de 47 % en dix ans.
Chez AXA France, des plans de mobilité ont été bouclés sur deux sites – dont le siège de Nanterre – sur quatorze concernés. Deux autres sites en région étaient, quant à eux, déjà entrés il y a quelques années dans une démarche de plans de déplacements inter-entreprises. « Cependant, nous n’avons pas attendu ces plans, précise Céline Soubranne, directrice de la Responsabilité d’entreprise. Dès 2012, nous nous sommes fixés comme objectif une réduction de 25 % de nos émissions de CO2 à l’horizon 2020. Notre flotte automobile a déjà été réduite de 29 % et nous proposons des packs mobilité aux collaborateurs qui abandonnent leurs véhicules de fonction ou choisissent une petite citadine à la place d’un plus gros véhicule. Ils bénéficient ainsi de crédits pour prendre des taxis, le train ou l’avion pour leurs déplacements. Cela correspond aux attentes actuelles. » Le télétravail est également favorisé pour limiter les déplacements domicile-travail, « facteur de stress pour les collaborateurs du siège à Nanterre, ajoute-t-elle. Nous proposons trois formules : soit un jour ou deux par semaine, soit huit jours par mois. 35 % de notre personnel administratif est en télétravail et a accès à un système de softphonie sur l’ordinateur portable pour se connecter à distance aux réunions. Cela implique de nouvelles méthodes de management. »