Le gouvernement français enterre le Terminal 4 de Roissy CDG

Déjà repoussé l'été dernier, le gouvernement français, par la voix de la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, vient tout simplement de renoncer à construire le futur Terminal 4 de Roissy -Charles de Gaulle. Une décision qui était prévisible dans le contexte de pandémie...
Le terminal 2 en perspective à CDG (Photo: Jouanneaux@ADP)

C’est le second grand projet aéroportuaire qu’annule le gouvernement français. Après avoir renoncé en 2019 à Notre-Dame-des-Landes à Nantes, voici que le futur Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle passe également à la trappe. Annoncée par la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, cet abandon risque de faire passer le gouvernement Macron pour hostile au transport aérien.

Les conditions de construction de ce terminal ont bien sûr dramatiquement changé. Le projet avait été présenté en 2018. La concertation avait été lancée en 2019. L’édification de la gigantesque infrastructure restait sur le domaine aéroportuaire existant. ADP la prévoyait au nord de la gare RER, du Dôme et du siège d’Air France. Le Terminal 3 aurait de fait disparu pour laisser place à une aérogare capable d’accueillir de 35 à 40 millions de passagers annuels et 450 vols supplémentaires. Ce qui aurait porter la capacité totale théorique de CDG de 90 à 125 millions de passagers par an.

La construction devait débuter en 2022. La mise en service initiale était quant à elle prévue en 2028. le coût de construction était évalué entre 7 et 9 milliards d’euros.

Un projet contesté dès sa présentation

La première phase du futur Terminal 4 avait été cependant repoussée en septembre dernier. On estimait alors que l’aérogare ouvrirait entre 2032 et 2037.

Mais Aéroports de Paris s’est trouvé confronter à deux problèmes. Le premier, prévisible, était l’opposition des riverains et communes alentours, qui jugeaient le projet démesuré et dommageable pour l’environnement. Air France estimait également le projet mal conçu.  Second élément, cette fois-ci imprévisible: la crise du Covid.

Les effets de la pandémie sont de fait dévastateurs. L’aéroport de Roissy a vu son trafic baisser l’an dernier de près de 71%. Soit 22,3 millions de passagers contre 76,2 millions en 2019.

Et les perspectives restent moroses à court terme. Dans une interview fin juillet 2020, le PDG du groupe Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, indiquait que «c’est la première fois depuis 50 ans que le trafic aérien connaît un à-coup aussi brutal et il est avéré que le rétablissement sera très progressif: un retour au niveau de trafic de 2019 à Paris est anticipé entre 2024 et 2027», estimait-il alors.

Il s’agit certes d’un sérieux coup de frein aux perspectives de développements de CDG. Mais si l’on se base sur les déclarations du Président d’ADP, la plate-forme pourra faire face jusqu’à la fin de la décennie au trafic passagers attendu dans la capitale française. Trafic qui pourrait atteindre en fin de décennie 85 millions de passagers à CDG dans le cas d’une reprise sans accroc majeur.

Mais au-delà? La saturation de Roissy CDG est bien réelle sur le plus long terme, si le gouvernement français et Paris ont l’ambition de conserver ce hub aérien majeur. En réalité, le gouvernement n’a pas fermé la porte à de futurs aménagements.

Une alternative intégrant les avions à hydrogène?

Dans le journal Le Monde, Barbara Pompili a indiqué que le groupe Aéroports de Paris devra présenter un nouveau projet. Il sera « plus cohérent avec ses objectifs de lutte contre le changement climatique et de protection de l’environnement ».

Dans l’interview, elle fustigerait d’ailleurs le T4 jugé obsolète, qui ne correspondait plus à la politique environnementale du gouvernement. « Et surtout aux exigences d’un secteur en pleine mutation, tourné vers l’avion vert de demain« , déclarait-elle.

Sans projet T4, le groupe ADP poursuit cependant ses aménagements à CDG. Selon un porte-parole de la direction du groupe, « les travaux en cours dans le cadre d’un contrat économique Etat-Région et Groupe sont achevés entre 85% et 90% pour une mise en service cette année« .

Les aménagements comprennent un bâtiment de liaison entre les Terminaux B et D. Dans l’aérogare temporairement fermée de CDG 1, ADP achève la fusion de trois satellite sur sept.

Quant à une nouvelle mouture d’un futur terminal, ADP va retravailler sa copie. Dans un communiqué, Augustin de Romanet déclare qu »après la décision de l’État de demander au Groupe ADP l’abandon de l’actuel projet de Terminal 4 ainsi que la présentation d’un nouveau projet d’évolution de CDG, le Groupe ADP engage un temps de réflexion sur les enjeux d’avenir de l’aéroport. Les plateformes parisiennes ont vocation à devenir leaders de l’aviation verte, au service de toutes nos parties prenantes, et notamment des territoires riverains de l’aéroport ». 

Cette pause forcée permettrait d’intégrer les futurs avions à hydrogène à un projet. Dans ce domaine, l’Europe veut être le leader mondial avec Airbus. Et le groupe ADP se prépare à l’accueil de ces appareils révolutionnaires. La fin du T4 pourrait bien s’avérer une opportunité.