
L’Assemblée générale 2026 de l’Association du transport aérien international IATA vient de s’achever à Rio de Janeiro. Avec une constatation facile à deviner : la Guerre du Golfe entre Etats-Unis, Israël et Iran aura des conséquences économiques sur le bilan économique des compagnies aériennes plus que sur leur activité.
IATA a fortement revu à la baisse ses perspectives financières pour le secteur aérien mondial. L’association estime que l’intensification du conflit au Moyen-Orient et l’envolée des prix du carburant vont réduire de près de moitié la rentabilité des compagnies aériennes en 2026.
En 2026, les transporteurs devraient, selon les prévisions, dégager un bénéfice net cumulé de 23 milliards de dollars, contre 45 milliards de dollars en 2025. C’est également bien en-deça de la précédente prévision, qui tablait sur 41 milliards de dollars de bénéfices cette année. La marge nette du secteur devrait ainsi tomber à 2 %, contre 4,2 % l’an dernier.
Selon l’IATA, l’industrie aérienne restera bénéficiaire dans son ensemble, mais elle devra faire face à une forte hausse des coûts du carburant, à un ralentissement de l’environnement économique et à des perturbations opérationnelles liées à la guerre au Moyen-Orient.
« Les perturbations provoquées par le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix du carburant ont considérablement dégradé les perspectives du secteur« , a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA. Et de poursuivre : « Nous prévoyons que les prix moyens du carburant pour avions seront 70 % plus élevés en 2026 qu’en 2025. Soit un surcoût de 100 milliards de dollars sur notre facture collective carburant cette année ».
Selon le Directeur Général de IATA, la guerre dans le golfe et la flambée des prix ne semblent pas affecter la demande de façon si prononcée, contrairement aux premières estimations lors des débuts du conflit fin février.
De fait, la demande, si elle fléchit légèrement se maintient. On est donc loin, selon Willie Walsh, de la catastrophe qu’avait générée la pandémie de COVID. « Nos sondages suggèrent que 86 % des voyageurs s’attendent à ce que les tarifs suivent les prix du pétrole. Dans cette lignée, 49 % s’attendent à dépenser plus pour leurs voyages cette année que l’année dernière. Un autre 43 % prévoient de dépenser la même chose ».
« Le point positif est que la demande se maintient, même si les compagnies aériennes augmentent les tarifs et les prix afin de récupérer une partie des coûts associés au choc pétrolier. Mais la croissance sera inévitablement plus lente, à 2,4 % pour le secteur passagers », ajoute encore Willie Walsh.
Le nombre de passagers devrait atteindre un nouveau record de 5,1 milliards, tandis que le coefficient de remplissage moyen atteindrait un niveau historique de 84 %, signe d’une demande toujours soutenue pour le transport aérien.
Dans ce contexte difficile, les revenus mondiaux du transport aérien devraient progresser de 9,4 % pour atteindre un niveau record de 1 165 milliards de dollars. Cette croissance sera principalement portée par la hausse des tarifs aériens et des revenus annexes.
Les recettes de vente des billets devraient atteindre 839 milliards $ en 2026 (+9,2 % par rapport aux 768 milliards $ de 2025). Les rendements sur les prix des billets devraient augmenter de 7 %.
Le Moyen-Orient dans le rouge
La croissance variera néanmoins d’une région à l’autre. Le Moyen-Orient devrait être la seule région du monde où les compagnies aériennes afficheront collectivement des pertes en 2026. IATA les estime à -4,3 milliards de dollars contre +7,2 milliards en 2025. Le bénéfice par passager va s’établir à -21,40 $ contre 31,50$ un an plus tôt.
Les transporteurs du Golfe sont particulièrement touchés par les fermetures d’espaces aériens, les détournements de vols et l’incertitude opérationnelle provoqués par le conflit régional.
Europe et Amérique du Nord continueront d’aligner les meilleures performances économiques. IATA estime que les compagnies aériennes européennes devraient dégager un bénéfice de 9,6 milliards avec un bénéfice par passager de 7,50$. En Amérique du Nord, IATA table sur un bénéfice de 9,4 milliards de dollars et un bénéfice par passager de 8,10$.
Suit l’Asie Pacifique avec un bénéfice de 6,6 milliards et l’Amérique latine à 1,2 milliard. Les compagnies africaines dégageront également un bénéfice, mais très faible puisque IATA l’estime à seulement 0,1 milliard de dollars.
Carburant : 31,4% des coûts d’exploitation en 2026
La progression des recettes ne suffira toutefois pas à compenser l’explosion des coûts. Les dépenses d’exploitation du secteur devraient bondir de 13 % pour atteindre 1 117 milliards de dollars.
Le carburant constitue la principale source d’inquiétude. L’IATA prévoit une hausse de près de 40 % de la facture énergétique des compagnies aériennes, qui passerait de 252 milliards de dollars en 2025 à 350 milliards en 2026.
Le prix moyen du kérosène est attendu à 152 dollars le baril, soit près de 70 % de plus qu’en 2025. Même si de nombreuses compagnies ont couvert une partie de leurs besoins via des opérations de couverture, elles restent fortement exposées à la poursuite de la hausse des prix de l’énergie.
Le carburant représentera ainsi 31,4 % des coûts d’exploitation en 2026, contre 25,4 % un an plus tôt.
Une situation qui est exacerbée par les retards que les compagnies continuent de subir sur la chaîne d’approvisionnement aéronautique. Ces retards de livraison d’avions ont porté l’arriéré à 18 100 appareils en attente en mai 2026, contre 17 000 en 2024, ce qui représente plus de la moitié de la flotte active.
Cette situation oblige les transporteurs à prolonger l’exploitation d’avions plus anciens, ce qui augmente d’autant les coûts de maintenance et ralentit les gains d’efficacité énergétique.



















