Miser sur l’international : Bruno Balerdi (Aéroport de Toulouse)

Bruno Balerdi, Directeur Commercial, Clients et Communication Aéroport de Toulouse s'exprime sur la stratégie de stimulation du trafic passagers sur la principale plateforme du sud ouest.
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Aéroport de Toulouse (Photo : aéroport de Toulouse).

Toulouse-Blagnac a enregistré en 2023 plus de 7,8 millions de passagers, en hausse de 11%. Mais ce chiffre reste toujours inférieur de près de 19% à 2019 qui avait enregistré 9,6 millions de passagers. Bruno Balerdi en explique les raisons…

L’aéroport de Toulouse connaît une reprise plus lente que sur d’autres aéroports français. Quels sont les facteurs qui freinent un retour à une croissance plus forte ?

Bruno Balerdi – La crise du Covid a profondément transformé le trafic sur l’aéroport de Toulouse. Elle affecte toujours le trafic domestique qui ne retrouve pas sa dynamique d’avant la pandémie. Il y a beaucoup d’éléments qui expliquent la « panne » sur le trafic passagers intérieur. Avant la crise, les trafics domestique et international étaient à égalité. Mais l’international a représenté l’an passé 57% de part de marché, un chiffre historiquement haut.

En 2023, le domestique n’a retrouvé que 70% de son trafic de 2019, contre 93% pour le trafic international. Une évolution qui provient en grande partie de la baisse de la demande sur l’axe Toulouse-Paris. On a recensé l’an dernier 2,2 millions de passagers contre 3,2 millions en 2019. On est donc pénalisé par ce million manquant.

Comment expliquez vous une telle baisse sur l’axe Toulouse-Paris ?

Bruno Balerdi – Les passagers affaires ont adopté de nouvelles pratiques de voyage. La visioconférence s’inscrit dans la durée. On constate en parallèle un report vers le train. On pensait que l’arrivée du TGV en 2032 nous préserverait d’une baisse de trafic jusqu’à cette date. En fait, on ressent un effet d’attrition du marché depuis l’an dernier. Air France a drastiquement réduit le nombre de ses fréquences et les prix de l’aérien sont désormais très élevés. Optimisation des fréquences et tarifs élevés influencent négativement la demande. On constate d’ailleurs que beaucoup d’hommes d’affaires font désormais des séjours de trois jours sur Paris, ce qui rend un voyage en train plus attractif malgré un temps de parcours de 4h30. En revanche, les lignes transversales vers Lyon, Nantes ou Nice se comportent bien. Tandis que le trafic également résiste sur Lille, Rennes et Strasbourg.

Quels sont les principaux succès de l’aéroport de Toulouse à l’international en 2023 ?

Bruno Balerdi – L’expansion du trafic intercontinental est le grand succès de 2023. L’arrivée d’Air Canada et de Qatar Airways a ainsi dopé la demande à l’international. Avec 5 vols par semaine sur toute l’année, la ligne Toulouse-Montréal ouvre non seulement les portes du Canada mais aussi des Etats-Unis et des Caraïbes. On constate une part importante de trafic en transit sur les 80 000 passagers de cette ligne. Avec le vol de Doha, Toulouse bénéficie d’une ouverture vers l’Afrique de l’Est ainsi que l’Asie. On s’attend à d’autres vols à l’avenir sur l’intercontinental. Je pense que d’ici 2027, on devrait voir des lignes sur les Etats-Unis en Boeing 737MAX, idéal en taille pour une  desserte depuis Toulouse. Emirates a également manifesté son intérêt pour Toulouse. Mais, la compagnie a épuisé ses droits de trafic sur la France…

Quelle est l’évolution de la demande sur l’Europe ?

Bruno Balerdi – Elle est très dépendante de la demande sur le loisir. Les pays les plus plébiscités par nos passagers sont en effet l’Espagne, la Grèce, l’Italie ou encore le Maroc. En gros, tout le bassin méditerranéen. Notre stratégie est de pousser le trafic vers l’Europe du Nord et l’Europe centrale. Cela porte ses fruits. On a ainsi cet été Norwegian avec des vols sur Copenhague tandis que Berlin est de retour avec Easyjet. On pense qu’il y a de réelles opportunités de développement pour des lignes vers Budapest, Prague et Vienne.

Quelles sont les améliorations dans le service passagers ?

Bruno Balerdi – En 2018, on a créé un parcours totalement nouveau dans l’aéroport et qui comprenait notamment des services supplémentaires pour les hommes d’affaires comme l’hôtel NH, un service d’emballage des bagages ou encore des espaces pour travailler. On regarde aujourd’hui à créer un nouveau salon en zone internationale pour nos vols non-Schengen. On réfléchit à optimiser les salles d’embarquement. Ce qui nous donnera une plus grande agilité pour traiter des vols Schengen et non-Schengen.

On a aussi beaucoup travaillé les nouvelles mobilités. Il y a une recharge électrique pour les voitures et l’on a aménagé un pôle bus. Blagnac offre des liaisons vers Andorre tandis que Flixbus relie directement l’Espagne, l’Ouest de la France, Lyon, l’Occitanie, l’Espagne et même l’Italie! Et l’on accueille également les véhicules de Blablacar.

Comment la population juge-t-elle aujourd’hui son aéroport ?

Bruno Balerdi – On a la chance que la population locale reconnaît le bien fondé de l’aéroport, symbole d’une économie basée en grande partie sur l’aéronautique. Nous sommes de fait un aéroport bien intégré dans son territoire, qui travaille beaucoup à réduire son impact environnemental et qui est, selon l’ACI Europe (Association internationale des aéroports), l’aéroport préféré des passagers en France.