Interview : Gaurang Shetty, Directeur de Jet Airways

Jet Airways a célébré le deuxième anniversaire de son arrivée à Paris le 16 juin. L'occasion pour Gaurang Shetty, membre du Board et Directeur de la compagnie, de faire un point sur l'actualité - chargée - de la compagnie, qui mise beaucoup sur le marché français et sur le nouvel aéroport de Mumbai. Entretien.

Jet Airways vient de fêter ses deux ans de présence à Paris-CDG
Gaurang Shetty, Directeur de Jet Airways (DR)

Vous célébrez votre deuxième anniversaire de présence à Paris : la France est-elle si importante pour Jet Airways que vous y organisiez un événement par an ?

Gaurang Shetty – La France est marché très important, notamment en ce qui concerne le voyage d’affaires, puisqu’il s’agit de l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Inde. Du point de vue du loisirs, le marché français compte parmi les plus important dans le secteur du voyage : tout le monde veut y être présent. Paris est aussi une destination fascinante pour la population indienne. En combinant ces deux facteurs, nous avions d’excellentes raisons de nous installer sur ce marché, d’autant que notre coopération avec Air France a renforcé notre offre. Donc oui : nous allons continuer à organiser des événements comme celui-ci, puisque nous souhaitons interagir davantage avec nos clients, avec les agents de voyages, avec nos partenaires. Nous travaillons aussi avec le bureau du tourisme indien pour promouvoir la destination. L’Inde est encore vue comme une destination exotique sur le marché français. Nous misons à la fois sur la forte demande sur le Nord, avec le Rajasthan, Delhi, vers le Sud, avec une ancienne colonie française comme Pondichéry, mais aussi vers Colombo et sur les vols en correspondances vers Bangkok.

Le nouveau visage de l’aéroport de Mumbai doit vous aider à promouvoir ces vols en correspondance….

G. S. – Effectivement : Mumbai est notre hub principal et ce nouvel aéroport intégré facilite grandement les connexions depuis Paris vers ces vols domestiques ou internationaux proposés par Jet Airways. C’est un très bon produit, un terminal flambant neuf, inauguré il y a quelques semaines de cela. L’Inde souffre d’une mauvaise image en termes d’aéroports, alors que la situation a véritablement changé au cours des dernières années. Les aéroports se sont modernisés, à Mumbai ou à Delhi par exemple, et sont maintenant à la pointe. L’expérience est bien meilleure que ce qu’elle a pu être par le passé.

Comment se déroule votre coopération avec Air France ?

G. S. – Ce partenariat repose sur un modèle unique, le meilleur qui soit. Depuis Mumbai et Paris, les vols sont complémentaires et permettent aux voyageurs d’affaires de choisir l’horaire qui correspond le mieux à leur planning. Des codeshares ont également été mis en place sur plus d’une vingtaine de destinations à travers l’Europe.

Comment évolue le trafic sur l’axe Paris-Mumbai, notamment sur le segment business travel ?

G. S. – Nous avons transporté 144 000 passagers d’avril 2015 à mars 2016, ce qui représente une augmentation de 16% par rapport à la première année d’exercice. Cela prouve que notre modèle fonctionne, en proposant ces deux options d’horaires par jour aux voyageurs d’affaires. Notre produit business, qui est notamment doté d’un lit totalement inclinable, affiche un taux d’occupation de 80% voire 85%. La majorité des passagers sont Français, à hauteur de 60% du trafic.

La compagnie indienne s'est installée à Paris-CDG depuis deux ans (DR)
Jet Airways relie quotidiennement Paris à Mumbai (DR)

Qu’est ce qui différencie Jet Airways ?

G. S. – Depuis la création de la compagnie en 1993, nous avons toujours été convaincus qu’il fallait proposer aux passagers un service premium. Par exemple, nos opérations domestiques en Inde sont toutes “full service : un repas est servi aux voyageurs à bord, ils gagnent des miles sur leurs trajets, ce n’est pas le cas pour toutes les compagnies. Nous nous sommes donc toujours distingués par nos innovations.

En quoi consiste le nouveau service Jet Advance ?

G. S. – Nous sommes toujours à la recherche de produits innovants pour rester en pointe. Les frais de modification d’un billet étant souvent importants, nous avons décidé de mettre en place un tarif raisonnable pour permettre aux passagers de prendre le vol précédent à moindre coût. Nous avons également lancé un autre outil baptisé Jet Fare Lock : beaucoup de voyageurs ne se décident pas tout de suite à acheter leur billet, même devant un tarif très attractif. Ils attendent quelques jours de plus, puis ils s’en veulent généralement de ne pas avoir réservé immédiatement… Avec Fare Lock, le voyageur peut bloquer le billet, et réserver plus tard.

Qu’est-ce qui vous a poussé à déménager votre hub européen de Bruxelles à Amsterdam ?

G. S. – Nous étions en discussion avec KLM et Delta. Le hasard veut que notre déménagement ait eu lieu quatre ou cinq jours après les attaques de Bruxelles… Nous avons appliqué à Schiphol le même modèle qu’à Zaventem, mais nous avons des partenaires plus puissants sur les vols vers le continent nord-américain. Bruxelles est un aéroport de taille plus réduite que celui d’Amsterdam, qui est mondialement reconnu comme étant une très bonne plateforme, y compris en ce qui concerne l’activité cargo. Durant les deux premiers mois d’opérations depuis Amsterdam nous avons d’ailleurs enregistré de très bonnes performances, avec de très bons taux d’occupation.

Jet Airways a récemment publié des résultats records : quel en est le secret ?

G. S. – Ce que nous avons fait est très simple : nous sommes l’une des compagnies les plus performantes selon Boeing en termes de nombre d’heures volées avec chaque appareil. Un avion coûte si cher que chaque minute passée au sol est un problème. Nos appareils volent donc 13 heures par jour. La productivité a également été revue à la hausse, les coûts diminués. Il ne s’agit pas que du prix du carburant, qui change chaque semaine. Il nous fallu réduire les coûts hors-carburant. L’ensemble de ces facteurs expliquent nos bons résultats.